Le flou persiste autour des études en médecine un an après la réduction de la durée de formation

L'absence de visibilité quant au déroulement de la nouvelle sixième année de médecine et d'un cahier des charges pédagogique concernant l'enseignement des spécialités conduisent à une grève des étudiants en médecine décrétée les 7 et 8 décembre 2023.

Le flou persiste autour des études en médecine un an après la réduction de la durée de formation

Le 5 décembre 2023 à 18h14

Modifié 5 décembre 2023 à 18h39

L'absence de visibilité quant au déroulement de la nouvelle sixième année de médecine et d'un cahier des charges pédagogique concernant l'enseignement des spécialités conduisent à une grève des étudiants en médecine décrétée les 7 et 8 décembre 2023.

"Plus d'un an après l'adoption de la réduction de la durée de formation (de 7 à 6 ans), avec la persistance du flou qui entoure la sixième année, ainsi que les différentes problématiques qui y sont liées, comme le manque des mesures d'accompagnement concernant cette décision et le retard injustifié dans la publication du cahier des charges pédagogiques concernant le troisième cycle, nous continuons d'alerter sur la situation catastrophique vécue par les étudiants en médecine, en pharmacie et en médecine dentaire au sein des facultés publiques, qui impacte négativement la qualité de la formation médicale et la santé des citoyens marocains. Les promesses des deux ministères de tutelle à cet égard n'ont pas encore été traduites en réalité, et les délais qui y sont fixés n'ont pas été respectés, ce qui a conduit à davantage de frustration et de mécontentement", déplore la Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et pharmacie dans un communiqué.

Rejetant l'application de la décision ministérielle visant à réduire la durée d'études de sept à six ans, en "l'absence d'une vision claire, unifiée et consensuelle concernant le troisième cycle, ainsi qu'en l'absence de solutions réalistes et concrètes aux différentes problématiques qui accompagneront la mise en œuvre de cette décision", la Commission annonce l'organisation d'une manifestation nationale, sous la forme d'un sit-in devant le Parlement à Rabat, le jeudi 7 décembre 2023, accompagnée d'une grève nationale totale des cours théoriques, pratiques, des stages hospitaliers et des gardes le jeudi et le vendredi 7 et 8 décembre.

L'absence de consensus des doyens à l'origine du flou sur les études en médecine

"Nous avons tenu plusieurs réunions à ce titre avec le ministère de l'Enseignement supérieur ; la dernière remonte au 17 mars 2023. Le ministère nous avait alors promis qu'une feuille de route fixant le déroulement de la nouvelle sixième année et des modalités relatives au troisième cycle serait prête en juillet. Nous sommes en décembre et aucune feuille de route n'a été publiée jusqu'à présent", explique à Médias24 Hamza Akenzi, responsable de la branche médecine de la Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et pharmacie.

"Les doyens n'ont pas trouvé d'accord sur cette feuille de route. Nous avons été contactés, suite à notre dernier communiqué, par le ministère. Quelques bureaux régionaux ont accepté de dialoguer avec lui. D'autres non, faute d'une invitation officielle", précise notre source.

Quelle est désormais la prochaine étape prévue par la Commission ? "Nous tiendrons une assemblée générale après le sit-in du 7 décembre pour décider de décréter un boycott ouvert ou pas."

Les doléances des étudiants en médecine 

La Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et pharmacie a voté lundi 4 décembre son dossier revendicatif lors des assemblées générales qui ont été tenues dans l'ensemble des facultés de médecine, de pharmacie et d'odontologie publiques.

Neuf axes se dégagent du dossier revendicatif. D'abord, la réduction de la durée de la formation en médecine, que la commission affirme rejeter en l'absence d'une réponse complète aux points suivants, avec la publication des textes réglementaires qui vont avec :

- la finalisation de la structuration du troisième cycle [le 3e cycle des études de médecine correspond à l'enseignement de la spécialité. Il est ouvert aux résidents accédant à la spécialité, soit sur titre par la voie de l'internat, soit par concours de résidanat, ndlr] et de son arsenal juridique, ainsi que l'élaboration d'une vision claire concernant la médecine de famille ;

- le maintien de la valeur morale et académique du diplôme de doctorat en médecine et du droit de pratiquer directement après l'obtention du doctorat, que ce soit dans le secteur public ou privé ;

- le fait de ne pas infliger des services civils et médicaux ou des formations supplémentaires, quelles que soient leurs formes, après la fin des années de formation stipulées.

- l'accélération du processus d'obtention de l'accréditation internationale pour les formations doctorales par les organisations accréditées (CIDMEF/WFME) par toutes les facultés publiques sans exception.

Un appel à augmenter le nombre de postes ouverts pour le concours de résidanat

Suite à la réduction de la durée de la formation en médecine de sept à six ans, deux promotions d'étudiants obtiendront simultanément leurs diplômes de doctorat, pointe la Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et pharmacie.

Cette dernière appelle à ce titre à revoir à la hausse le nombre de postes ouverts pour le concours de résidanat. Elle suggère également d'accroître le nombre de lieux de stage hospitalier selon des proportions respectant des normes objectives, et de mettre à la disposition des étudiants un nombre suffisant de thèses, en éliminant toutes les contraintes pédagogiques, réglementaires et logistiques qui y sont liées.

Concernant l'organisation de la sixième année de médecine, les étudiants en médecine suggèrent ce qui suit :

- la mise en place d'un nouveau statut pour l'étudiant en sixième année, encadrant ses responsabilités à l'hôpital et lui garantissant l'intégralité de ses droits et indemnités ;

- l'organisation de cinq périodes de stage durant la sixième année, réparties entre les spécialités suivantes (médecine, pédiatrie, gynécologie, chirurgie, santé publique) ;

- l'obligation de définir les responsabilités de l'étudiant en sixième année liées aux interventions dans l'hôpital, de manière participative ;

- le fait de ne pas organiser des examens d'évaluation des stages hospitaliers à la fin de chaque stage, tout en maintenant les examens cliniques stipulés ;

- allouer au moins 3.000 DH pour les indemnités mensuelles pour les tâches pendant la sixième année.

Annulation de l'accès à la spécialité par voie de l'internat

La Commission nationale a validé les suggestions suivantes concernant l'organisation du troisième cycle.

Au niveau réglementaire, les étudiants en médecine appellent à l'adoption d'un seul système pendant la période de résidanat au lieu des statuts contractuel et non contractuel en cours, tout en respectant les engagements suivants :

- l'établissement d'un contrat d'une durée maximale de deux ans n'engageant en aucune manière le résident à la fin de ladite période ;

- la possibilité de renouvellement direct du contrat de manière optionnelle par le résident après l'expiration de sa durée ;

- l'affectation à la fin de la spécialité au niveau du groupement sanitaire territorial régional, avec la possibilité pour le médecin résident de choisir un autre groupement sanitaire territorial si un poste est disponible, moyennant des procédures administratives simplifiées ;

- garantir un salaire mensuel correspondant à l'indice 509 et toutes les indemnités pendant la période de résidanat.

Pour ce qui est de l'accès au troisième cycle, la Commission nationale a voté l'annulation du système d'internat sous sa forme actuelle et la généralisation de cette formation sur l'ensemble des étudiants de la dernière année de la formation en médecine durant les stages hospitaliers. Elle suggère également d'ouvrir l'accès au troisième cycle, uniquement, par la voie du concours de résidanat dont l'organisation actuelle est à revoir.

La Commission nationale insiste par ailleurs sur le maintien de toutes les acquisitions en ce qui concerne les postes financiers, ainsi que sur la garantie d'augmenter leur nombre proportionnellement à la hausse du nombre de nouveaux arrivants dans les facultés publiques.

Thèses et médecine de famille 

Les étudiants en médecine appellent par ailleurs à la révision de toutes les restrictions pédagogiques et administratives liées aux thèses au niveau de chaque faculté, avec l'engagement de respecter les points suivants :

- ne pas limiter chaque professeur à un nombre spécifique de thèses qu'il peut encadrer simultanément ;

- la suppression des régulations liées aux thèses purement théoriques, ainsi qu'au nombre de cas étudiés dans la partie analytique des thèses ;

- la possibilité de passer l'examen de spécialité directement après avoir terminé les stages hospitaliers et réussi les examens cliniques, à condition de soutenir la thèse avant la fin de la spécialité ;

- la mise en place d'une plateforme numérique pour l'organisation des thèses dans chaque faculté.

Au sujet de la médecine de famille, la Commission nationale estime que l'intégration des modules de médecine de famille doit être optionnelle et non obligatoire pour l'obtention du diplôme de doctorat en médecine ou pour la réussite des examens cliniques.

Ces modules doivent être organisés sous forme de diplômes universitaires en médecine de famille, que l'étudiant obtient après avoir réussi une évaluation dédiée à ce propos, selon la même source.

L'intégration de la médecine de famille dans la formation au cours des cinq premières années est conditionnée à la révision de la formation théorique, à la mise à jour de ses composantes et à la suppression des matières obsolètes et non nécessaires afin de s'aligner sur les exigences de la formation d'un médecin généraliste, ajoute-t-elle.

Enfin, les autres axes revendicatifs de la Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et pharmacie traitent en détail des lieux des stages hospitaliers, de la pharmacie, de la médecine dentaire, des conditions de la formation ainsi que des droits et indemnités des étudiants.

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