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ECONOMIE

Entre 2014 et 2024, forte baisse de la pauvreté mais persistance des inégalités

Le dernier rapport du HCP révèle une baisse marquée de la pauvreté multidimensionnelle au Maroc entre 2014 et 2024. Mais derrière ce recul national, la carte sociale reste profondément inégale, avec des disparités territoriales persistantes et une pauvreté toujours majoritairement rurale.

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Entre 2014 et 2024, la population en situation de pauvreté est passée de 4 à 2,5 millions : le monde rural y concentre encore 72%
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Le 22 mai 2025 à 18h30 | Modifié 22 mai 2025 à 19h05

Le haut-commissariat au Plan (HCP) vient de publier un rapport consacré à l’état de la pauvreté au Maroc en 2024, fondé sur les données du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH).

Intitulé "Cartographie de la pauvreté multidimensionnelle : paysage territorial et dynamique", ce rapport fournit une analyse approfondie de l’évolution de la pauvreté au Maroc, en l’appréhendant non plus uniquement à travers le prisme du revenu, mais en intégrant un ensemble de privations sociales affectant les conditions de vie, l’éducation et la santé. Il en ressort, entre 2014 et 2024, une tendance nationale globalement positive, masquant toutefois de profondes disparités territoriales.

Voici les principaux constats qui se dégagent du rapport.

Une baisse notable de la pauvreté multidimensionnelle à l’échelle nationale

*La pauvreté multidimensionnelle. Entre 2014 et 2024, la population en situation de pauvreté a chuté de 11,9% à 6,8% de la population totale, soit une réduction de plus de 5 points. En valeur absolue, ce sont près de 1,5 million de Marocains qui ont été extraits de la pauvreté en une décennie. En conséquence, l’indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) a été presque divisé par deux, passant de 4,5% à 2,5%. Un progrès tiré par l’éducation et les conditions de vie.

L’amélioration du capital scolaire, mesurée par la scolarisation des enfants et l’éducation des adultes, est le premier moteur de cette évolution, expliquant à elle seule plus de 50% de la baisse de l’IPM. Elle est suivie des progrès réalisés dans les conditions de vie (accès à l’électricité, eau potable, assainissement, logement), qui contribuent à hauteur de 31,4%, puis des avancées dans le domaine de la santé (18,4%). Cette hiérarchisation met en lumière l’importance stratégique des politiques éducatives dans la lutte contre les inégalités structurelles.Une pauvreté encore fortement rurale, malgré le recul*La vulnérabilité à la pauvreté. En 2024, les zones rurales concentrent toujours 72% des personnes pauvres, contre 79% en 2014. Le taux de pauvreté y a certes diminué de manière spectaculaire, de 23,6% à 13,1%, mais il reste plus de quatre fois supérieur à celui des zones urbaines, où il s’est stabilisé autour de 3%.

Cette fracture territoriale se manifeste également dans la vulnérabilité à la pauvreté multidimensionnelle : si le taux national est passé de 11,7% à 8,1%, 82% des personnes vulnérables résident en milieu rural, exposées à un risque élevé de rechute dans la pauvreté en cas de choc économique ou social.

Géographie de la pauvreté au Maroc : des écarts qui persistent

Le recul de la pauvreté touche toutes les régions, mais les écarts restent profonds. En 2024, six régions affichent des taux supérieurs à la moyenne nationale, notamment Béni Mellal-Khénifra (9,8%), Fès-Meknès (9,0%) et l’Oriental (8,4%). À l’inverse, les régions du Sud comme Laâyoune-Sakia El Hamra (2,4%) et Dakhla-Oued Eddahab (2,5%) présentent les taux les plus faibles.

En termes relatifs, Marrakech-Safi, Béni Mellal-Khénifra et Drâa-Tafilalet ont enregistré les baisses les plus marquées de la dernière décennie, traduisant une dynamique de convergence relative entre les régions.À l’échelon provincial, les disparités apparaissent avec une acuité encore plus prononcéeÀ l’échelle provinciale, le contraste est encore plus fort. En 2024, Figuig (24,1%) et Taounate (21,1%) affichent les taux de pauvreté les plus élevés du Royaume. Sept provinces concentrent à elles seules près de 20% des pauvres. Certaines zones, comme Azilal, Chichaoua, Chefchaouen et Essaouira, bien qu’ayant enregistré des baisses spectaculaires, restent structurellement vulnérables. A contrario, les grandes villes comme Rabat, Casablanca et Laâyoune présentent des taux inférieurs à 3%, confortant leur statut de pôles relativement protégés.

Par ailleurs, à l’échelle communale, si le ciblage territorial a montré son efficacité, des poches d’extrême pauvreté subsistent. Le rapport confirme l’efficacité des politiques publiques ciblées, notamment l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH). Dans les 702 communes rurales couvertes par les deux premières phases du programme, le taux de pauvreté a chuté de 27,8% à 15,5%, contre une baisse plus modérée dans les communes non ciblées.

Globalement, 94% des communes ont vu leur situation s’améliorer entre 2014 et 2024. Toutefois, certaines d’entre elles restent durement frappées : une centaine de communes enregistrent des taux supérieurs à 30%, principalement dans les provinces de Figuig, Azilal, Taroudant, Khénifra et Essaouira. Des cas extrêmes dépassent les 50%, notamment dans des communes comme Bouchaouene (Figuig), Tafajight (Sefrou) ou Tabia (Taroudant).

Il convient de souligner que, dans le cadre de l’analyse de la pauvreté, le rapport du HCP marque une rupture avec les approches monétaires traditionnelles, en intégrant les dimensions non monétaires du bien-être, telles que l’éducation, la santé ou encore l’accès aux services sociaux.

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