L’industrie n’a pas réussi à absorber le recul de la création d’emplois enregistré dans les autres secteurs
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Croissance et emploi : un lien de plus en plus distendu au Maroc (IRES)
Selon le rapport de l’Institut royal des études stratégiques (IRES), les transformations sectorielles, la faiblesse des effets d’entraînement et le poids structurel de l’agriculture expliquent en grande partie la décorrélation persistante entre la croissance économique et la création d'emplois.
Par
Badr Elhamzaoui
Le 27 septembre 2025 à 13h01
|
Modifié 27 septembre 2025 à
10h03
Face aux difficultés persistantes du marché de l’emploi au Maroc, il est souvent répété que seule la croissance économique peut apporter une solution.
Autrement dit, la création d’emplois est le résultat d’une croissance soutenue, qui demeure le seul véritable catalyseur du marché du travail. Or, l’analyse de l'élasticité entre croissance et création d’emplois montre qu’elle est faible, et qu’elle s’est encore affaiblie lors de la dernière décennie par rapport aux années 2000.
C’est dans ce contexte qu’intervient le rapport "Croissance économique et création d’emplois : pourquoi l’économie marocaine peine à créer de l’emploi ?", publié par l’Institut royal des études stratégiques (IRES). Le diagnostic établi sur la période 2000-2024 montre que l’économie marocaine a connu une croissance dont l’impact sur l’emploi est resté limité.
Pourquoi le lien entre croissance et emploi s’est-il progressivement affaibli ?
Le rapport souligne que l’élasticité emploi-croissance s’est affaiblie depuis les années 2000. Parmi les causes, il met en avant la faible performance de l’industrie, la faiblesse des effets d’entraînement et le poids persistant de l’agriculture.
L’industrie illustre cette tendance. La valeur ajoutée du secteur manufacturier est tombée d’un rythme annuel de 4,2% entre 2000 et 2008 à 2,8% entre 2020 et 2023.
À titre d’exemple, le textile, autrefois premier pourvoyeur d’emplois industriels, a vu sa part dans l’emploi industriel passer de 49% à 29% sur la période, au profit de branches plus capitalistiques où les besoins en main-d’œuvre sont moindres.
Cette évolution montre que la transformation structurelle de l’économie est restée limitée dans ses résultats. En principe, l’industrie aurait dû absorber une partie de la main-d’œuvre libérée par d’autres secteurs, en particulier l’agriculture, qui a perdu de nombreux emplois sous l’effet des conditions climatiques.
Or cela n’a pas été le cas, puisque le poids de la valeur ajoutée agricole dans l’économie n’a reculé que marginalement, passant de 8,9% en 1999 à 8,2% en 2024, tout en continuant de concentrer plus de 27% de l’emploi total.
Les effets d’entraînement intersectoriels apparaissent eux aussi faibles. En moyenne, un million de dirhams de demande finale génère six emplois directs. En ajoutant l’emploi indirect, ce chiffre atteint neuf emplois, avec un multiplicateur moyen de 1,51.
Autrement dit, dix emplois créés dans un secteur ne produisent que cinq emplois supplémentaires dans les autres, via la demande d’intrants intermédiaires.
L’agriculture demeure le secteur le plus intensif, avec plus de 23 emplois directs par million de dirhams de demande finale, contre moins de deux dans l’industrie et un peu plus de cinq dans les services. Mais cette intensité s’accompagne d’une forte vulnérabilité aux aléas climatiques.
L’IRES relève aussi que le rythme de recomposition sectorielle n’a pas favorisé une absorption suffisante de la main-d’œuvre. L’économie s’est orientée vers des créneaux modernes et exportateurs, mais faiblement inclusifs sur le plan de l’emploi. L’informalité persiste comme un facteur structurant du marché du travail, accentuant la précarité et limitant la diffusion des bénéfices de la croissance.
Par ailleurs, le rapport souligne que le cadrage macroéconomique n’a pas suffisamment intégré la dimension de l’emploi dans les arbitrages de politique économique. Les dispositifs actifs ont eu un impact mesuré et n’ont pas inversé la tendance de fond.
Un point de croissance, deux réalités
Le résultat est une élasticité décroissante entre croissance et emploi, traduite par un chômage structurellement élevé et une baisse du taux d’activité, particulièrement chez les jeunes et les femmes.
Le rapport indique que, selon les estimations de la Banque mondiale et du HCP, l’élasticité emploi-croissance atteignait environ 30.000 emplois pour chaque point de croissance entre 2000 et 2010. Ce lien s’est toutefois affaibli par la suite, tombant à près de 15.000 emplois pour chaque point de croissance entre 2010 et 2019.
Suivant la même logique, Médias24 estime cette élasticité en s'appuyant sur les données annuelles de l’emploi émanant du HCP. Notre analyse va au-delà du stock d’emplois total et examine séparément la réaction de l’emploi urbain et rural à chaque point de croissance.
Ainsi, entre 2000 et 2010, l’élasticité emploi-croissance s’élevait à environ 19.000 emplois urbains et 11.000 emplois ruraux pour chaque point de croissance. Autrement dit, la croissance profitait simultanément aux deux segments, même si l’urbain en captait la part la plus importante.
Sur la période 2010-2019, la situation s’est profondément modifiée. L’élasticité en milieu urbain a bondi à plus de 32.000 emplois par point de croissance, tandis que le rural a basculé en négatif, avec une élasticité de -16.000 emplois.
Ce résultat s’explique en grande partie par la succession de sécheresses, qui a annulé l’effet positif de la croissance sur l’emploi agricole et plongé l’élasticité rurale en territoire négatif. Concrètement, un point de croissance pouvait bien générer des emplois en milieu rural, mais les pertes liées aux sécheresses dépassaient systématiquement ces gains.
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Badr Elhamzaoui
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