Round up. Tout savoir sur la problématique des eaux souterraines au Maroc
Potentiel, surexploitation, baisse des niveaux piézométriques, hausse de la teneur en nitrates... Voici l'exposé le plus complet et le plus récent concernant la situation des eaux au Maroc, souterraines, de surface ou potentielles.
Confronté à une diminution des ressources des nappes phréatiques, le ministère de l’Equipement et de l’eau mise sur le dessalement d’eau de mer pour réduire la pression sur les aquifères, mais également sur les recharges artificielles afin de relever les niveaux piézométriques de ces sources d’eau, capitales en temps de sécheresse.
Au vu de la pénurie que traverse le Royaume, "l’eau souterraine joue un rôle prépondérant puisqu’elle représente une capacité tampon pour pallier le manque d’eau dû aux sécheresses récurrentes", affirme Abdelaziz Zerouali, directeur de la Direction de recherche et de planification de l’eau (DRPE), relevant du ministère de l’Equipement et de l’eau. Il s'exprimait dans le cadre du congrès international sur l'eau et le climat organisé récemment à Fès.
Les ressources en eaux souterraines évaluées à 4 MMm3/an
Selon la DRPE, le potentiel global des ressources en eau du pays est estimé à 140 milliards de m3 par an. Autrement dit, le pays peut recevoir jusqu'à 140 milliards de mètres cubes de pluviométrie chaque année. Sur ce total, 22 MMm3/an sont captées sous forme de :
- Eaux de surface : 18 MMm3/an ;
- Eaux souterraines : 4 MMm3/an.
Ces eaux souterraines sont contenues dans 130 nappes inventoriées :
- 98 nappes superficielles ;
- 32 nappes profondes (plus de 1.000 mètres de profondeur).
Ces nappes, principalement lorsqu'elles sont superficielles, ont la particularité d’être faciles d’accès. "Leur exploitation ne nécessite pas d’infrastructures importantes ni d’équipements lourds, en particulier dans les zones rurales éloignées", précise M. Zerouali. En outre, les aquifères du Royaume sont moins vulnérables à la pollution "grâce au pouvoir épuratoire des formations géologiques au-dessus des niveaux piézométriques des nappes", ajoute la même source.
Ressources incontournables dans les grands espaces arides, ces nappes font toutefois face à un accroissement de la demande. Alors que leurs ressources sont estimées à 4 MMm3/an, le volume prélevé est évalué à 5,11 MMm3/an.
Ainsi, la surexploitation des eaux souterraines s’établit à 1,11 MMm3/an, "l’équivalent de 22 % du volume total prélevé et de 28 % du volume renouvelable", souligne le directeur de la Direction de recherche et de planification de l’eau.
Le principal secteur à l’origine de cette surexploitation est l’agriculture, à cause notamment des prélèvements anarchiques non autorisés et des difficultés de contrôle. Pour preuve, le volume de l’eau souterraine prélevée pour l’irrigation s’élève à 4,3 MMm3/an.
Baisse du niveau piézométrique et tarissement des sources
Plusieurs ressources souterraines sont dans une situation préoccupante, à l’image de la nappe des Chtouka, dans la région de Souss-Massa. Outre l’intrusion marine dont est victime cet aquifère, son niveau piézométrique a baissé de 30 mètres depuis 1993 l'équivalent d’un mètre par an. A titre de comparaison, l’affaissement du niveau piézométrique de cette nappe n’a pas dépassé les huit mètres entre 1970 et 1992 (0,3 m/an).
L’aquifère de Haouz Mejjat n’est pas en reste. Son niveau piézométrique a baissé de 55 mètres entre 1999 et 2021 (2,5 mm/an), contre 12 m lors de la période allant de 1970 à 1995 (0,4 m/an). S’agissant de l’aquifère du complexe de Fès-Meknès, relevant du bassin de Sebou, il est concerné par une baisse entre 2020 et 2025.
L’accélération de ce rabattement des niveaux piézométriques des nappes coïncide avec l’intensification de l’activité agricole. Ses conséquences sont multiples, dont la dégradation de la qualité de l’eau, notamment à cause d’une forte teneur en nitrates, ainsi que la disparition des débits de base des cours d’eau.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la teneur en nitrate des eaux souterraines est normalement faible. “Cependant, elle peut atteindre des niveaux élevés en cas de ruissellement à partir des terres agricoles”. Le danger sur la santé humaine survient lorsque ces eaux sont utilisées pour l’approvisionnement en eau potable. “La présence dans le sang de ces nitrites peut provoquer la formation de méthémoglobine. C’est une forme d'hémoglobine incapable de transporter l'oxygène”, prévient l’OMS.
Dans le bassin de Ziz-Guir-Rheris, les fluctuations des débits des sources principales n’en sont pas moins préoccupantes, comme le révèlent les graphiques et photographies ci-dessous.
Recharge artificielle des aquifères
A la lumière de ces éléments, opter pour des mesures et outils de gestion efficace des ressources en eaux souterraines s’avère indispensable. Aux côtés du dessalement d’eau de mer qui permet de réduire la pression sur les nappes, mais encore la mise en œuvre des contrats de nappes pour une gestion participative des ressources en eaux souterraines, les recharges artificielles des aquifères ont d’ores et déjà porté leurs fruits.
Les scientifiques s’accordent à dire que la recharge artificielle désigne l’augmentation de la quantité d’eau bénéficiant aux réservoirs d’eaux souterraines via des dispositifs artificiels, favorisant l’infiltration d’eaux extérieures, comme celles des rivières, jusqu’à l’aquifère.
Les principales techniques de recharge artificielle se déclinent comme suit :
- Les bassins d’infiltration ;
- Les méthodes d’injection directe ;
- La recharge artificielle indirecte.
Après l’installation de trois seuils de recharge, il a été constaté un relèvement de la nappe de Tinjdad, dans la province d’Errachidia, en l’espace de quatre ans. Même chose pour les niveaux piézométriques de la nappe d’Alnif (province de Tinghir) et de celle de Tazarine (province de Zagora).
A noter que dans le cas de la nappe d’Alnif, le relèvement du niveau piézométrique "a été favorisé par une crue enregistrée du 16 au 17 février 2023", précise Abdelaziz Zerouali. Par ailleurs, d’autres solutions sont préconisées afin d’économiser les ressources en eaux souterraines, à l’instar du basculement vers les eaux de surface pour l’alimentation en eau potable.
Cette décision a permis la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable des villes de Fès et Meknès et l’économie de 70 Mm3/an des eaux mobilisées de la nappe profonde. La mise en place du projet hydro-agricole Mdez a lui aussi permit un transfert de l’ordre de 125 Mm3/an pour l’irrigation de 30.000 ha, à partir du barrage en remplacement des ressources en eau souterraines.
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