Comment Hajar Mousannif veut révolutionner plusieurs secteurs grâce à l'IA
Professeure au département d’informatique à la faculté des sciences Semlalia de l’Université Cadi Ayyad à Marrakech, Hajar Mousannif est une figure marquante de l’intelligence artificielle (IA) au Maroc, à l’origine de plusieurs innovations dans des domaines variés tels que l’éducation, l’agriculture et la sécurité routière.
Hajar Mousannif est une chercheuse marocaine reconnue dans le domaine de l’intelligence artificielle, ayant développé plusieurs projets innovants et remporté de prestigieuses distinctions à l’international. Elle est convaincue de l’importance de la recherche appliquée et de la nécessité de connecter l’université et le secteur privé pour stimuler l’innovation et tirer parti de l’essor de l’intelligence artificielle, qu’elle considère comme la nouvelle révolution industrielle.
Titulaire d’un diplôme d’ingénieur d’État de l’Institut national des postes et télécommunications (INPT) à Rabat, spécialisée dans les réseaux et systèmes, son parcours académique l’a conduite à obtenir sa thèse de doctorat en 2012 à l’Université Cadi Ayyad. Dès lors, Hajar Mousannif s’est spécialisée dans l’intelligence artificielle, détectant tout le potentiel offert par cette technologie.
Plusieurs fois primée à l’international
Elle dispose de deux brevets d’invention en la matière, le premier concernant un smartphone capable de reconnaître les émotions humaines et d’analyser l’humeur de la personne pour lui proposer un contenu personnalisé. Cette invention lui a valu d’obtenir le prestigieux prix L’Oréal-Unesco "Pour les femmes et la science" en 2013, la classant parmi les cinq meilleures chercheuses en Afrique du Nord.
Le deuxième brevet porte sur une chaise intelligente permettant de reconnaître le degré d’apprentissage des étudiants. Équipée de capteurs analysant les expressions faciales et les vibrations, la chaise détecte l’anxiété ou le stress des étudiants et, combinée à d’autres données, permet de savoir s’ils comprennent bien le cours. Ce brevet a été primé par le prix de la recherche à l’échelle du Maroc en 2017.
Hajar Mousannif a également été récompensée par le Global AI Inclusion Award, un prix international décerné par l’organisation Women Tech en 2020. Elle a été classée première parmi 2.048 candidates de 185 pays, devenant ainsi la première marocaine, africaine et arabe à recevoir ce prix.
Son travail dans le domaine de l’IA lui a également valu d’autres distinctions, telles que le premier prix "Sustainability" lors de la conférence Solar Decathlon Africa, ainsi que d’être sélectionnée par le MIT Technology Review parmi les 30 meilleurs experts arabes de l’IA.
Des inventions dans des domaines variés
Parmi ses réalisations notables, on compte également le développement du premier robot humanoïde marocain, nommé "Chama", qui reconnaît des objets, communique en langue arabe et lit des textes. Ce projet a été mené avec ses étudiants du master en IA qu’elle dirige à l’Université Cadi Ayyad, le premier du genre dans cette institution.
Dans le cadre du progamme Al-Khawarizmi, Hajar Mousannif a également développé un robot agricole capable d’analyser le sol et de désherber. De plus, elle a participé au développement d’un "track design" lors de la pandémie, une IA pour aider à la découverte de nouvelles molécules pour combattre les épidémies, grâce au programme de soutien à la recherche en lien avec le Covid-19.
Elle travaille par ailleurs sur un système financé par le ministère du Transport, qui vise à développer une IA capable de prédire les accidents de la route avant qu’ils ne se produisent, en analysant le comportement du conducteur, les conditions météorologiques et les conditions routières. Ce système pourrait permettre de prévenir les accidents et d’améliorer la sécurité routière.
Construire des ponts entre l’industrie et la recherche en IA
Hajar Mousannif a publié plus de 70 articles scientifiques en lien avec ses projets de recherche. Elle est convaincue de l’importance de la recherche appliquée, qui présente une réelle utilité et a le potentiel de trouver sa voie dans l’industrie ou dans la naissance de startups. Ses projets en cours, tels que le système de sécurité routière et le robot agricole, nécessitent encore des tests et des investissements pour passer du stade de prototype à celui de produit commercialisable.
Pour l’instant, ces projets de recherche n’ont reçu que des financements publics. Les seuls investissements privés proviennent d’entreprises étrangères, notamment allemandes et américaines.
Hajar Mousannif souligne l’importance de créer des ponts entre l’université et le secteur privé pour répondre aux besoins des entreprises. Elle insiste sur la nécessité de connecter la nouvelle génération d’ingénieurs et de chercheurs avec le monde de l’entreprise pour favoriser l’innovation.
Selon elle, l’IA progresse à une vitesse vertigineuse à travers le monde, et le Maroc a une chance de profiter de ce savoir et de cette technologie pour booster son développement. Ses étudiants, qui sont les futurs ingénieurs et chercheurs, possèdent déjà des compétences avancées en mathématiques et en programmation. Hajar Mousannif invite donc les entreprises de tous les secteurs à mobiliser ce capital humain et à chercher ce que l’IA peut leur apporter, en automatisant et en accélérant les processus.
Elle estime que l’IA a la vocation de devenir omniprésente, que ce soit dans l’éducation, la recherche ou les entreprises. Hajar Mousannif est convaincue qu’il est primordial pour le Maroc de saisir cette opportunité pour ne pas se retrouver dépassé. D’autant qu’elle ne nécessite pas un grand investissement, car le Maroc dispose du capital humain nécessaire.
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