Découverte à Larache des plus anciennes empreintes humaines en Afrique du Nord, datant d’environ 100.000 ans
Une équipe de chercheurs et géologues, dont des Marocains, a annoncé la découverte de 85 empreintes humaines sur une plage rocheuse à Larache, les plus anciennes attribuées à l’Homo sapiens en Afrique du Nord et au sud de la Méditerranée. Médias24 a contacté Mouncef Sedrati, chercheur en géomorphologie littorale et géologie marine, qui a dirigé l’équipe de recherche.
La découverte a été publiée le 23 janvier dernier dans la revue scientifique Nature. Au cours d’une mission de terrain en 2022, dans le cadre d’un projet de recherche sur l’origine et la dynamique des rochers côtiers du nord-ouest du Maroc, une équipe de géologues marocains et étrangers a identifié de nouvelles empreintes d’hominidés sur une plage rocheuse à Larache. Le site s’étend sur une superficie d’environ 2.800 m².
La large gamme de tailles des empreintes suggère que plusieurs individus de différents groupes d’âge sont responsables de ces traces. La répartition des empreintes selon trois classes d’âge est relativement équilibrée, soulignent les chercheurs. Il y a néanmoins un peu plus d’empreintes attribuées à des enfants (31) qu’à des adolescents (26) ou à des adultes (24).

Les résultats de l’enquête géologique indiquent que ces empreintes de Larache sont les plus anciennes attribuées à l’Homo sapiens en Afrique du Nord et au sud de la Méditerranée.
Médias24 a contacté Mouncef Sedrati, enseignant-chercheur en géomorphologie littorale et géologie marine à l’Université Bretagne-Sud (UBS), qui a dirigé l’équipe de recherche. Il nous raconte : "Nous avons fait cette découverte en juillet 2022. Avec mon équipe de recherche, composée de collègues marocains, espagnols et français, nous en étions à la deuxième campagne de mesures sur le terrain [sur une plage rocheuse au sud de Larache, ndlr] pour étudier la mobilité des grands blocs rocheux sur le site. Nous avions déjà publié des articles scientifiques sur la dynamique de ces grands blocs rocheux afin de comprendre leur origine et les mécanismes de leur déplacement sur la plage. Pendant un moment d’attente entre les marées, nous avons décidé d’explorer un site un peu plus au nord du nôtre, à quelques centaines de mètres, où nous avons découvert ce spectacle exceptionnel de dizaines de traces de pieds fossilisées dans le sol".
Des empreintes en excellent état de conservation
Les sites contenant des empreintes de pieds humains sont relativement rares dans le monde, surtout en Afrique où les seuls connus se trouvent en Afrique de l’Est et au sud de l’Afrique. Aucun site avec des traces de pieds humains fossilisées n’avait encore été découvert en Afrique du Nord ou au sud de la Méditerranée. Dans ce cas-ci, le nombre important d’empreintes trouvées, leur excellente conservation et surtout leur âge en font une découverte remarquable, selon Mouncef Sedrati.

"Nous avons fait appel à des spécialistes renommés pour nous aider à résoudre ces mystères de conservation, puis nous avons entrepris des analyses minutieuses pour corréler les caractéristiques des empreintes avec celles des individus. Cela a été un travail long et méticuleux, vérifiant trace par trace les détails tels que la largeur, la longueur et la profondeur des empreintes, les modélisant en 3D, croisant ces informations avec la nature des sédiments de la roche pour déterminer qu’il s’agissait potentiellement de cinq individus ayant laissé ces empreintes, comprenant aussi bien des enfants et des adolescents que des adultes. Un autre aspect important est la datation par luminescence stimulée optiquement (OSL), qui nous a permis de préciser l’âge des empreintes et de les attribuer à l’Homo sapiens", poursuit Mouncef Sedrati.
"Nous nous sommes ainsi retrouvés face aux plus anciennes empreintes de pieds humains connues en Afrique du Nord et au sud de la Méditerranée. Elles ont environ 100.000 ans".
Entre l’analyse des empreintes, l’attente des résultats des analyses des sédiments, la datation OSL et la recherche bibliographique pour mieux comprendre les spécificités et les singularités du site et des traces, l’équipe de recherche a mis une année pour confirmer les résultats avec certitude.
Un site patrimonial à préserver
Mouncef Sedrati souligne la nécessité de préserver ce site patrimonial remarquable, "même s’il est menacé par l’élévation du niveau de la mer et les tempêtes". Et d’ajouter : "À court terme, d’autres empreintes seront probablement découvertes à mesure que les sédiments s’éroderont. Il serait donc intéressant de suivre cette érosion et de découvrir de nouvelles traces complémentaires, ce qui permettrait d’obtenir plus de précisions sur le groupe d’Homo sapiens qui parcourait ou habitait cette côte larachoise."
"Nous aimerions collaborer avec d’autres chercheurs marocains et avec le ministère de l’Enseignement supérieur, le Centre national pour la recherche scientifique et technique, le ministère de la Culture, l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine... pour élaborer un projet de recherche scientifique commun afin de poursuivre nos investigations sur le site. D’autres traces restent à découvrir, et de façon générale, toute l’histoire humaine et sociale de ce groupe d’Homo sapiens reste à raconter", conclut Mouncef Sedrati.

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