Les étudiants en médecine en boycott ouvert, les examens reportés jusqu’à nouvel ordre
Une source autorisée du ministère de l’Enseignement supérieur explique à Médias24 que ce dernier s’est saisi, aux côtés du ministère de la Santé, de la plupart des revendications des étudiants en médecine. Pour les dossiers en suspens, une visibilité est promise, au plus tard, pour le mois d’avril.
Un climat pro-grève règne au Maroc en ce début d’année 2024. Après les manifestations des enseignants et les appels à la grève qui se multiplient dans le secteur public, voici que dans les facultés de médecine et de pharmacie, les examens de la première session du 1er semestre ont été reportés, jusqu’à nouvel ordre.
Boycott à 100%
Narjiss El Hillali, membre de la Coordination nationale des étudiants en médecine, explique à Médias24 que le boycott est réussi à 100% dans l’ensemble du pays. "Le boycott est toujours en cours. Il est réussi à 100% à l’échelle nationale. Après les cours et les stages, nous en sommes désormais au stade du boycott des examens. Ils ont effectivement été boycottés par les étudiants des facultés de Casablanca, de Rabat, de Béni Mellal et de Guelmim, et reportés par les facultés. Les examens à la faculté de Marrakech sont programmés aujourd’hui [vendredi 5 janvier, ndlr]. Là encore, on s’attend à ce que l’examen soit boycotté. Le boycott des examens dans les autres villes devrait suivre en principe", souligne cette étudiante en médecine.
Le mouvement étudiant dans les facultés de médecine et de pharmacie est donc bien loin de se dissiper, en l’absence de réponses concrètes et perceptibles aux revendications des futures blouses blanches, estime notre interlocutrice.
"Nous maintenons un boycott ouvert jusqu’à obtenir un changement concret. Les solutions ne manquent pas. Nous sommes dans l’attente d’une application concrète de nos revendications. Les étudiants cesseront ce boycott si une proposition ministérielle est publiée... et qui ne s’appuie pas que sur des paroles. Il faut souligner que ce boycott n’arrange pas les étudiants en médecine, qui devront bel et bien passer leurs examens et rattraper les cours et les stages", précise-t-elle.
Revendications non résolues : le ministère de l’Enseignement supérieur promet une visibilité au mois d’avril
"Au moins quatre réunions ont été tenues par les ministères de l’Enseignement supérieur et de la Santé, en présence des doyens des facultés, avec les étudiants. Nous avons cédé à la plupart des revendications des étudiants. Il ne reste que quelques questions sur lesquelles nous n’avons pas encore tranché, notamment l’accès à la spécialité par la voie du résidanat. Ce système double-option pourra être annulé à l’avenir [deux types de postes sont actuellement ouverts dans ce concours : les postes par contrat et les postes bénévoles, ndlr]. Tout le monde sera obligé de passer par un contrat, mais il reste à déterminer la durée de celui-ci par exemple. C’est une question d’ordre gouvernemental", explique à Médias24 une source autorisée du ministère de l’Enseignement supérieur.
"Le programme de la sixième année a été élaboré. Les terrains de stage seront élargis. L’encadrement des stages sera assuré non seulement par les enseignants mais aussi par le personnel du ministère de la Santé. Nous mobiliserons ce que l’on appelle des 'maîtres de stage'. Ces questions sont tranchées", poursuit notre source.
"L’internat comme voie d’accès à la spécialité a été maintenu pour le moment"
"Nous ne comprenons pas pourquoi les étudiants continuent de boycotter. Concernant les grandes questions non résolues (contrat, bénévolat...) qu’ils ont soulevées, nous leur avons promis que la situation sera plus claire d’ici avril au plus tard. Pour le moment, l’internat est maintenu aux côtés du résidanat comme voie d’accès à la spécialité", précise-t-elle.
Cette dernière d’ajouter : "Nous ne souhaitons pas devoir prolonger l’année universitaire. Le temps universitaire est précieux, d’autant que nous sommes un pays qui a besoin de médecins. Nous entamons par ailleurs de grandes réformes, notamment le chantier de la généralisation de la couverture sanitaire. Nous avons tous intérêt à former, le plus rapidement possible, les médecins dont nous avons besoin, tout en assurant la qualité de la formation, qui est une question indiscutable", insiste notre source.
"Le report des examens est une décision qui incombe aux doyens des facultés"
"A notre niveau, nous ne savons pas si l’examen de cette session a été annulé dans toutes les facultés. Chaque faculté est autonome sur le plan pédagogique et gère la situation en fonction de ses contraintes ; reporter ou non un examen est une décision qui revient donc à chacune d’entre elles. Si les examens ont été reportés, c’est donc parce que les doyens ont jugé qu’il était important de procéder à ce report", fait savoir notre source.
"Le ministère de l’Enseignement supérieur suit de près la situation, en coordination avec le ministère de la Santé, les doyens des facultés et les présidents des universités", conclut-elle.
Ce que revendiquent les étudiants en médecine
Les étudiants en médecine ont reçu des promesses de la part des ministères de l’Enseignement supérieur et de la Santé concernant leurs revendications. Ces promesses n’ont toutefois pas été traduites sur le terrain, déplore Narjiss El Hillali.
Il s’agit d’abord des nouveaux terrains de stage qui ne sont toujours pas mis en chantier. "Nous savons qu’il est impossible d’établir des constructions similaires du jour au lendemain, mais nous voulons au moins percevoir une mise en chantier effective", explique l’étudiante en médecine.
Elle cite également le flou qui entoure toujours le déroulement de la nouvelle sixième année alors que les premières inscriptions débuteront l’année prochaine, ainsi que l’absence de visibilité concernant le troisième cycle. "Le troisième cycle n’est toujours pas prêt. Les ministères nous ont promis qu’il le sera d’ici avril", indique-t-elle notant que les futures blouses blanches refusent l'application de la décision de réduction du nombre d'années d'études de 7 à 6ans.
Le sort de l’internat est l’autre point brumeux relevé par notre interlocutrice. Les étudiants en médecine revendiquent en effet une visibilité par rapport au maintien de l'internat, autrement dit la forme sous laquelle l'accès aux fonctions d'interne se fera.
Parmi les autres revendications non résolues figurent l’absence des détails des contrats qui seront conclus avec les résidents en cas de suppression du bénévolat, ainsi que l’absence des mesures de réaménagement malgré la hausse des sièges pédagogiques, laquelle a donné lieu à une surpopulation au sein des amphithéâtres, à des services saturés et à des terrains de stage insuffisants.
Le flou persiste autour des études en médecine un an après la réduction de la durée de formation
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