Huile d’olive : “La hausse des prix augmente le risque de fraude” (Rachid Benali)
La campagne oléicole pourrait être plus faible que celle de l'an passé, qui était déjà morose. Les professionnels du secteur attendent d’achever la récolte toujours en cours avant de se prononcer. Mais les prix élevés sur le marché démontrent une faible production, ce qui augmente également le risque de fraude.
"La récolte des olives n’est pas terminée", apprend-on auprès de Rachid Benali, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’olive (Interprolive). "Il reste encore un mois. À ce stade, on ne sait pas encore à quoi s’attendre. On ignore si on aura une meilleure campagne par rapport à celle de l’an passé, ou au contraire une campagne plus faible", poursuit-il.
"On attend d’achever la récolte qui est en cours dans plusieurs domaines. Cependant, les prix élevés sur le marché démontrent d’ores et déjà que la production est faible". Les prix ont en effet atteint des pics jamais recensés auparavant.
Les prix du litre d’huile d’olive à la hausse
"Le prix de l’huile d’olive atteint actuellement les 94 DH dans les grandes et moyennes surfaces. Dans les circuits de distribution normaux, il varie entre 80 et 90 DH" contre 80 DH/litre en 2022, explique notre interlocuteur. Au marché solidaire de Casablanca − la référence pour les produits du terroir −, les prix varient de 93 à 98 DH/litre.
Cette hausse des prix peut s'expliquer par plusieurs facteurs. Tout d’abord, "l’année dernière, même si la production était faible [1,5 million de tonnes d’olives, ndlr], nous avions encore des stocks. Ensuite, les prix à l’international étaient encore bas en 2022, contrairement à aujourd’hui, où le litre atteint 120 DH. Il est impossible d’importer. Nous n’avons donc que la production locale de cette année, parce que nous avons commencé l’année avec zéro stock".
Rachid Benali ajoute que "la sécheresse a augmenté les coûts de revient. Avant, le cycle végétal normal s’étalait de janvier à octobre, soit dix mois durant lesquels on pouvait irriguer. L’irrigation se faisait en temps normal pendant quatre à cinq mois. Sur le reste du cycle, il y avait de la pluie. Durant cette campagne, il n’y en a pas eu ; les agriculteurs ont donc irrigué pendant les dix mois du cycle végétal, ce qui implique un coût supplémentaire. De plus, pour l’irrigation, les agriculteurs pompaient auparavant l’eau à 20 mètres de profondeur, contre 50 voire 60 mètres actuellement, et ça coûte plus cher".
"Dans les zones bour, la production est minime. Et même lorsqu’il y a de la production, l’olive est tellement petite ! On sent la sécheresse... Ainsi, au lieu d’atteindre 20% à 22%, les rendements se situent entre 10% et 15%", précise Rachid Benali. Par conséquent, les olives n’ont pas pu récupérer l’eau qu’elles avaient perdue durant les épisodes de chaleur de l’été, compte tenu du manque de précipitations.
Notons que les oliviers représentent 65% de l’arboriculture nationale, avec 750.000 ha en bour et 450.000 ha en irrigué.
La hausse des prix augmente le risque de fraude
Cette situation encourage malheureusement la fraude. De nombreux consommateurs se plaignent ces derniers jours de la commercialisation d’huile frelatée ou de très mauvaise qualité. Une information confirmée par notre interlocuteur, qui nous fait remarquer que ce phénomène existe depuis longtemps.
"Lorsque le consommateur achète de l’huile en vrac, il doit en assumer la responsabilité. On ne peut pas contrôler les 11.000 unités qui produisent, ou encore les gens qui vendent de l’huile d’olive en vrac au bord de la route ou en plein centre-ville, près des mosquées ou des supermarchés".
"C’est pour cette raison qu’on demande aux consommateurs d’acheter des bouteilles fermées, avec des numéros de l’ONSSA, des adresses… que l’on peut tracer. C’est le seul moyen par lequel nous pouvons contrôler la qualité des huiles vendues. Ça peut également être une excellente huile, mais personne ne peut le savoir. Tout comme une même unité peut fournir une bonne production, mais dans le cas où elle ne trouverait pas son compte, elle pourrait la mélanger par la suite avec de l’huile végétale ou autre".
"Malheureusement, plus le prix augmente, plus la situation favorise la fraude", déplore Rachid Benali.
Quel est l'impact du manque de précipitations ?
"Pour la campagne actuelle, c’est déjà trop tard. À présent, nous avons besoin de beaucoup de pluie pour la prochaine production, en particulier en janvier, février et mars pour assurer une bonne récolte".
"On est au moment du démarrage, on a donc besoin de suffisamment de précipitations", conclut Rachid Benali.
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