Eau agricole. À Béni Mellal-Khénifra, le fragile équilibre entre eaux de surface et ressources souterraines

Avec un cumul pluviométrique insuffisant et des barrages quasiment à sec, les ressources en eaux souterraines de la région Béni Mellal-Khénifra ont été très sollicitées lors des dernières campagnes agricoles. Celle de 2023-2024 ne devrait pas déroger à la règle, malgré de multiples contraintes.

le canal qui traverse la commune d'Afourer, dans la province de Béni Mellal.

Eau agricole. À Béni Mellal-Khénifra, le fragile équilibre entre eaux de surface et ressources souterraines

Le 19 décembre 2023 à 12h00

Modifié 19 décembre 2023 à 18h31

Avec un cumul pluviométrique insuffisant et des barrages quasiment à sec, les ressources en eaux souterraines de la région Béni Mellal-Khénifra ont été très sollicitées lors des dernières campagnes agricoles. Celle de 2023-2024 ne devrait pas déroger à la règle, malgré de multiples contraintes.

À l’instar de plusieurs régions du pays, Béni Mellal-Khénifra souffre d’un déficit hydrique qui se creuse d’une année à l’autre. En conséquence, les barrages frôlent leurs plus bas niveaux historiques. Une situation qui augmente la pression sur les ressources en eau des nappes phréatiques, dont l’aquifère de Tadla. Plusieurs projets ont été lancés ou sont sur le point de l’être en vue d’en optimiser l’utilisation lors de la campagne agricole 2023-2024. 

 

Selon la Direction régionale de l’agriculture de Béni Mellal-Khénifra, le cumul pluviométrique depuis le mois de septembre est inférieur à celui de l’année dernière. Dans le détail, les précipitations pour la saison 2023-2024 ont atteint 27 mm à fin novembre, contre 46 mm lors de la dernière campagne agricole. Un cumul en baisse de 41% par rapport à l’année dernière, dont voici la répartition provinciale : 

- Béni Mellal : 48 mm

- Azilal : 28 mm ;

- Khénifra : 26 mm ;

- Fqih Ben Saleh : 23 mm ;

- Khouribga : 19 mm.

Les barrages ne se portent pas mieux. À la date du 12 décembre 2023, le taux de remplissage des édifices relevant du bassin hydraulique d’Oum Er-Rabia est de 4,7%, l’équivalent de 237,39 millions de mètres cubes, sur une capacité de retenue de 4,9 MMm3. Une réserve théorique car elle inclut la vase.

Le barrage de Bin El Ouidane ne contient pas plus de 58 Mm3 (4,7%), sur une capacité de stockage de 1,2 MMm3. De son côté, la retenue d’eau artificielle Ahmed Al Hansali dispose d’à peine 43 Mm3, sur une capacité de stockage de 669 Mm3. De fait, la dotation agricole à partir des barrages ne dépasse pas 56 Mm3. 

Cette situation n’est pas idéale lorsqu’il faut irriguer une superficie de 205.000 hectares sur les 721.000 ha que compte le programme d’assolement prévu par la DRA de Béni Mellal-Khénifra. C'est pourquoi plusieurs projets sont en cours afin d’économiser et de valoriser les ressources en eau dont dispose la région. 

D’autant plus que la superficie irriguée équipée en goutte-à-goutte est passée de 950 ha/an avant le Plan Maroc vert à une moyenne de 3.000 ha/an ces dernières années, pour atteindre actuellement 62.000 ha en 2023 et 69.000 ha en 2024.

Modernisation des canaux et forage de nouveaux puits

Ces terres sont irriguées par des sources souterraines. Pour ce faire, 17 puits et 84 km de séguias supplémentaires seront aménagés. Sans oublier l’acquisition de 45 réservoirs d’eau. En outre, plusieurs travaux ont récemment été entamés dans le cadre du projet de Résilience et de durabilité des eaux d’irrigation (REDI). Le REDI prévoit notamment la reconversion de l’irrigation de surface en irrigation localisée sur une superficie de 4.700 ha, la modernisation du canal Zidania et la construction d’un bassin de régulation hydraulique. 

D’un coût de 660 MDH, ce projet, financé par la Banque mondiale, a pour objectif d’augmenter le taux d’efficience de l’irrigation de 50% à 90%, d’améliorer les rendements agricoles et d’introduire des cultures à haute valeur ajoutée.

À ce titre, les travaux de réalisation du canal de raccordement, des adducteurs et des réseaux de distribution pour approvisionner une superficie de 3.200 ha ont d’ores et déjà été lancés. Ce projet, d’un coût de 136,5 MDH, bénéficiera à 900 agriculteurs de la province de Fkih Ben Saleh, plus précisément dans la commune de Bni Moussa.

La modernisation du canal Zidania dans la commune de Beni Amir, sur une longueur de 24 km, sera utile pour irriguer environ 30.000 ha pour un budget de 330 MDH. Enfin, la construction d’un bassin de régulation hydraulique vise à irriguer 9.300 ha relevant de la commune de Bni Moussa. 

Le bassin en question a une capacité de retenue de 100.000 m3. Les travaux, qui nécessitent un investissement de 61 MDH ont atteint un état d’avancement de 35%. Cela dit, l’eau souterraine, qui est la pierre angulaire de ces projets, gagnerait à être préservée de la pollution. 

"Avec le temps, les eaux usées domestiques sont devenues une grande source de contamination des nappes", précise le Pr Hssaisoune, docteur en géologie, spécialité hydrogéologie-géophysique, à l’Université Ibn Zohr à Agadir. "Surtout lorsque les eaux des nappes étaient proches du sol", poursuit-il. C’est justement le cas de la nappe de Tadla, dont la pollution par les nitrates est élevée.

"Le problème de cette nappe, c’est qu’au niveau de la zone de Béni Amir et Béni Moussa, l’aquifère était très proche de la surface, notamment dans les années 1990", reprend notre interlocuteur. À tel point que parfois, lorsqu’il pleuvait, l’eau de la nappe remontait et provoquait des inondations au niveau des habitations, dans une plaine qui était alors très peuplée.

Améliorer les techniques d’irrigation

En d’autres termes, la combinaison d’un niveau très proche du sol et d’un assainissement peu développé a facilité la contamination de la nappe par les nitrates. "Il y avait également une intense activité industrielle avec les usines de raffinement du sucre qui produisaient des déchets qui atteignaient la nappe quand il pleuvait".

De surcroît, la plaine de Tadla fait partie des derniers périmètres agricoles à opter pour des techniques d’irrigation modernes. "D’ailleurs, aujourd’hui encore, certains agriculteurs utilisent des méthodes d’irrigation traditionnelles", déplore ce spécialiste en hydrogéologie-géophysique.

En effet, jusqu’à la fin des années 2010, les agriculteurs utilisaient des techniques d’irrigation traditionnelles, à l’image du drainage et des lâchers d’eau dans les champs. "Ce qui fait qu’une grande quantité d’eau s’infiltre vers les nappes. Il y a un lessivage qui s’opère quand l’eau entre en contact avec les fertilisants, qui sont très solubles dans l’eau. Ce qui implique une pollution des nappes par les nitrates", explique le Pr Hssaisoune.  

Ainsi, l’utilisation des techniques de micro-irrigation a permis de réduire l’infiltration de l’eau agricole dans les nappes car, dans le cas du goutte-à-goutte par exemple, "l’eau reste majoritairement en surface. Il n’y a plus qu’une petite quantité qui atteint la nappe, par rapport aux anciennes méthodes d’irrigation", conclut notre interlocuteur. 

Zoom sur la campagne agricole 2023-2024 dans la région de Béni Mellal-Khénifra

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