Crise ouverte dans l'enseignement : reprise du dialogue sur le statut unifié ce jeudi 14 décembre
La crise de l'enseignement est entrée dans sa phase la plus critique. Ce jeudi 14 décembre, deuxième jour de la nouvelle grève, les discussions sur la révision du statut unifié démarrent. Eclairage.
Quel sera le dénouement de l'actuelle crise du secteur de l'enseignement ? C'est la question à laquelle personne n'a de réponse immédiate et définitive tant le dossier est complexe. Une complexité qui s'explique par plusieurs facteurs:
1- le secteur cumule les déficits et les problèmes depuis plusieurs années.
2- l'héritage de l'ère Benkirane qui a introduit la notion de contractualisation dans le secteur et a ainsi créé une tension permanente depuis 2016.
3- le manque de représentativité des syndicats qui créé une vraie crise de médiation.
4- l'absence de légitimité institutionnelle des coordinations pour mener des négociations directes avec le gouvernement.
5- le virage politique pris par le mouvement des coordinations.
Ce nouveau débrayage dans l'enseignement, entamé le mercredi 13 décembre, où plus de 90.000 enseignants (sur 260.000) ont répondu à l'appel à la grève lancé par la Coordination nationale du secteur de l'enseignement (rassemblement des 25 coordinations) est une nouvelle preuve, s'il en faut, que la crise actuelle dans le secteur est d'une ampleur inédite.
L’accord du 10 décembre relatif à la hausse générale des salaires, qui avait pour but de calmer les protestations, n’a donc pas réussi à infléchir le mouvement protestataire qui dure depuis environ deux mois.
Ce jeudi 14 décembre, la deuxième journée de la grève coïncidera avec le démarrage des discussions sur la révision du statut unifié et les rencontres bilatérales entre Benmoussa et la FNE. Le degré de mobilisation des grévistes mais également les réactions des syndicats et de la FNE seront scrutés de près.
Pour plusieurs sources proches des négociations sondés par Médias24, le maintien de la grève était attendu malgré l'accord du 10 décembre.
"Une victoire à la Pyrrhus"
Une de nos sources estime que la réussite de la grève était prévisible du fait "du refus général de l'accord [du 10 décembre] manifesté dès les premières heures suivant son annonce".
"C'est un accord qui a créé plus de problèmes qu'il n'en a résolu", nous explique notre source pointant du doigt non pas la hausse générale qu'elle trouve légitime et juste mais la seconde partie de l'accord portant sur les avantages catégoriels qui offrent des indemnités différenciées à des catégories. "Elles créent des injustices invraisemblables", commente notre source.
Pour elle, "cet accord financier prépare les contestations des dix prochaines années" et estime qu'il a consacré "ce que le statut unifié voulait gommer" à savoir les injustices et écarts entre les catégories.
"C'est une victoire à la Pyrrhus", résume-t-elle même si l'utilisation du terme "victoire" dans ce contexte est prématurée.
Le "politique" a pris le pas
Pour une autre source, le gouvernement s'attendait à ce que l'accord du 10 décembre ne mettrait pas fin totalement aux grèves. "Une sorte de résistance". Car, "le dossier a pris une tournure politique".
"Le registre des revendications de l'amélioration de la situation des enseignants a été complètement dépassé par l'empreinte purement politique des grèves actuelles", analyse notre source.
"Quoi que le gouvernement avance, les coordinations le rejettent et demandent encore plus, mais au fond, ce qu'elles veulent d'abord c'est la légitimité politique. Leur rejet systématique comporte un message : c'est avec nous que le gouvernement doit dialoguer", poursuit notre source.
Cela apparait, d'ailleurs, dans leurs communiqués et leurs prises de parole, les 25 coordinations et syndicats constituant la Coordination nationale du secteur de l’enseignement disent refuser les accords issus de rencontres auxquelles elles ne prennent pas part.
Le gouvernement, de son côté, est tenu par le respect du cadre institutionnel duquel il ne peut déroger: discuter dans le cadre d'un dialogue social/sectoriel avec les syndicats représentatifs.
Il a déjà discuté par le passé avec les coordinations, mais toujours par l'intermédiaire d'un syndicat : la FNE. La fédération a participé des mois durant aux négociations avec le département Benmoussa pour l'élaboration la première mouture du statut unifié avant de claquer la porte et rejoindre les mouvements contestataires.
La FNE a accepté ce mercredi 13 décembre de reprendre le canal des échanges avec le ministère de tutelle accompagné de représentants des coordinations.
Révision du statut unifié
Les rencontres auront lieu ce jeudi 14 décembre. Benmoussa reprend le dialogue avec les quatre syndicats représentatifs d'une part et avec le FNE et l'UNTM d'autre part au sujet du contenu du statut unifié dans l'espoir d'aboutir à un accord commun dans les délais.
Toutefois, il y a accord et accord. Que comprendra ce nouveau statut qui sera, par la force des choses, fruit d'un dialogue parcellaire cherchant à contenter différentes parties qui ont parfois des intérêts contradictoires?
Le gouvernement a "cédé" sur le volet financier et n'a pas hésité à exploser les compteurs. Sera-t-il plus ferme et même intraitable sur les points importants de la réforme notamment l'évaluation du travail des enseignants et leur implication dans la mise en place des nouvelles méthodes pédagogiques ?
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