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AGRICULTURE

Cannabis : voici les pratiques et les défis en place en cette première année de culture licite

La culture du cannabis est très difficile à réaliser. Il est primordial d’adopter de bonnes pratiques culturales, principalement en matière d'irrigation, afin de profiter d’une croissance optimale. C’est l’une des priorités de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis.

Cannabis : voici les pratiques et les défis en place en cette première année de culture licite
Chady Chaabi
Le 4 juillet 2023 à 14h15 | Modifié 4 juillet 2023 à 14h21

Dans le secteur du "cannabis légal", il y aura un avant et un après 2023. C'est une année à marquer d'une pierre blanche, pour cette "nouvelle" culture qui a vu sa première campagne agricole lancée en juin dernier, dont les détails ont été donné en exclusivité par Médias24.

La culture du cannabis est loin d’être aisée. Passée de la clandestinité et l'illégalité à la légalité, elle est désormais dotées de règles et un cahier des charges précis à respecter. Certaines règles relèvent du domaine législatif encadrant le caractère licite de cette culture, d'autres relèvent du domaine purement agricole avec des normes de bonnes pratiques culturales.

C'est sur ce dernier volet que nous nous penchons dans cet article.  Semences et plants, choix de parcelle, sol, eau, engrais, ou encore pesticide,... tous des domaines où l'agriculteur doit respecter à un certain nombre de normes consignés dans un guide édité par l'ANRAC.

L'agence a par ailleurs, organisé plusieurs réunions et ateliers de travail avec l’Office national du conseil agricole (ONCA) et de l’Office du développement de coopération (ODECO) pour mieux sensibiliser sur les obligations réglementaires et les bonnes pratiques culturales.

Les agriculteurs et coopératives des trois provinces concernées, à savoir Al Hoceima, Taounate et Chefchaouen, n’ont rencontré aucune problématique particulière. "Ils sont toutefois confrontés à de nouvelles procédures, liées aux dispositions réglementaires de la loi 13-21", nous précisaient nos sources à l'ANRAC dans un précédent échange.

2023 est donc une année test pour voir le degré d'acquisition des bonnes pratiques et apporter les ajustements à faire pour les prochaines campagnes.

L'eau, première préoccupation dans un contexte de stress hydrique

Le guide l'ANRAC consacre un volet à l'utilisation de l'eau dans la culture du cannabis

Si le nord du pays, où le cannabis à usage thérapeutique est produit, représente la région la moins concernée par la pénurie d’eau, plusieurs chercheurs indiquent que ces ressources ne sont pas disponibles de manière égale sur l’ensemble de ce territoire qui dépend des provinces de Taounate, Chaouen et Al Hoceima.  

Cette répartition naturellement inégale ne semble pas poser de problème pour la campagne en cours. Selon une source de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC), "l’ensemble des producteurs sont approvisionnés régulièrement en eau". Des ressources dont l’utilisation est soumise à des règles strictes, fondées sur les directives de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).  

Le cannabis cultivé ne doit être ni trop ni trop peu arrosé

Certains agriculteurs "ont tendance à trop irriguer leurs parcelles", déplore un spécialiste. D'où l'importance de s'appuyer sur un plan d'irrigation détaillé.

Dans son guide, l'ANRAC explique que "l’irrigation et le drainage doivent être contrôlés et répondre aux besoins du cannabis aux divers stades de son développement. Il faut veiller à assurer que le cannabis cultivé ne soit ni trop ni trop peu arrosé et éviter d'arroser avant l'arrivée des pluies".

Elle recommande une irrigation du cannabis cultivé "tôt le matin ou en fin d'après-midi, lorsque les températures baissent, pour éviter les pertes d'eau considérables suite à l'évaporation". 

Mais à combien est estimé le besoin en eau dans cette culture ? "Il est difficile de définir avec précision ce besoin, car cela dépend de plusieurs paramètres dont la variété de cannabis cultivée et les différents stades du développement de la plante", souligne une source professionnelle à Médias24. 

L'ANRAC verse dans le même sens. "Les besoins en eau du cannabis dépendent de la zone de culture et des différents stades du développement de la plante", indique-t-elle dans son guide.

"Mais selon une enquête réalisée auprès de plusieurs agriculteurs, il s’avère que la moyenne est de 240 tonnes d'eau par hectare. Hors jours de pluie, le plan d’irrigation est d’une fois par semaine pendant trois à quatre mois, à raison de 20 tonnes d’eau par hectare", ajoute la même source. 

Le goutte-à-goutte pour une meilleure économie d'eau

S'agissant des sources d'eau, elles sont multiples. Outre les précipitations, "les eaux souterraines sont utilisées tout comme les cours d'eau. La ressource est stockée dans des bassins avant d'être utilisée grâce à un système d'irrigation au goutte-à-goutte, qui permet d'économiser de l'eau mais aussi de profiter de rendements plus élevés et d'une meilleure qualité des récoltes", explique une source professionnelle, corroborant les directives de l'ANRAC.

Certes, cette première campagne de cannabis à usage thérapeutique peut être considérée comme expérimentale. Néanmoins, l'ensemble des conditions sont réunies pour qu'elle soit réussie. Pour preuve, les coopératives s'attendent à la disponibilité de la matière première.

C’est le cas de Biocannat, qui se décrit comme étant la première coopérative marocaine autorisée à commercialiser et à exporter le cannabis et ses produits. Après nous avoir indiqué que la campagne se déroulait dans de parfaites conditions, le président de Biocannat, Aziz Makhlouf, a précisé que la production prévisionnelle des semences importées est de 16 tonnes, soit 2 tonnes en moyenne par hectare sur les 8 hectares cultivées.

Si la comparaison avec les semences locales est désavantageuse, sachant que "dans le bour, le rendement par hectare est de 7 tonnes, contre 22 tonnes pour les parcelles irriguées", la culture du cannabis à usage thérapeutique au Maroc semble promise à un bel avenir.

Des semences conformes à la réglementation nationale

En termes de rotation, l’ANRAC précise qu’une parcelle ayant produit du cannabis durant un seul cycle par an, "peut accueillir de nouveau cette même culture deux ans après la dernière récolte". Pour ce qui est des semences et plants, leur utilisation doit être conforme à la réglementation nationale.

Ainsi, "les producteurs ne peuvent opter que pour des semences et plants certifiés par l’ANRAC". Des semences en totalité importées (suisse, Italie, Pays-Bas), "afin que la production puisse convenir aux besoins des clients européens", affirme une source professionnelle. L'ANRAC insiste également sur le fait que les semences et plants de cannabis importées doivent être commercialisées "sans faire l’objet de multiplication". 

Partant du principe que le cannabis est extrêmement sensible aux structures du sol non adéquates et à l’acidité, les producteurs ont du s’abstenir de toute culture de cannabis si le pH du sol est inférieur à 5,5. Le substrat doit idéalement contenir des quantités appropriées d’éléments nutritifs, "de matières organiques et d’autres éléments afin d’assurer à la plante un développement et une qualité optimales", précise la même source.

Enfin, pour obtenir des rendements élevés, il est nécessaire d’effectuer une analyse du sol pour connaître les types, la nature et les quantités d'engrais à utiliser dans le culture et la production de cannabis. "Le producteur doit préconiser l’utilisation du compost, algues, fumier composté et déjections animales compostées. Le guano est par contre interdit", conclut l'ANRAC.

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Chady Chaabi
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