Fonds d'investissement, disparités territoriales : un entretien avec Omar Moro, président de la région TTA
La région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima connaît un essor économique et des investissements industriels massifs, principalement concentrés à Tanger. Cette situation est compréhensible compte tenu de l'importance historique, géographique et démographique de la métropole. Toutefois, il est crucial que les autres provinces bénéficient également des investissements, notamment publics, afin de réduire les disparités dans la région. Entretien.
La région Tanger-Tétouan-Al Hoceima avance à deux vitesses, entre autres pour des raisons historiques comme le rattachement récent de deux provinces. L'actuel conseil de la région a décidé, dès sa mise en place, de consacrer une grande partie de son PDR (Programme de développement régional), à la réduction de ces disparités territoriales.
Par exemple, on constate que les régions côtières, deux façades maritimes, Asilah-Tanger- Mdiq-Tétouan, sont des zones citadines, fortement peuplées, deuxième pôle industriel du pays, et bénéficient d'une belle dynamique territoriale. Ce qui n'est pas le cas des autres provinces comme Ouezzane, Larache, Al Hoceima et Chefchaouen. Ces dernières provinces connaissent une décroissance démographique, un fort impact de la sécheresse, une dominante rurale et un faible accès aux services publics.
Ces questions, et beaucoup d'autres concernant le développement régional, ont été posées à Omar Moro, président du conseil régional de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, qui a été l'un des invités de marque de l'escale tangéroise de Médias24, le mercredi 17 juillet 2024 (vidéo ci-dessous).
Omar Moro a apporté des éclaircissements sur les stratégies de développement régional mises en œuvre et sur les progrès réalisés dans la lutte contre les disparités spatiales.
Médias24 : En ce qui concerne les disparités entre les huit provinces de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, comment le conseil régional œuvre-t-il pour assurer un développement équilibré entre les différentes provinces ?
Omar Moro : Il y a eu un nouveau découpage et de nouvelles provinces ont été intégrées à la région, comme Ouezzane et Al Hoceima. Ces provinces, ainsi que Larache et Chefchaouen, nécessitent un rattrapage, notamment en termes de développement rural. Nous travaillons activement pour améliorer les infrastructures de l’ensemble des provinces.
Nos études indiquent qu'il est nécessaire d'aménager plus de 15.000 km de routes. Les reliefs de la région sont complexes, ce qui requiert des ressources importantes. De plus, compte tenu des changements climatiques, de la sécheresse et du stress hydrique que connaît notre pays, nous essayons de rendre l’eau potable accessible dans les zones rurales. Pour les régions aux reliefs difficiles, nous effectuons des forages.
Nous nous efforçons également de fournir l’électricité et de lutter contre le décrochage scolaire. À cet effet, le conseil régional a consacré 2 MDH à chaque province pour assurer le transport des élèves, ce qui a eu un impact positif sur le taux de décrochage scolaire, notamment chez les filles.
Les vocations des provinces
- Vu la diversité socioculturelle et géographique des provinces de la région, et dans le cadre du programme de développement régional, quelle vocation avez-vous envisagée pour chaque province ?
- Nous ne pouvons pas reproduire Tanger et en faire un modèle pour les autres provinces en raison de leurs caractéristiques géographiques et sociales spécifiques. Nous avons donc mené des études en étroite collaboration avec la société civile et les autorités locales pour connaître les attentes de la population et leurs orientations. Par exemple, à Chefchaouen, nous privilégions le tourisme, l'industrie cinématographique et l'économie solidaire plutôt que l'industrie lourde. À titre d’information, nous avons signé deux conventions pour renforcer le tourisme durable dans la province.
De même, Ouezzane et Larache ont une vocation agricole et artisanale. Ces deux dernières années, nous avons lancé l’agropole à Larache. Pour Al Hoceima, la logistique et le tourisme sont les secteurs prioritaires. Cette spécialisation régionale dynamise l’économie et crée une complémentarité intrarégionale.
- Vous avez mis en place un fonds de soutien aux porteurs de projets pour encourager l’entrepreneuriat. Pourriez-vous nous fournir plus de détails sur ce fonds et expliquer comment les candidats peuvent en bénéficier ?
- Le fonds d’investissement Nordev résulte de deux années de discussion sur l'investissement régional, en ligne avec la vision royale en matière d'investissement. Doté d'un budget total de 1 milliard de dirhams sur une période de cinq ans (2022-2027), ce fonds alloue chaque année 200 MDH pour soutenir les très petites et les petites entreprises ainsi que les coopératives. Ce dispositif s'inscrit dans le cadre du nouveau modèle de développement, visant à stimuler la création d’emplois et à favoriser le développement économique de la région.
Pour bénéficier des subventions offertes par le fonds, les candidats doivent soumettre leurs projets via le site web dédié et présenter leur business-plan. Une présélection rigoureuse est ensuite effectuée pour retenir les projets ayant un fort potentiel de création d’emplois et de succès, en évaluant la viabilité et l'impact économique des propositions.
De nouveaux investissements d’envergure dans le pipeline
- Il y a un mois, vous étiez présent en Chine à l’occasion du Salon de l’automobile. Pouvez-vous nous parler de cette expérience et des investissements éventuels attirés lors de cet événement ?
- Lors de notre récente visite en Chine, plusieurs investisseurs ont manifesté un vif intérêt pour la région, particulièrement après le lancement de Tanger-Tech. Nous avons conclu des accords avec cinq investisseurs, dont deux ont signé leurs contrats seulement deux semaines plus tard. Ces investisseurs débuteront la construction de leurs usines dès octobre 2024, se concentrant sur le secteur des batteries électriques où ils sont leaders à l'échelle mondiale.
- Nous observons le boom économique remarquable que connaît la région. Mais qu’en est-il de la création d’emplois, en particulier pour les jeunes ?
- En accord avec la vision Royale pour le développement des Cités des métiers et des compétences à travers le Royaume, le conseil régional de Tanger-Tétouan-Al Hoceima a été un acteur clé dans la création de la cité des métiers et des compétences régionales, représentant un investissement total de 400 MDH, dont 100 MDH financés par le conseil régional. De plus, le conseil a entièrement financé un projet de formation professionnelle à Larache, qui ouvrira ses portes prochainement.
Le conseil régional anticipe les besoins en compétences en collaborant avec les nouveaux investisseurs pour identifier les domaines, spécialisations et métiers requis. Des discussions sont également en cours avec l'université Abdelmalek Essaâdi, l’OFPPT et l’ANAPEC pour aligner les formations sur ces besoins anticipés.
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