Apiculture. Les fortes chaleurs menacent la survie des abeilles
La canicule et la sécheresse font d’importants dégâts chez les colonies d’abeilles. Pour préserver leurs cheptels d’apidés, les apiculteurs adoptent plusieurs pratiques à l'efficacité relative.
Cruciales à la survie de la biodiversité terrestre, les abeilles sont fortement affectées par les fortes chaleurs qui leur donnent le tournis, et la sécheresse qui les affaiblit. Le temps où les apidés produisaient du miel en été est révolu. Désormais, tout l’enjeu est d'assurer leur survie.
Depuis quelques années, la sécheresse avait déjà eu pour conséquence une baisse drastique de la production de miel en été. Mais actuellement, la combinaison de la sécheresse et des fortes températures aggrave la situation.
"Il n’y aura pas de production, ni pendant le mois de juillet ni en août", déplore Mohamed Merzouk, secrétaire général de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’apiculture (FIMAP), qui fait également partie des 36.000 apiculteurs recensés par le ministère de l’Agriculture.
Les fleurs ne produisent plus de nectar
Naturellement, le climat conditionne la production de nectar par les fleurs. Si la pluie lave le nectar des fleurs et limite les sorties des abeilles, "en période de sécheresse, les fleurs ne peuvent plus produire de nectar", explique Mohamed Merzouk. Or, ce précieux mélange d’eau et de sucre, dont les abeilles ont besoin pour fabriquer du miel, se raréfie.
D’autant que la chaleur a aussi des conséquences sur la quantité de pollen émise par certaines plantes. "À partir de 10h, les abeilles ne sortent plus. Et quand elles quittent la ruche, c’est principalement pour s’hydrater."
De surcroît, la température extérieure impacte le régime des abeilles et a d’importantes répercussions sur leur milieu. Dans la ruche, la température du couvain, qui comprend l’ensemble des nymphes, des larves et des œufs, doit de préférence se situer en moyenne à 34°C. Au-delà de ce seuil, c’est toute la ruche qui est en danger d'extinction. Pour s'en prémunir, l’un des mécanismes de défense des apidés réside dans la ventilation.
"Quand il fait trop chaud, les abeilles cherchent de l’eau et battent des ailes pour rafraîchir la ruche", indique notre interlocuteur. Des battements extrêmement énergivores et qui n'offrent aucune garantie de succès. "Si la température est trop élevée, la cire de la ruche va fondre et boucher le trou d’envol des abeilles. C’est malheureusement ce qui passe actuellement."
En sus, les larves en maturation risquent de mourir; "à moins que la reine ne bloque la ponte, comme c’est souvent le cas lorsque les températures sont caniculaires", tient à préciser Mohamed Merzouk, qui craint une hausse du taux de mortalité des apidés.
Et pour cause, d’après des chercheurs canadiens, quand les températures sont trop élevées, les abeilles se suicident en expulsant leur abdomen. "Six heures d'exposition à une température de 42°C font mourir de choc thermique la moitié d'une colonie", déplorent les scientifiques.
"Lorsque les abeilles meurent sous l’effet d’un choc, elles expulsent spontanément leur abdomen", précise le Dr Alison McAfee, stagiaire postdoctorale au sein des laboratoires Michael Smith de l’UBC (University of British Columbia, Canada) et experte en santé des abeilles.
Refroidir les ruches pour préserver les abeilles
Un peu d’ombre, une source d’eau et des transhumances. Ce sont là les principales méthodes adoptées par les apiculteurs afin d’atténuer l’effet des fortes températures sur leur cheptel d’abeilles. "Au-delà de la nécessité de nettoyer tout autour des ruchers pour éviter les brindilles et autres végétations hautement inflammables, il faut mettre à leur disposition, à proximité de la ruche, une source d'eau", recommande Abderrahmane Bakhamssa, spécialiste des abeilles.
"Les abeilles pourront s'y abreuver et y récupérer de l'eau pour ventiler la ruche. Une ventilation qui doit être également favorisée par un plus grand espacement entre les ruches", reprend-il. "Il faut également penser à apporter de l’ombre aux abeilles pour au moins, diminuer la température de quelques degrés."
En outre, certains pratiquent la transhumance, qui consiste à déplacer leurs ruches en été dans des endroits plus favorables aux abeilles. "Mais actuellement, la canicule touche quasiment toutes les régions du Royaume", déplore Mohamed Merzouk.
Sans parler du coût matériel, mais aussi de l'investissement supplémentaire en temps de travail pour appliquer une solution qui, au final, présente plus d’inconvénients que d’avantages. De surcroît, l’ensemble de ces mesures n’offrent aucune garantie. Une chose est sûre, il fait un sale temps pour les apidés, et le rendement en miel n’est pas près de battre des records.
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