Patrimoine almohade de Rabat : quand la technologie révèle les trésors du passé
Dans une salle comble de l'Instituto Cervantes s'est tenue une conférence dédiée à l'architecture almohade de Rabat. Organisée par la Fondation de la culture islamique (FUNCI) et l'ambassade d'Espagne au Maroc, elle a été l'occasion de démontrer comment les "nouveaux moyens de connaissance et de diffusion", notamment la 3D, révolutionnent notre rapport au patrimoine mondial.
"La connaissance nous fait libres. La Connaissance, avec un C majuscule, nous aide à comprendre les autres, à les respecter. C'est un outil formidable pour la paix". C’est ainsi que la représentante de la FUNCI a ouvert la journée d'étude et a introduit l'invité d'honneur, le Dr Antonio Almagro. Le temps d'une journée, les murs de l'Instituto Cervantes se sont transformés en une véritable machine à remonter le temps. Le Dr Almagro a présenté les fruits d'un projet colossal : L'Atlas de l'architecture almohade (ATARAL).
Porté par l'Académie royale des beaux-arts de San Fernando, cet atlas numérique vise à documenter et à modéliser en 3D l'héritage almohade, de l'Espagne jusqu'à l'Afrique du Nord.
Un patrimoine commun, une mémoire partagée
Le Dr Almagro a insisté sur la valeur universelle de ce legs. "L'architecture almohade de Rabat est un patrimoine mondial partagé" a-t-il souligné, car celui-ci reflète la richesse des liens historiques et culturels entre le Maroc, l’Espagne et l’ensemble du Maghreb. Le conférencier a rappelé que la ville de Rabat, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, est le fruit d'un "grand projet" almohade qui, bien qu'inachevé, a laissé une "marque indélébile" sur la capitale.
Le cœur de son intervention a été la démonstration de l'apport des technologies numériques. Grâce à une plateforme interactive, le public a pu voyager dans le temps, et des reconstitutions virtuelles stupéfiantes ont redonné vie à des monuments emblématiques. On a pu ainsi visualiser la grande mosquée de Rabat, non pas comme une ruine, mais comme elle aurait pu être si le "grand projet" du calife Yacoub al-Mansour avait été achevé au XIIe siècle, avec son minaret majestueux et sa salle de prière colossale. "Avec ces modèles, nous pouvons avoir la possibilité de restaurer ces monuments ", a expliqué le Dr Almagro.
Le tremblement de terre, un révélateur tragique de l'urgence de documenter
Lors de son intervention, le Dr Almagro est revenu sur le récent séisme qui a frappé le Maroc. Des images avant-après de la mosquée de Tinmel ont illustré de manière dramatique la fragilité du patrimoine. Une coupole, méticuleusement documentée par son équipe, s'est effondrée. "Grâce à la documentation, nous avons pu réaliser un modèle tridimensionnel", a-t-il souligné, prouvant que ces "jumeaux numériques" sont désormais la seule mémoire précise de ce qui a été perdu et une base indispensable pour toute reconstruction future.
Cette démonstration a mis en lumière la mission fondamentale du projet ATARAL : préserver la mémoire. " Si l'on conserve la représentation précise, on peut les récupérer, ou au moins conserver une partie très importante de leur mémoire", a insisté l'expert.
Un accès démocratique à la connaissance
Sur une note d'espoir et d'ouverture, le conseiller culturel de l'ambassade d'Espagne a salué le travail "colossal et très solide" du Dr Almagro, qui a "construit des ponts grâce à ce patrimoine que nous avons en commun". Le projet ATARAL, accessible en ligne gratuitement, incarne cette volonté de partage et met à la disposition des chercheurs, des étudiants et du grand public une base de données d'une richesse inouïe, avec des milliers de dessins, de photographies et de modèles 3D.
Cette conférence n'était donc pas seulement une prouesse technique, mais un appel vibrant à la sauvegarde d'un héritage partagé. Comme l'a si bien résumé la représentante de la FUNCI, c'est un travail qui nous rappelle que le patrimoine "nous appartient à nous tous, à tous les pays dans lesquels on trouve des restes de constructions laissées par les Almohades, et qui nous appartient à nous et aux générations suivantes".
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