Fluidité, solidité et libération des énergies : les priorités de Nadia Fettah pour la finance en Afrique
La ministre de l'Économie et des finances a présenté, ce lundi 9 décembre, sa vision pour renforcer la finance africaine au service du développement durable, articulée autour de trois priorités stratégiques : la fluidité des capitaux, la solidité des institutions financières et la libération des énergies du continent.
"Sous le leadership de Sa Majesté Le Roi, le Maroc ne prétend pas être le centre de l’Afrique, mais aspire à être au cœur de chacun de ses citoyens", a affirmé Nadia Fettah dans son allocution d'ouverture de l’Africa Financial Industry Summit (AFIS), insistant sur l’ambition du Royaume de bâtir un continent "prospère, juste et durable". La ministre a souligné l’importance de ce sommet, marqué par la présence de plus de 1.000 participants issus des quatre coins du continent et du monde, "reflétant l’esprit de transformation qui anime l’AFIS".
Dans un contexte où les besoins de financement en Afrique dépasseront 1.200 milliards de dollars d'ici 2030, Nadia Fettah a insisté sur la nécessité d’améliorer la circulation des capitaux. "La fluidité est essentielle pour orienter les capitaux vers des usages stratégiques, soutenir les PME et dynamiser la transition écologique".
Elle a relevé des défis majeurs, comme la fragmentation économique entre les 54 pays africains, où environ 80% des transactions intra-africaines passent encore par des devises étrangères, augmentant ainsi les coûts et les délais.
"À cela s'ajoute le coût prohibitif des transferts d’argent : envoyer 200 dollars en Afrique subsaharienne coûte en moyenne 8%, selon la Banque mondiale, contre 6% à l'échelle mondiale. Ce fardeau freine les échanges économiques et réduit l’impact des envois de fonds de la diaspora, qui représentent tout de même 95 milliards de dollars en 2022", a-t-elle fait observer.
En réponse, la ministre a salué des initiatives telles que le système de paiement panafricain PAPSS, qui pourrait économiser 5 milliards de dollars annuellement, ainsi que le rôle des fintechs africaines comme M-Pesa et Flutterwave dans la redéfinition de l’accès aux services financiers en connectant des millions de personnes, y compris dans les zones rurales.
Cependant, la ministre a averti que ces avancées nécessitent des infrastructures numériques solides et des régulations harmonisées. Avec près de 50% de la population africaine sans accès à Internet, elle a plaidé pour un effort concerté afin de surmonter ces obstacles et attirer davantage d’investissements internationaux.
Solidité des institutions financières : bâtir une résilience durable
Dans son allocation, Nadia Fettah a insisté sur l’importance de la solidité pour garantir un système financier robuste, capable d’absorber les chocs économiques et géopolitiques. "Une régulation rigoureuse, des gouvernances solides et une résilience macroéconomique sont essentielles pour inspirer confiance aux investisseurs".
La responsable gouvernemental a cité des défis tels que la mise en œuvre inégale des normes internationales comme Bâle III, et le poids croissant de la dette publique africaine, estimée à 163 milliards de dollars en 2023. Elle a appelé, dans ce sens, à une mobilisation accrue des ressources domestiques, en augmentant le ratio recettes fiscales/PIB, actuellement à 16%, bien en deçà de la moyenne mondiale de 25%.
La ministre a également évoqué la montée des fintechs et des néobanques, soulignant leur potentiel pour moderniser les systèmes financiers, à condition de disposer de cadres réglementaires flexibles et adaptés.
Libération des énergies : maximiser le potentiel africain
Pour répondre aux besoins croissants du continent, la ministre a plaidé pour la libération des énergies humaines et financières. Elle a cité le déficit annuel de financement de 108 milliards de dollars pour les infrastructures et 250 milliards de dollars pour le climat, tout en appelant à une meilleure utilisation des instruments financiers innovants, tels que les obligations vertes.
Elle a également mis en avant le rôle des partenariats public-privé et des mécanismes de financement mixte pour attirer des capitaux vers des projets stratégiques. "Le secteur privé doit jouer un rôle central dans la mobilisation des ressources", a-t-elle affirmé, ajoutant que des réformes fiscales incitatives et des initiatives comme l’Africa50 sont essentielles pour combler le déficit de financement.
Par ailleurs, Nadia Fettah a souligné l’importance du capital humain, avec 60% de la population africaine âgée de moins de 25 ans. "L’investissement dans les talents africains est une priorité pour maximiser l’impact économique et social".
Un appel à l’action collective
Pour la ministre, la réussite de ces objectifs dépend d’un effort collectif et coordonné. Elle a réaffirmé l’engagement du Maroc à accompagner cette transformation, en concluant : "Le Royaume, sous le leadership éclairé de Sa Majesté Le Roi, se tient prêt à contribuer à cette trajectoire ambitieuse pour un continent résolument tourné vers l’avenir".
Organisée sur le thème "Le temps des puissances financières africaines est venu", cette édition de l’Africa Financial Industry Summit, qui se tient pour la première fois en terre marocaine, réunit les leaders du secteur privé et représentants gouvernementaux pour discuter des stratégies qui permettent à la finance africaine de devenir un moteur de développement, de croissance économique et de résilience.
Ainsi, l'AFIS 2024 se concentre sur cinq priorités clés pour promouvoir les transformations nécessaires, à savoir créer des produits bancaires et des solutions de marché des capitaux pour orienter les ressources locales vers des investissements productifs, réduire le coût et le temps des transactions transfrontalières et permettre un développement des échanges commerciaux entre les pays africains, renforcer les exigences en matière de capital pour les institutions financières, consolider l'industrie et encourager les partenariats avec les centres financiers internationaux.
Il s’agit également d’offrir des produits financiers à la main-d'œuvre informelle, qui représente 83% de l'économie africaine, en exploitant la digitalisation des services d'assurance et bancaires et construire un marché boursier panafricain pour s'attaquer à la fragmentation des marchés et stimuler les investissements intra-africains, créant ainsi un véritable écosystème financier intégré.
Fondé par Jeune Afrique Media Group en 2021 et co-organisé par l'International Finance Corporation (IFC), l’AFIS expose, à travers plus de 30 panels et tables rondes de haut niveau, les réformes structurelles nécessaires pour renforcer la résilience du secteur et lever les obstacles au financement des économies du continent, à l’heure des bouleversements régionaux et internationaux.
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