Fatima Ezzahra El Idrissi, une athlète paralympique en or ou la rage de vaincre (portrait)
Les 17es Jeux paralympiques se sont clôturés le dimanche 8 septembre à Paris. Une seule athlète marocaine a brillé en décrochant deux médailles, l’argent au 1.500 m et l’or au marathon : Fatima Ezzahra El Idrissi. Qui est-elle ? D'où lui vient cette passion pour le para-athlétisme ? Éléments de réponse dans ce portrait.
Les images de la victoire sont saisissantes. Fatim Ezzahra El Idrissi crie sa douleur et sa joie quand elle parvient à décrocher la médaille d’or et à battre de 6 minutes le record du monde du marathon. Une revanche pour cette sportive de 29 ans qui avait chuté lors des JO de Tokyo de 2020. “À 60 mètres de la ligne d’arrivée, j’avais eu un claquage et j'étais tombée”, confie à Médias24 l'athlète native de la petite ville d'Oulmès. Cette chute va tout changer pour la jeune femme. Loin de se décourager, elle tente le tout pour le tout.
"Ne pas abandonner" est ce qui ressort dès les premières minutes de notre entretien avec Fatima Ezzahra El Idrissi. Et ce fut le cas. La para-athlète enchaîne les médailles et pulvérise même le record du monde en 2023 dans le 1.500 mètres T13.
Sortir de sa zone de confort
Elle se qualifie aux Jeux paralympiques de Paris, sauf que cette fois-ci, la Marocaine choisit de sortir de sa zone de confort en participant au marathon. Alors qu'elle ne s’entraînait jusqu'à présent que pour une catégorie : le 1.500 mètres T13. “Ma chute aux Jeux de Tokyo a été le boost décisif pour me dépasser. J’avais tellement de rage que j’ai pu décrocher la médaille d’or au marathon et la médaille d’argent dans ma spécialité, le 1.500 mètres”, déclare-t-elle non sans émotion.
Sur les dix derniers kilomètres du marathon, Fatima Ezzahra El Idrissi est prise de vertige. “Je ne voyais plus rien, mais je n’ai pas abandonné parce que je suis capable de mourir pour mon pays”. Elle l’avoue, le marathon a été l’un des plus grands défis qu’elle a eu à surmonter.
J’avais tellement de rage que j’ai pu décrocher la médaille d’or au marathon
Cette consécration a nécessité cinq années de sacrifices : réveils matinaux, régimes éreintants, entraînements intensifs... Fatima Ezzahra El Idrissi n’a reculé devant rien pour décrocher la médaille.
Tombée dans la marmite, comme Obélix
À 5 ans, la native d'Oulmès participe à une course, la remporte et tombe amoureuse de ce sport. C’est la seule de la famille à pratiquer l’athlétisme. Ses deux frères sont férus de football.
Le père El Idrissi, mécanicien, encourage sa fille depuis toujours et l’aide même financièrement pour atteindre ses rêves. Quant à sa mère, elle se dévoue sans réserve à ses enfants. “J’ai eu une enfance difficile, mais nous étions une famille soudée comme les doigts d’une main”, nous précise-t-elle. D’ailleurs, après sa chute lors des Jeux paralympiques de Tokyo, sa famille a fait bloc derrière elle. “Le plus important, c’est que tu ailles bien ; ta santé, c’est le plus important pour nous”, lui a dit son père au téléphone quelques minutes après.

La Fédération royale de sport des non-voyants et des malvoyants repère la para-athlète. Elle l'a rejointe depuis cinq ans. Alors que la jeune femme avait commencé la compétition avec des athlètes valides, sa vue décline rapidement et la situation ne s’améliorera pas avec l’âge. Elle obtient alors une certification internationale qui lui ouvre les portes des Jeux paralympiques. Jusqu’à ce jour, la para-athlète continue de challenger des athlètes valides, jour après jour, pour améliorer ses performances. Durant l’année, elle s'entraîne avec le club Atlas Oulmès, et quand les compétitions approchent, Fatima Ezzahra El Idrissi rejoint l’équipe de Salé pour éviter de s'entraîner en altitude comme dans sa ville d’origine.
Depuis qu’elle est enfant, sa vie est rythmée par le sport. Elle arrête ses études au collège et se consacre exclusivement aux compétitions. “C’est grâce aux courses et aux médailles que je gagne ma vie”. Quelquefois, c’est l’art de la débrouille qui prime puisque Oulmès reste une ville assez pauvre.
Persévérance malgré les blessures
La médaillée d'or nous révèle que, pendant les Jeux de Paris, elle a souffert d'une blessure dont personne n’était au courant. “Je me suis foulée la cheville à dix jours de la compétition. Je n’ai rien dit pour pouvoir aller jusqu’au bout. J’ai tenu bon face à la douleur”, dit-elle dans un souffle. “Je ne pouvais me permettre de baisser le rythme des entraînements afin d’être prête pour le jour J. Heureusement, j’ai le soutien indéfectible de mon entraîneur Aziz Yahyaoui et de la directrice technique de la Fédération royale de sport des non-voyants et des malvoyants, Nadia Jennane.”
Je me suis foulée la cheville à dix jours de la compétition. Je n’ai rien dit pour pouvoir aller jusqu’au bout. J’ai tenu bon face à la douleur
Après sa consécration, Fatima Ezzahra El Idrissi doit se reposer pour permettre à sa cheville de récupérer. Elle déclare : “Je ne m’attendais pas à recevoir autant d’amour de la part des Marocains. J’ai même reçu une lettre de félicitations de la part du Roi Mohammed VI, je n’en croyais pas mes yeux”. Désormais, elle n’a qu’une chose en tête : rentrer, pour serrer ses proches dans ses bras et fêter cette victoire en famille, une victoire de tous les Marocains. Ce sera fait ce mercredi 11 septembre. Inchallah.
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