Viande de volailles : le prix du kilogramme atteint 28 DH, un record !
Le kilogramme de viande de volailles est actuellement vendu à un prix jamais atteint auparavant au Maroc. Les producteurs, endettés, sont nombreux à quitter le secteur, impactant ainsi la production de poussins.
- La survie du secteur est menacée selon des sources professionnelles.
- On s’attendait à une baisse des prix à la fin du mois de Ramadan, mais cela n’a pas été le cas.
- Les éleveurs sont nombreux à quitter le secteur, ce qui explique la hausse des prix, due principalement à la baisse de la production.
"C’était prévisible", nous confient deux sources de l’Association nationale des producteurs des viandes de volailles (APV), relevant de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA). "La crise dans le secteur dure depuis la survenue de la pandémie du Covid-19, voire bien avant", ajoutent-elles.
"Nous avons tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises, et nous avons même adressé des courriers aux parties concernées, notamment le gouvernement, mais rien n’a été fait", nous explique le président de l’APV.
"Les éleveurs n’en peuvent plus. Ils sont endettés. Certains sont même en prison. Les fournisseurs, eux, refusent à présent de livrer les producteurs les moins solvables."
Le kilogramme de poulet coûte 28 DH
En 2020, le prix de revient s’établissait à 11 DH/kg, contre 17 à 18 DH/kg actuellement, nous font savoir nos sources.
"On s’attendait à une reprise en 2021, puis en 2022, mais malheureusement il y a eu une succession d’évènements, notamment de nouvelles vagues de Covid, puis la guerre en Ukraine, qui ont fait exploser le coût des matières premières entrant dans la fabrication des aliments composés", poursuit le président de l’APV.
"Les prix de ces derniers ont connu une flambée sans précédent, passant de 3,25 DH/kg à 5,65 DH/kg, soit une hausse de 80%, impactant ainsi le coût de revient."
"C’est le prix le plus élevé des aliments composés jamais atteint au Maroc. Outre les frais médicaux, la main-d’œuvre, le gaz, la paille et l’amortissement des locaux, les aliments représentent jusqu’à 75% du coût de production de la viande de volailles."
"Si l’on continue dans ce sens, il n’y aura plus de viande de volailles au Maroc, ni d’éleveurs de volailles. C’est devenu un secteur très risqué. Et cette année, outre les risques internes, le secteur est confronté à des risques externes que nous ne maîtrisons pas."
"Actuellement, le prix du poulet vif, sortie ferme, est de 24 DH/kg", précise notre source. "Le transport vers les 'riachats' et autres structures de vente coûte 1 DH/kg. La marge des vendeurs s’élève quant à elle à environ 2 ou 3 DH/kg. Le consommateur débourse ainsi entre 27 et 28 DH pour le kilogramme de viande de volailles, ce qui est énorme. Nous n’avons jamais atteint de tels prix auparavant", déplore notre interlocuteur.
Le coût de revient atteint un niveau record
Le vice-président de l’APV confirme. "Cette situation était attendue. Cela fait des années que nous tirons la sonnette d’alarme, sans succès. Les éleveurs sont fatigués d’attendre des solutions. Leurs dettes auprès des fournisseurs ne cessent d’augmenter depuis des mois, sans pouvoir les payer. Les fournisseurs, eux, ont arrêté de livrer - notamment gaz et paille - à certains éleveurs."
"Ce mouvement s’est accéléré à partir du début de l’année en cours, atteignant le secteur des aliments composés ; les dettes des éleveurs ayant fortement augmenté et les fournisseurs ayant besoin d'argent pour payer également leurs frais. Et tout cela a coïncidé avec la hausse des températures, qui entraîne une faible performance du secteur."
"On s’attendait à une baisse des prix à la fin du mois de Ramadan, mais cela n’a pas été le cas. Par conséquent, les éleveurs sont nombreux à quitter le secteur, ce qui explique la hausse des prix, due principalement à la baisse de la production."
"Le prix payé par le consommateur, à savoir près de 28 DH/kg, est un prix record", estime notre source. "Le coût de revient de 17 DH/kg a également atteint un niveau record."
"En réalité, un kilogramme de poulet donne à peine 700 g de viande. Si l’on fait le calcul, le kilogramme coûte environ 40 DH", note notre interlocuteur.
Il souligne toutefois que malgré l’explosion des prix de la viande de volailles, "celle-ci reste la moins chère sur le marché. Elle est deux à trois fois moins chère que la viande bovine", notamment.
Un retour à des prix normaux dans une quarantaine de jours ?
Le président de l’APV nous indique que "les prix reviendront à des niveaux normaux dans une quarantaine de jours".
"Le nombre de producteurs de volailles s’élève à 4.800 sur tout le territoire national, dont 80% sont des petits producteurs. Ces derniers produisent moins de 20.000 poulets par mois. Ce sont donc les acteurs les plus touchés par la crise actuelle."
"Quant à la production, elle est passée de 9 à 9,5 millions de poussins par semaine, il y a six mois à un an, à environ 6,5 ou 6,7 millions de poussins ces dernières semaines, soit une baisse de 30% de la production."
Exemption de la TVA sur les aliments composés
Le gouvernement a fait une première tentative pour résoudre la situation, qui n’a malheureusement pas été une réussite, ajoute notre interlocuteur. "On nous avait promis l’exonération de la TVA sur les aliments composés, mais ce qui a été fait, c’est plutôt l’exemption de la TVA sur l’importation des aliments composés, qui ne profitent qu’aux grands producteurs, lesquels représentent environ 5% du marché. Les 95% restants ont continué à payer les aliments au prix fort. Pire, c’est comme si les grands producteurs d’aliments composés avaient été avantagés par rapport aux autres."
"La première mesure à mettre en place pour espérer une reprise est donc la baisse du prix des aliments composés." Comment ? "D’une part en les exemptant tous de TVA, et pas uniquement la partie importation."
"L’année passée, les investisseurs payaient 10% de TVA sur 3,32 DH/kg d’aliments composés, soit 0,33 DH/kg. Cette année, la TVA est passée à 0,65 DH/kg d'aliments, ce qui est énorme. Les investisseurs cherchent à gagner de l’argent et non le contraire. Il faut donc les aider pour les attirer et les pousser à investir à nouveau."
"Le gouvernement peut également plafonner le prix du maïs à 3 DH/kg par exemple, et prendre en charge le reste, comme cela est le cas pour la farine. Cette mesure permettra également de préserver le pouvoir d’achat des consommateurs", conclut notre source.
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