Campagne céréalière 2024-2025 : des pluies bénéfiques, mais des résultats encore limités (rapport US)
Les pluies de février et mars ont certes permis une nette amélioration du couvert végétal, mais elles ne devraient pas se traduire par une hausse significative de la production céréalière. Selon les dernières estimations du département de l'Agriculture des États-Unis, la progression devrait rester limitée par rapport à l'année dernière marquée par une sécheresse aiguë. Détails.
Après un hiver particulièrement sec marqué par un déficit pluviométrique inquiétant en décembre et janvier, les fortes pluies de février et mars 2025 ont apporté un fort soulagement aux agriculteurs marocains. Ces précipitations tardives ont permis une véritable métamorphose sur le terrain, restaurant progressivement le couvert végétal, qui peinait à se développer et qui montre désormais des signes nets d'amélioration, particulièrement visibles dans le centre et le nord du pays.
Les récentes retombées hydriques se sont manifestées également au niveau des réserves des barrages, où le taux de remplissage des barrages a connu une progression notable pour atteindre 38,34 %, soit l'équivalent de 6,427 milliards de mètres cubes d'eau stockée, contre 5,262 milliards de mètres cubes l’année dernière, jour par jour.
Si ces récentes pluies vont être sûrement bénéfiques pour les cultures maraîchères, l’espoir d’une bonne saison agricole est principalement porté par la campagne céréalière, pilier de la sécurité alimentaire et de la croissance économique.
Un nouveau rapport actualisé sur la conjoncture céréalière au Maroc a été récemment publié par le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA), statuant sur les projections de la saison agricole en cours.
Ce document se base sur une méthodologie combinant les données météorologiques, les enquêtes de terrain, les modèles agronomiques et les données d’imagerie satellitaire pour fournir une évaluation détaillée des prévisions sur la campagne agricole.
Production céréalière 2024-2025 : 35 millions de quintaux selon l’estimation US
Selon ces données de l’USDA, la production céréalière pour la campagne actuelle devrait atteindre 35 millions de quintaux (contre 31,2Mqx une année auparavant), répartis entre 17 millions de quintaux de blé tendre (49%), 11 millions de quintaux de blé dur (31%) et 7 millions de quintaux d’orge (20%).
Cette projection signifie si elle se réalise, une légère augmentation de 12 % de la production céréalière par rapport à la campagne agricole précédente, qui avait permis une production de 31,2 millions de quintaux dans un contexte de sécheresse très sévère, répartis comme suit : 17,5 millions de quintaux pour le blé tendre, 7,1 millions de quintaux pour le blé dur et 6,6 millions de quintaux pour l’orge.
Dans l'attente de la production prévisionnelle du ministère de l’Agriculture, il est utile de rappeler que les données des dernières campagnes agricoles démontrent une bonne fiabilité des estimations périodiques du rapport concernant la production céréalière nationale.
Pour la campagne 2023-2024, ce rapport avait projeté une production de 29 millions de quintaux, un chiffre qui s'est avéré très proche des 31,2 millions de quintaux finalement enregistrés, ne représentant qu'un écart de 7 %. En 2023, les projections avaient estimé 55,5 millions de quintaux, ne représentant qu'une différence de 0,7 % par rapport aux résultats réels de la production.
Bilan prévisionnel de 2025 : une dichotomie des résultats en raison du timing du semis
Les projections 2025, bien qu'en légère progression, restent ainsi inférieures aux attentes et aux niveaux habituels des années sans stress hydrique. Ces estimations rejoignent les analyses des experts agricoles sondés précédemment par Médias24, qui ne prévoyaient pas une amélioration nette de la campagne céréalière malgré les pluies tardives de février et mars. Ces dernières n'ont pas permis de rattraper la croissance des céréales car elles interviennent trop tard dans le calendrier phénologique pour compenser pleinement le déficit hydrique initial.
De son côté, le rapport du département d’agriculture américain a précisé que la saison en cours a été confrontée à des défis importants, principalement en raison d'une longue période de sécheresse, le manque cruel de précipitations en début de saison a entraîné des retards importants, notamment dans les régions du sud, où les semis n'ont été achevés que la première semaine de janvier 2025.
En raison de l’incertitude due à la succession des années de sécheresse, des disparités dans l’état des cultures ont été signalées et sont directement liées aux dates de semis :
- Semis précoces (début de saison) : les cultures ont souffert d’un stress hydrique prolongé dû à la sécheresse persistante entre décembre et février. Leur développement limité laisse présager des rendements nettement inférieurs à la moyenne historique.
- Semis tardifs : Bénéficiant des pluies abondantes de mars, ces parcelles présentent des conditions de croissance bien plus favorables. L’humidité résiduelle des sols a offert un environnement propice, permettant un développement végétatif optimal et des perspectives de rendement encourageantes.
Les visites de terrain menées durant le mois de mars 2025 ont témoigné du fait que les cultures de blé et d'orge marocaines connaissent une croissance végétative inférieure à la moyenne, comme dans les régions du sud de Marrakech-Tensift-El Haouz.
Contrairement à l’année dernière, où le couvert végétal était particulièrement dense dans le nord et la région du Gharb, les données satellitaires analysées de la même période cette année révèlent une nette extension de la végétation vers de nouvelles zones. On observe en effet un développement significatif au sud de Casablanca, les alentours de Safi et le sud-est du Maroc, marquant ainsi une évolution notable dans la répartition spatiale de la croissance végétale par rapport à l'année dernière.


En conséquence, seulement 40 % de la superficie initialement prévue pour l'ensemencement, soit 5 millions d’hectares au début de la saison agricole, a été ensemencée. Cette superficie ensemencée se répartit entre 2,2 millions d'hectares de blé et, selon les estimations, 800.000 hectares d'orge. Ce dernier chiffre reste inférieur de 30 % à la moyenne décennale.
Lors de la saison agricole 2023/2024 particulièrement sèche, trois régions, Fès-Meknès (37,1%), Rabat-Salé-Kénitra (28,9%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (18,2%), avaient contribué à elles seules à 84% de la production céréalière nationale. Cette configuration met en lumière la vulnérabilité du secteur aux aléas climatiques, les régions septentrionales mieux arrosées supportant l'essentiel de la production céréalière du royaume.
Face à ces incertitudes, le Maroc renforce son stock stratégique
Face à ces prévisions, le département d’agriculture américain estime que le Maroc importera légèrement moins de blé, avec un volume attendu de 73 millions de quintaux. Il relève également que le pays a diversifié ses sources d’approvisionnement, traditionnellement centrées sur la France, en intégrant davantage la Russie, la Roumanie, la Pologne, le Canada et l’Allemagne. Récemment, la Russie est devenue le premier fournisseur de blé du Maroc, avec environ 960,13 tonnes métriques, devançant la France (832,6 tonnes métriques) et le Canada (536,14 tonnes métriques).
Rappelons que l'ONICL (Office National Interprofessionnel des Céréales et Légumineuses) a récemment mis à jour la prime forfaitaire (aide) du blé tendre importé, à 7,02 dirhams par quintal pour la période entre le 1er et le 30 avril 2025, contre 14,77 dirhams en mars, soit une division de plus de la moitié par rapport au mois de mars.
Ce soutien pour l'approvisionnement en blé devrait se prolonger jusqu'au 31 décembre 2025 pour répondre à la demande nationale, maîtriser les coûts des matières dépendantes suite à une décision et notamment la constitution d'un stock stratégique de blé dont 8 millions de quintaux sont éligibles pour l'aide.
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