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AGRICULTURE

Cannabis. Un programme de recherche de l'INRA pour conserver les semences marocaines

L’importation de semences de cannabis étrangères risque, à terme, d'accélérer la perte des ressources génétiques marocaines. Un programme de recherche a été lancé en 2021 afin de collecter, préserver et caractériser ce précieux germoplasme, dans l’optique d’inscrire une variété de cannabis marocain au catalogue national. Le point avec Mouad Chentouf, directeur du Centre régional de la recherche agronomique de Tanger.

Cannabis. Un programme de recherche de l'INRA pour conserver les semences marocaines
Chady Chaabi
Le 10 juillet 2023 à 18h47 | Modifié 10 juillet 2023 à 18h57

Signe des temps et du virage historique dans le domaine, voici que des chercheurs rattachés à des structures étatiques parlent ouvertement du cannabis, comme ils le feraient d'une vulgaire spéculation agricole.

À force d’importer des semences maraîchères, les semences locales et ancestrales de tomates, carottes et autres pommes de terre ont quasiment disparu des champs. Pour éviter que pareille situation se répète dans le cas du cannabis, un programme a été lancé en vue de collecter, caractériser et préserver le germoplasme marocain. 

Cette culture, qui est passée de la clandestinité à la légalité, s’appuie actuellement sur des semences importées. En effet, pour cette première année de production, dont le cycle s’étend de mai à septembre, et même octobre pour certaines variétés, l’ensemble des semences qui ont été utilisées sont d’origine étrangère (Suisse, Pays-Bas, Italie). 

"Ce choix est censé répondre aux besoins des marchés européens", nous explique une source professionnelle. Mais privilégier exclusivement les semences importées pourrait avoir pour conséquence la disparition des semences marocaines. Pour éviter un tel scénario, l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) a lancé un projet pour la préservation et la conservation des écotypes de cannabis marocains. 

Quand l'INRA collecte les semences de cannabis

Ce projet de recherche, auquel participent le ministère de l’Agriculture, l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) et l’Agence pour le développement du Nord (APDN), en est à sa deuxième année. 

"La première collecte de semences a été réalisée en 2021. Nous en sommes à deux cycles de production jusqu’à présent", nous explique Mouad Chentouf, directeur du Centre régional de la recherche agronomique de Tanger. L’objectif est de collecter les ressources génétiques locales, dites aussi plasma germinatif ou germoplasme, dans toutes les zones où le cannabis est cultivé traditionnellement.

Au préalable, il a fallu se rendre dans les provinces d’Al Hoceima, Taounate et Chefchaouen, pour entrer en contact avec les agriculteurs de cannabis et récolter les écotypes locaux. "Nous avons pris soin d'éviter de collecter du matériel chez les agriculteurs qui cultivent des hybrides importés, tout en essayant d’avoir une importante distance entre les lieux de récolte (40 km en moyenne)", précise notre interlocuteur.  

Une fois en possession de ces ressources génétiques, "une partie est stockée et référencée dans la banque de gènes de l’INRA pour assurer sa conservation. L’autre partie des semences collectées sert à réaliser des études en station expérimentale", indique Mouad Chentouf. La station en question est celle de Bni Boufrah. 

Inscrire une variété marocaine au catalogue officiel

Située à une cinquantaine de kilomètres de la ville d’Al Hoceima, la station expérimentale de Bni Boufrah accueille plusieurs parcelles de cannabis pour un total de 5 ha, afin d’effectuer des études morphologiques sur les écotypes de cannabis récoltés. Par la suite, intervient l’étape de la caractérisation agronomique, "permettant de décrire le matériel génétique étudié en termes de production et de floraison notamment", affirme Mouad Chentouf.  

L’analyse génomique a quant à elle pour but d’assurer un génotypage après extraction de l’ADN des écotypes. "Nous mettons en place des marqueurs pour définir si les écotypes étudiés font partie de la même variété. C’est à partir de cette étude génétique que des groupes seront constitués", indique-t-il.  

Enfin, la caractérisation biochimique intervient en dernier lieu pour définir "la composition du cannabis produit par les écotypes marocains, notamment en matière de THC (tétrahydrocannabinol) et de CBD (cannabidiol). L’objectif de cette caractérisation est de trouver des variétés de cannabis marocains qui s'accordent avec la loi du pays dans ce domaine. 

"Ce processus entre dans le cadre d'un screening. Il permet de définir les individus qui peuvent être soumis à une reconnaissance en tant que variété, afin de les inscrire dans le catalogue national de variétés de cannabis. Ils pourront par la suite être multipliés et mis à la disposition des agriculteurs", précise le directeur du Centre régional de la recherche agronomique de Tanger. 

Si ce projet de recherche doit durer près de trois ans, il n’est pas une fin en soi. Il s’inscrit plutôt dans une vision de long terme. "À l’avenir, seront également pris en compte des éléments techniques, notamment en matière d’irrigation. Le but est de maîtriser l’ensemble des techniques culturales pour optimiser la production en réduisant l’utilisation d’intrants, en l'occurrence les pesticides, les engrais et l’eau. C’est un important chantier de recherche qui sera bientôt lancé", conclut Mouad Chentouf. 

Cannabis : voici les pratiques et les défis en place en cette première année de culture licite

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Chady Chaabi
Le 10 juillet 2023 à 18h47

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