Mines. L'IA et les métaux stratégiques, une fenêtre historique pour le Maroc
Début 2026, les cours des métaux flambent sous l'effet cumulé des tensions géopolitiques, de l'essor de l'IA et, par ricochet, du besoin exponentiel en data centers. Grâce à la diversité de son sous-sol, le Maroc peut répondre à cette nouvelle demande, au bénéfice de ses compagnies minières.
La demande pour les métaux critiques connaît une envolée historique, tirée par le besoin massif en data centers, infrastructures indispensables au développement de l’intelligence artificielle (IA).
Le Maroc entend jouer un rôle dans cette dynamique. Un projet récent prévoit la construction d’un data center "Igoudar Dakhla", intégralement alimenté par des énergies renouvelables et qui permettra de développer l’écosystème de l’IA au Maroc.
Tout comme pour le marché des batteries, la fourniture de métaux destinés aux data centers constitue un levier de croissance stratégique pour l'industrie minière nationale. Mais le royaume dispose-t-il des capacités nécessaires pour la saisir ?
Le Maroc détient-il les métaux clés pour l'industrie des composants des data centers ?
Les data centers nécessitent essentiellement des serveurs, des systèmes de refroidissement et une énergie préférentiellement verte stabilisée par des solutions de stockage. Si aujourd'hui, le savoir-faire technologique de l'industrie des semi-conducteurs et de puces électroniques est monopolisé par un nombre limité de pays, la valorisation minière de produits à teneurs spécifiques offre une opportunité de développement futur du secteur minier.

À l’exception des gisements naturels d’aluminium, le Maroc dispose d’un potentiel diversifié capable de lui permettre de jouer un rôle majeur dans l’industrie des composants de data centers. En effet, l’absence actuelle de production d’éléments de terres rares ne signifie pas pour autant l’absence de ressources exploitables, alors que le Maroc possède au moins quatre gîtes identifiés sur son territoire.
En tête de liste figure le cuivre, qui intervient dans plusieurs composants des data centers, des circuits imprimés aux systèmes de refroidissement. Le Maroc dispose déjà d’une production établie, près d'être doublée avec la mise en service de la mine de Tizert. La hausse actuelle des cours devrait encourager l’investissement dans de nouveaux projets d’exploitation cuprifère.
Vient ensuite l’étain, composant critique des soudures de circuits imprimés. Porté par l'essor de la 5G, ce métal connaît actuellement une offre mondiale très tendue, renforçant l'attractivité des gisements marocains.
Parmi les matériaux stratégiques indispensables aux semi-conducteurs, la silice (quartz) fait l'objet d'un projet de développement au Maroc, via le projet Sondiale. Ce futur intrant alimentera non seulement l'industrie des puces électroniques, mais aussi celle des panneaux solaires.
Cours des métaux critiques : la hausse s'accélère en ce début 2026
Après l'ascension historique de l’or, l’argent a également atteint un record inédit en dépassant le seuil de 110 dollars l’once ce mercredi 28 janvier 2026. Les analystes prévoyaient que l’argent dépasserait le seuil de 100 dollars l’once, mais cette envolée s’est déroulée de manière plus rapide qu’on ne le pensait.
Pierre angulaire de l'industrie, le cuivre voit son rôle métamorphosé par l'avènement massif de l'intelligence artificielle et des centres de données. Cette tension s'est illustrée le 14 janvier par un pic au-dessus des 13.300 dollars la tonne.
Si le cours a connu un repli grâce à la révision des besoins de Nvidia et à la possible fusion Glencore-Rio Tinto, la pression acheteuse a rapidement repris le dessus, alimentée par un intérêt croissant des investisseurs et les tensions politiques américaines autour du Groenland, et ce, en dépit de l’alimentation importante des stocks des bourses de métaux internationales.
Une situation de contango (prix au comptant inférieur au marché à terme) s'est même installée sur la bourse des métaux de Londres, signe que les marchés parient sur une future pénurie de ce métal, considéré comme le nerf de l'économie mondiale.
Dans le sillage du cuivre, le cours de l’étain poursuit son ascension spectaculaire et surpasse désormais les sommets atteints lors de la pénurie de 2022, passant à 56.000 dollars la tonne (évolution annuelle de +85%) et approchant le seuil de 60.000 dollars la tonne. Les grands producteurs en amont peinent en effet à maintenir des volumes suffisants pour reconstituer les stocks, alors même que l’accélération du déploiement de la 5G fait exploser la demande pour ce métal indispensable aux circuits imprimés.
En troisième lieu, le lithium connaît une ascension spectaculaire en 2026. Le lithium de qualité batterie est passé de 12.400 à 21.683 dollars la tonne (évolution annuelle de +75%), tandis que le carbonate de lithium industriel a suivi une trajectoire similaire, passant de 10.000 à 18.000 dollars la tonne (évolution annuelle de +80%).
Selon les analystes, le lithium sort enfin d’une longue période de baisse liée à la surproduction, soutenu par une croissance vigoureuse du marché des véhicules électriques en Chine.
La Chine opte pour un contrôle plus serré des marchés de métaux
Alors que la Bourse de Shanghai cherche à imposer son propre pricing power sur les métaux non ferreux (aluminium, cuivre, zinc, plomb, étain, nickel…) en resserrant le lien entre ses différents marchés, les analystes locaux affichent leur confiance, estimant que l'année 2026 marquera un tournant pour les cours des métaux.
Le China Postal Securities, branche financière du groupe postal chinois, a récemment publié une note d'analyse qui souligne qu’à long terme le processus de dédollarisation est irréversible et recommande, à court terme, d'acheter le cuivre, l'aluminium et l'étain lors des replis du marché.
Bien que la Chine soit un producteur majeur de nombreux métaux stratégiques, d’autres minéraux échappent encore à son autosuffisance, comme le cuivre. Premier importateur mondial, la Chine reste particulièrement dépendante de l'étranger pour ce métal qui constitue désormais son troisième poste d'importation, totalisant 83 milliards de dollars.
La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis devrait s’intensifier en 2026. Pour contrer la domination chinoise, Washington négocie actuellement des accords contraignants avec les principaux pays fournisseurs de métaux critiques. Ces négociations ont jusqu'au 13 juillet 2026 pour aboutir, sous peine de se voir imposer de nouvelles barrières commerciales, notamment des droits de douane.
Le Maroc tire-t-il un profit important de cette envolée ?
À première vue, la diversité du secteur minier marocain laisse penser que plusieurs acteurs profiteront de la flambée des prix. Conscient des enjeux stratégiques, Managem, en tant que leader national, a lancé un plan d'investissement massif à travers sa nouvelle filiale Mana Green. La première étape se concrétisera dès 2026 avec une usine de sulfate de cobalt, produisant une qualité directement utilisable par l'industrie des batteries.
La feuille de route de Mana Green vise à diversifier sa production à l'horizon 2030 à travers des produits valorisés prêts à être utilisés par l’industrie nationale. Les prochains projets phares incluent la construction d'une fonderie pour produire des cathodes de cuivre et de l'acide sulfurique (un intrant clé pour l'industrie des engrais phosphatés), ainsi que la valorisation d'autres métaux critiques comme le manganèse et le graphite.
Cette méga-stratégie s’ajoute à d'autres projets en cours, tels que le raffinage du lithium, la purification du graphite ou encore la valorisation du cuivre à partir de déchets industriels.
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