La transhumance des ruches, une pratique dévastatrice mais incontournable

La transhumance des ruches est l'un des principaux facteurs de mortalité des abeilles au Maroc. Alors que la sécheresse impose cette pratique, la formation des apiculteurs est primordiale, comme prévu par le contrat-programme relatif à la filière apicole.

La transhumance des ruches, une pratique dévastatrice mais incontournable

Le 29 mai 2023 à 17h34

Modifié 30 mai 2023 à 17h26

La transhumance des ruches est l'un des principaux facteurs de mortalité des abeilles au Maroc. Alors que la sécheresse impose cette pratique, la formation des apiculteurs est primordiale, comme prévu par le contrat-programme relatif à la filière apicole.

Comme partout ailleurs dans le monde, la mort des abeilles au Maroc n’est pas uniquement le fait de phénomènes conjoncturels, à l’image du syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles. Les mauvaises pratiques apicoles en sont également responsables. La transhumance des ruches en est le symbole. 

Quelques jours après la célébration de la Journée mondiale des abeilles, la région de l’Oriental honore la filière apicole, à l’occasion de la 5e édition du Salon régional de l’économie sociale et solidaire. Un timing judicieux, car en cette saison où les arbres ont fleuri et où la transhumance des ruches est lancée, les butineuses ont bien besoin que l’on parle d’elles. 

Les rapports scientifiques pointent une baisse drastique de leur population dans le monde comme au Maroc, où l'on a fini par constater l'effondrement des colonies d'abeilles. "36,4% des apiculteurs sont concernés par ce phénomène et 30% des ruches sont touchées", a indiqué Abderrahman El Abrak, directeur de la protection du patrimoine animal et végétal à l’ONSSA. 

Un chiffre alarmant, d’autant que les insectes pollinisateurs sont nécessaires pour la reproduction de plus de 90% des plantes, selon l’ONU. Les terres mellifères qui étaient autrefois considérées comme un paradis pour les abeilles sont aujourd'hui devenues un enfer. 

Les raisons sont multiples. L’agriculture intensive qui, à travers le recours aux pesticides, fragilise les abeilles, mais aussi la banalisation de la transhumance. Une pratique qui épuise les butineuses et provoque leur mort prématurée. Elle participe également à l’hybridation des abeilles, menaçant ainsi les espèces sauvages. Explications.  

Ressources mellifères et pollinisation 

Le principe de la transhumance des ruches permet de fournir des ressources mellifères aux abeilles. Ainsi, les apiculteurs déplacent leurs ruches d’une région à une autre ou dans la même région, au fil des floraisons, et surtout selon la nature de miel souhaitée.  

"Au Maroc, les apiculteurs déplacent rarement leurs ruches plus d’une fois par an. Actuellement, les ruches sont justement en transhumance jusqu’au début de l’été", indique à Médias24, Mohamed Merzouk, secrétaire général de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’apiculture (FIMAP). 

Grâce à ce processus, les abeilles récoltent des quantités importantes de nectar et de pollen. En passant d'une fleur à l'autre et d'une région à l'autre, les butineuses concourent également à la pollinisation des plantes et des arbres, au bonheur des apiculteurs et des agriculteurs. 

Généralement, les apiculteurs procèdent à la transhumance de leurs ruchers une fois la nuit tombée. Les techniques de transhumance se déclinent comme suit : 

- la transhumance à ruche fermée, principalement opérée par de petits apiculteurs, sur un court trajet d'une heure en voiture ; 

- la transhumance avec muselière a l’avantage de fournir plus d'air et d'espace aux abeilles ; 

- la transhumance à ruches ouvertes. Réservée aux apiculteurs expérimentés, elle concerne un nombre de ruches important. Le transport se fait par camion remorque.

In fine, l’objectif demeure le même : augmenter la production. Une quête de rentabilité qui n’est pas sans risque. Elle contribue à la baisse des populations d’insectes butineurs, dont les producteurs de miel sont en conséquence responsables. 

Mort prématurée et transmission de virus

Depuis les années 1980, le nombre d’abeilles chute, menaçant la survie de l’écosystème forestier. Les taux importants de mortalité sont particulièrement dus à une transhumance considérée comme une aberration par les défenseurs des abeilles, mais comme une nécessité par les apiculteurs.

"Cette pratique cause la mort prématurée des abeilles surmenées tout en favorisant la transmission de virus d’une colonie à une autre", déplore Mohamed Merzouk, "mais il est difficile de déterminer avec exactitude à combien s’élève le taux de mortalité", nuance-t-il. 

Pour vous donner un ordre de grandeur, chaque année aux Etats-Unis, des dizaines de milliers d’abeilles effectuent une grande migration vers la Californie, afin de répondre aux besoins croissants du marché florissant de l’amande. Plus de 70% des ruches du pays y sont envoyées pour polliniser les fleurs. 

Dans ce pays où les pratiques apicoles sont nettement plus développées qu’au Maroc, cette transhumance est soupçonnée de contribuer à l’augmentation continue du taux de mortalité des colonies de 30% à 40%. Certes, la transhumance au Maroc n’est pas aussi importante, mais elle est beaucoup moins réglementée. Autant dire que le taux de mortalité est au moins équivalent, si ce n’est plus élevé.

Au-delà du voyage qui stresse et affaiblit leurs défenses immunitaires, les rendant fragiles aux pathogènes, la transhumance favorise un surnombre des ruchers présents dans les zones mellifères. Et plus vous concentrez des ruches en un seul endroit, plus la production par ruche diminue parce qu'il n'y aura pas davantage à butiner. 

Abeilles hybrides et érosion génétique 

La transhumance à un autre impact négatif sur les butineuses, à savoir : l’érosion génétique. "A cause de cette pratique, les races marocaines d’abeilles n’existent quasiment plus", déplore Mohamed Marzouk, assurant que "l’importation d’abeilles hybrides de l’étranger a conduit à l’érosion génétique des races marocaines, dont l'abeille méditerranéenne et celle jaune saharienne". 

Présentées comme plus productives, les abeilles hybrides importées d'Europe sont invasives. Elles ont tendance à détruire en quelques années les souches d'abeilles endémiques du pays. La transhumance participe justement à la prolifération de cette abeille aux dépens des espèces endémiques du Royaume. 

"Il est difficile de contrôler ce genre de phénomène et les apiculteurs ne sont pas assez conscients de la problématique. D’ailleurs la majorité d’entre eux ignorent la race qu’il possède", regrette notre interlocuteur. En première ligne, les apiculteurs ont toujours la possibilité de privilégier les espèces d’abeilles endémiques. Moins productives mais plus utiles au maintien de la biodiversité.

Les opérateurs doivent également respecter la nature sédentaire des abeilles, tout en proposant des méthodes adaptées, comme les ruches troncs qui reproduisent l’habitat naturel des abeilles. Cette méthode offre une protection contre les prédateurs ou les intempéries. La forme et l'odeur de la ruche tronc réveillent les instincts naturels de l'abeille. Sauf que dans certaines zones, cette solution ne suffira pas. 

Si dans le Gharb, la bonne pluviométrie et l’abondance des ressources mellifères rendent la transhumance superflue, c’est moins le cas dans la région de l’Oriental, "où la sécheresse impose cette pratique aux apiculteurs, dont plusieurs ont dû déplacer leurs ruches des centaines de kilomètres plus loin". 

Au vu des conditions climatiques défavorables qui sévissent au Maroc, la transhumance semble indispensable. De ce fait, la formation des apiculteurs aux bonnes pratiques de transhumance est capitale. C’est d’ailleurs l’un des axes du contrat-programme signé le jeudi 4 mai entre le gouvernement et la Fédération interprofessionnelle de la filière apicole (FIMAP), en marge du Salon international de l’agriculture (SIAM). 

Formation et repeuplement

Le coût global de la mise en œuvre des actions prévues dans le cadre de ce contrat-programme s’élève, sur la période 2021-2030, à près de 1,6 MMDH. Il comporte plusieurs améliorations dont l’objectif est d’augmenter la production du miel et d’améliorer la productivité des ruches : 

- la production de 16.000 tonnes de miel ;

- l’amélioration de la productivité des ruches pour atteindre 16 kg/ruche ;

- l’augmentation du nombre de ruches modernes à 1.000.000 de ruches.

Le contrat-programme prévoit en conséquence de sensibiliser les opérateurs de la filière à l’importance de la formation pour se doter d’une main-d’œuvre qualifiée. Des séances de formation pratique et de perfectionnement au profit des professionnels, techniciens et ouvriers, seront programmées, sous forme de modules de courte durée ayant pour objet la maîtrise des techniques de production.

D'ailleurs, les bonnes pratiques en termes de transhumance se déclinent comme suit : 

- Recherchez des zones offrant une abondance de fleurs et d'autres sources de nourriture pour les abeilles ;

- Évitez les zones où l'utilisation de pesticides est intensive, car cela peut être nocif pour les abeilles ;

-  Vérifiez que les ruches sont en bon état et solides. Assurez-vous que les cadres sont bien fixés pour éviter tout déplacement pendant le transport ;

- Vérifiez que les ruches ne sont pas infestées de parasites ou de maladies avant le déplacement ;

-  Lors du déplacement des ruches, veillez à les sécuriser correctement pour éviter les secousses excessives. Utilisez des sangles ou des filets pour maintenir les ruches en place ;

- Évitez les conditions météorologiques extrêmes qui pourraient stresser les abeilles ;

-  Une fois les ruches installées dans les sites de transhumance, effectuez des visites régulières pour surveiller l'état des colonies, les réserves de nourriture, l'état des cadres et l'activité des abeilles ; 

L’autre objectif du contrat-programme, et non des moindres, consiste à assurer le repeuplement et la réhabilitation de deux ruchers communautaires collectifs de l'abeille jaune saharienne, dans la région du Sud-Est et du Sud. Mais aussi l’installation d’une unité de fécondation et de repeuplement de cette race d’abeille. 

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