De la mine à la batterie : Comment le Maroc construit une supply chain résiliente
Grâce aux transferts technologiques en cours, le Maroc est en bonne voie pour s'établir comme un leader régional dans le secteur des batteries. Actuellement, le Royaume met l'accent sur l'optimisation de ses chaînes d'approvisionnement, un élément déterminant pour assurer la durabilité de cette industrie et renforcer sa compétitivité sur la scène mondiale.
Le Maroc mise sur le développement d'une industrie des batteries compétitive pour donner un nouvel élan à son industrie automobile nationale, alors que la conjoncture mondiale délaisse de plus en plus les voitures à combustion thermique au profit des véhicules électriques.
Parmi les signes positifs de développement, la construction, par Gotion, de la première gigafactory d’Afrique ne s'opère pas de manière isolée. Elle s'intègre à un écosystème en pleine expansion, avec l'annonce de nombreux investissements qui viennent progressivement compléter la chaine de valeur de l'industrie des batteries.
Aujourd'hui, le Maroc s'attache à optimiser cette chaîne d'approvisionnement en développant, d'abord, son potentiel local, et ensuite, en assurant l'approvisionnement en matières premières les plus compétitives en tirant profit des marges offertes par la valorisation et le raffinage.
Bien qu’il existe d’autres technologies de batteries, les batteries lithium-ion de types NMC (Nickel-Manganèse-Cobalt) et LFP (Lithium-Fer-Phosphate) dominent largement le marché.
Quelle est la capacité actuelle du Maroc à garantir un approvisionnement à la fois compétitif, durable et sécurisé pour ces deux types de batteries ?

Le Maroc pourra bientôt produire tous les minéraux des batteries
Le Maroc possède un potentiel minier lui permettant de produire la plupart des composants essentiels aux batteries électriques. À ce jour, la production minière permet de produire environ 60% des métaux essentiels pour la production de la batterie électrique.
Grâce à son expertise historique, le groupe Managem assure une production significative de cobalt depuis la mine de Bou Azzer, dont les réserves actuelles offrent une durée de vie additionnelle de 10 ans, avec un potentiel de développement supplémentaire.
À cela s'ajoute la production de cuivre, dont Managem prévoit de doubler la capacité avec l'ouverture imminente de la mine de Tizert, la plus grande mine de cuivre marocaine.
Un nouveau minerai s'ajoutera bientôt à son portefeuille de production. Des études de faisabilité pour un gisement de graphite près de Marrakech sont en cours, ce qui devrait permettre de démarrer pour la première fois une production locale de ce minéral.
De son côté, le groupe OCP renforce son positionnement stratégique dans la chaîne de valeur des batteries électriques à travers deux contributions majeures. Sa production d’acide phosphorique sert de matière première clé pour la fabrication de cathodes LiFePO₄ (phosphate de fer et lithium), largement utilisées dans les batteries pour véhicules électriques et stockage. Elle sert également à la production d’hexafluorophosphate de lithium (LiPF₆), le sel de lithium, matériau principal pour la fabrication de l’électrolyte.
Concernant le manganèse, la mine historique d'Imini, en activité depuis près d'un siècle, fournit déjà le matériau brut, en attente de l’aboutissement des projets de valorisations. De plus, plusieurs gisements potentiels pourraient être exploités à l'avenir, renforçant ainsi la position du pays.
Bien que le Maroc ne dispose pas actuellement de mines de lithium en exploitation, des gîtes prometteurs ont été identifiés dans le Nord-Ouest et le Sud du pays. Des programmes de recherche et d'exploration sont en cours pour évaluer précisément ce potentiel.
Le Maroc est ainsi en bonne voie pour combler les lacunes de sa chaîne d'approvisionnement en minerais critiques. Actuellement, les trois principaux minerais manquants ou en faible production sont le lithium, le graphite et le nickel.
Les travaux de développement en cours pour les gisements potentiels de ces trois éléments devraient permettre de combler ce manque prochainement et d’assurer la souveraineté en minerais critiques de batteries électriques.
Transformer les métaux critiques, le défi après l’extraction
Le Maroc est conscient que le développement de son industrie des batteries ne repose pas uniquement sur la richesse de son sous-sol. Si le pays possède une diversité minière capable d'approvisionner localement la majorité des matières premières, ces minerais bruts ne sont pas directement utilisables dans l’industrie.
Il nécessite en effet une séparation des impuretés qui pourraient altérer la qualité des batteries produites, ainsi qu'une valorisation pour atteindre les teneurs optimales permettant à ces matériaux de remplir efficacement leur fonction dans la batterie.
Le développement d’usines de raffinage au Maroc en est encore à ses débuts. La construction de telles installations représente un défi complexe, nécessitant un temps considérable pour obtenir les certifications, particulièrement exigeantes pour les applications batteries où tout défaut de qualité peut affecter tant les performances que la sécurité de la batterie. C'est dans cette optique que le partenariat technologique avec la Chine revêt une importance stratégique, permettant d'accélérer la mise en place de ces capacités industrielles.
Même si le Maroc ne possède pas actuellement de mines de lithium, le projet récemment annoncé de la première raffinerie de lithium au pays, porté par le géant coréen LG Energy Solution et le groupe chinois Yahua, devrait permettre à court terme, en attendant le développement de mines locales, d'optimiser l'approvisionnement en lithium. Les marges actuelles entre le produit brut et le produit raffiné pourraient être multipliées par plus de 9.
À partir du troisième trimestre de 2025, l’usine de Managem pour la fabrication de cathodes de cobalt devrait entrer en production, avec le groupe Renault comme principal offtaker (acheteur de la production à long terme). À terme, elle permettra de produire 3.500 tonnes annuelles de sulfate de cobalt de qualité batterie, issu du traitement des minerais de la mine de Bou Azzer.
Durant le deuxième semestre de 2025, Managem devrait lancer la construction d’une nouvelle usine de production de sulfate de manganèse sur le site de Guemassa. Ce projet se veut également durable, avec une eau issue du traitement des eaux usées, de l’acide sulfurique produit à partir des rejets miniers revalorisés d’autres sites, et une électricité provenant à 100 % d’énergies renouvelables.
D'autres projets sont également en cours de développement chez Managem, notamment la construction d'une fonderie de cuivre destinée à produire le sulfate de cuivre ainsi que la création d'une unité de valorisation du concentré de graphite industriel.
À Jorf Lasfar, les entreprises Falcon et Fluoralpha ont scellé un partenariat en mai 2025 pour développer une usine pilote et une unité industrielle à grande échelle pour produire du graphite sphérique purifié et enrobé (CSPG), un composant clé pour les anodes des batteries.
L'usine pilote de Jorf Lasfar devrait être opérationnelle au quatrième trimestre 2025. Fluoralpha fournira des produits fluorés, dérivés de l'acide phosphorique, qui serviront de réactifs pour la production de ce graphite de haute qualité.
Le fluor, produit à partir de l'acide phosphorique, sera également utilisé pour la fabrication de l'hexafluorophosphate de lithium (LiPF6). Ce sel de lithium, qui est l'un des composants les plus coûteux des batteries, sera produit dans le cadre d'un partenariat avec l'entreprise chinoise Tinci, spécialisée dans les batteries LFP.
En plus de ces projets structurants pour la valorisation minière, la prochaine réforme minière est urgente. Elle permettra non seulement d’accroitre l’investissement dans l’exploration minière, mais également de lister les métaux stratégiques et critiques du Maroc.
À travers cette liste, le prochain Code minier donnera droit à l'administration chargée des mines d'imposer aux entreprises minières de consacrer tout ou partie de leur production de minéraux stratégiques et critiques à la satisfaction des besoins de l'industrie nationale.
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