L’agriculture urbaine, une aubaine qui a du mal à germer
Pour sa capacité à contribuer à l’alimentation et aux revenus des populations, l’agriculture urbaine et périurbaine est considérée comme un vecteur de développement durable des villes. Toutefois, à l’image de Casablanca, cette activité se heurte aux effets du réchauffement climatique et à l’extension des habitations aux dépens des espaces agraires.
- L’agriculture urbaine et périurbaine (AUP) contribue à l’alimentation et aux revenus des populations.
- A Casablanca, la plupart des exploitations inventoriées sont moyennes à grandes (plus de 3 ha).
- Les récoltes sont en majorité dédiées à la vente en circuits courts et à l’autoconsommation.
Avant l’existence des villes, l’activité agricole était le cœur battant des habitations. Des décennies plus tard, c’est l’agriculture qui tente laborieusement de se frayer un chemin dans les métropoles et leurs périphéries. Plusieurs obstacles subsistent, dont le réchauffement climatique, la faible prise en compte de l’agriculture urbaine dans l’action publique et l’extension des forêts en béton.
Pourtant, l’agriculture urbaine possède des atouts indéniables. Si l’on en croit le réseau des initiatives agroécologiques au Maroc (RIAM), le pôle agriculture urbaine aide à :
- développer l’apparition de micro-fermes, potagers urbains et périurbains afin de contribuer à des villes plus résilientes ;
- assurer la sécurité alimentaire ;
- éduquer les citoyens pour une alimentation plus saine et le respect de l’environnement ;
- contribuer aux revenus des populations.
Un constat corroboré par une étude sur la résilience des systèmes agricoles urbains et périurbains à Casablanca, réalisée par Fatiha Hakimi, professeure à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, au département de production, protection et biotechnologies végétales.
"L’agriculture urbaine et périurbaine (AUP) contribue à l’alimentation et aux revenus des populations. Elle est considérée comme un secteur clé dans le développement durable des villes du monde", souligne la chercheuse.
Satisfaire les besoins de la population urbaine
Avant d’aller plus loin, comment définir l’agriculture urbaine et périurbaine ? "L’agriculture urbaine et périurbaine (AUP) se réfère aux pratiques agricoles dans les villes et autour des villes qui utilisent des ressources (terre, eau, énergie, main-d’œuvre, ndlr) pouvant également servir à d’autres usages pour satisfaire les besoins de la population urbaine", indique l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
L’agriculture urbaine (AU) se réfère à elle seule à des petites surfaces (terrains vagues, jardins, vergers, balcons, récipients divers...) utilisées en ville pour cultiver quelques plantes, élever de petits animaux et des vaches laitières en vue de la consommation du ménage ou des ventes de proximité.
S’agissant de l’agriculture périurbaine, elle concerne toute forme de production agricole existant dans des zones extérieures aux limites de la ville et comportant une combinaison de structures urbaines et rurales.
Pour en revenir à l’étude précitée, les résultats des enquêtes de terrain dévoilent une image d’ensemble de l’activité agricole à Casablanca et dans sa périphérie. "Les inventaires ont été menés auprès de 50 agriculteurs", précise le Pr Fatiha Hakimi. "Ils ont permis d’évaluer l’importance socio-économique, environnementale, les pratiques culturales, ainsi que les cultures et la dynamique de l’AUP."
Des parcelles familiales acquises par héritage
En détail, la majorité des producteurs ont acquis leurs parcelles par héritage (64%). La location (28%) et l’achat (8%) sont moins fréquents. En outre, la plupart des exploitations inventoriées sont familiales. En termes de superficie, elles sont moyennes à grandes (plus de 3 ha). La gestion de ces terres agraires est souvent sous "la responsabilité de personnes âgées et expérimentées, principalement des hommes", selon l’étude.
Les résultats de ces travaux indiquent également que les cultures les plus répandues sont les céréales, les légumineuses, les cultures fourragères, l’arboriculture et les cultures maraîchères. "Ces récoltes sont en majorité dédiées à la vente en circuits courts et à l’autoconsommation", précise le Pr Fatiha Hakimi.
En somme, l’agriculture urbaine et périurbaine à Casablanca est une activité génératrice de revenus non négligeables et pourvoyeuse d’emplois. "Elle contribue à l’approvisionnement alimentaire et à la béatification environnementale de la métropole", souligne-t-elle.
Cependant, le défi majeur lié à la viabilité à long terme de cette agriculture est le manque croissant de terres cultivables et d’eau. Un constat qui s’accentue avec l’intensification des pressions urbaines. Comme mentionné dans un précédent article, chaque périmètre urbain qui s’agrandit grignote un peu plus la superficie agricole utile. "La ville de Berrechid s’est agrandie aux dépens de terres agricoles très fertiles. C’est le cas également des terres agricoles situées à la périphérie de Casablanca, notamment en direction de Dar Bouazza et de la ville d’Errahma, qui ont subi l’extension du périmètre urbain", précise une source à Médias24.
Pour s’en prémunir à l’avenir, "il faudrait définir les caractéristiques des terrains agricoles en périphérie des villes et établir une classification selon leur potentiel agronomique, car certaines parcelles ont un potentiel important et parfois unique, gâché par l’urbanisme", suggère notre interlocuteur.
À cela, on peut ajouter les effets du réchauffement climatique. Pour Silvia Martin Han, auteure d’un projet de recherche sur l’agriculture urbaine à Casablanca et chercheuse à l’université technique de Berlin (TU Berlin), l’agriculture urbaine n’est pas une utopie. D’ailleurs, quatre études de cas au niveau local ont été implémentées à Casablanca et sa périphérie.
Mais le réchauffement de la planète est un obstacle de taille. En cause, la sécheresse et les inondations, la surexploitation et la pénurie des ressources que sont l’eau et les terres agricoles. Ajoutez-y l’impact côtier du réchauffement symbolisé par l’augmentation du niveau de mer (1 à 2 m) et la vulnérabilité relative aux vagues de chaleur, dont le pays a fait l’expérience en 2023.
Le changement climatique augmentera sans doute les problèmes existants. En ville, la difficulté réside dans l’implantation d’une agriculture biologique, plus fragile aux caprices du climat, afin de se prémunir des conséquences négatives des pesticides sur les sols et la qualité des eaux souterraines.
Un ensemble d’écueils auxquels s’ajoute une faible prise en compte de l’agriculture urbaine dans l’action publique. De fait, si l’agriculture biologique est séduisante sur le papier, elle n’en est pas moins difficile à implémenter sur le terrain.
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