DSK : “La politique monétaire ne peut pas résoudre seule le problème de l'inflation”
A Marrakech, Dominique Strauss-Kahn s'est exprimé en faveur d'une politique budgétaire qui contribue à freiner la spirale inflationniste. Il a également critiqué les orientations de la Banque centrale européenne et a regretté la difficulté d'apporter une réponse collective et multilatérale au problème de l'inflation.
Dominique Strauss-Khan, l'économiste et ex-patron du Fond monétaire international, a appelé à aller au-delà de la politique monétaire en réponse au problème de l'inflation au niveau mondial, lors de la 11ème édition des Atlantic Dialogues, le forum organisé par le Policy center for the news south (PCNS) du 14 au 16 décembre 2022 à Marrakech.
Il a plus particulièrement insisté sur l'importance des politiques budgétaires pour arrêter la spirale inflationniste et la réactivation du multilatéralisme pour apporter une réponse collective, non seulement des banques centrales mais aussi des gouvernements.
N'étant pas optimiste concernant une action multilatérale, principalement à cause de l'état de fragmentation qui caractérise la mondialisation d'aujourd'hui, il a essayé de répondre à trois questions principales :
- Combien va durer l'inflation ?
- Va-t-on assister à une spirale inflationniste salaires-prix ?
- Est-ce qu'on doit laisser la politique monétaire seule résoudre le problème ?
L’inflation pourrait durer assez longtemps
Plutôt pessimiste, il pense que l’inflation au niveau mondial risque de durer assez longtemps. Plus précisément, il estime que cela dépendra de deux phénomènes : le bullwhip effect et la rigidité des prix.
The bullwhip effect, ou l’effet coup de fouet en logistique, consiste à ce que dans une période pareille, l’augmentation des commandes d’un client peuvent entrainer une surproduction à l’amont de la chaîne ce qui peut tirer les prix vers le bas.
La rigidité des prix (sticky prices) correspond à la lenteur d’ajustement des prix aux variations de l’offre et de la demande. Il apparait que pour l’instant les prix sont rigides et ne réagissent pas encore notamment aux politiques monétaires mises en place pour contrer l’inflation.
La probabilité d’une spirale inflationniste salaires-prix
Dominique Strauss-Kahn pense qu’il sera difficile d’éviter une augmentation des salaires, étant donné que le marché de l’emploi est plutôt serré. La relation entre l’augmentation des salaires et les prix n’étant plus à démontrer, ceci risque d’alimenter une spirale inflationniste.
Même s’il pense que le pouvoir de négociation du facteur travail a été érodé lors de la dernière décennie, il estime que cette spirale inflationniste risque bien de se produire.
Fait amusant, même la Banque centrale européenne, une institution dont le premier rôle est de combattre l’inflation est en train d’expérimenter des grèves de ses salariés demandant une augmentation de salaires.
En Europe, les Etats sont en train de mener des politiques qui peuvent paraître contradictoires avec ce qui se dit dans les manuels d’économie pour contrer l’inflation. Des packages d’aides ont été octroyés aux populations pour leur éviter de trop souffrir, par exemple en réduisant le prix réel de l’énergie pour les individus.
C’est quelque chose qui peut paraître comme une politique expansionniste, mais en réalité cela contribue plus à contrer l’inflation que la politique monétaire. Ce que les manuels ne disent pas selon DSK, c’est qu’une expansion budgétaire peut éviter une deuxième vague inflationniste.
La généralisation de la politique monétaire restrictive est impertinente
D’autre part, s’il pense que la politique monétaire restrictive de la FED aux Etats-Unis est une décision rationnelle à cause de l’importance de la demande, il estime que sa généralisation en Europe est une décision « assez ridicule », car l’excès de demande y est localisé.
« C’est comme si tu vois des clous partout, juste parce que tu as un grand marteau », ironise DSK critiquant les banques centrales qui pour lui s’entêtent à appliquer les politiques traditionnelles. D’après lui, les modèles adoptés par celles-ci durant les dix dernières années, se sont avérés inutiles parce qu’ils sont basés sur le tout data, alors qu’ils ne peuvent pas prendre en compte plusieurs paramètres.
Il ajoute que les décideurs de politique monétaire ne savent pas quoi faire. Pour Strauss-Khan, la BCE est en train de naviguer à l’aveugle, ce qui contraste avec la période où Mario Draghi était aux commandes et qui constitue à son avis la grande menace des prochaines années.
L’affaiblissement du multilatéralisme complique les choses
Pour DSK, si relever les taux d’intérêt était nécessaire, il ne peut en aucun cas régler seul le problème. Il considère que l’une des principales questions est politique et non pas économique et elle est liée à liée à l’affaiblissement du multilatéralisme dans le monde d’aujourd’hui.
« Si on a pu dépasser la crise de 2008 et la récession qui s’en est suivi, c’est qu’à cette époque, différents pays et le G20 ont compris que le multilatéralisme et la coordination économique était la bonne chose à faire. Maintenant nous sommes dans un monde fragmenté, où nous pensons que ce genre d’actions est presque impossible », explique-t-il.
« Dans un monde mondialisé où l’inflation est généralisée, nous avons besoin d’une réponse collective. Et une réponse collective, ce n’est pas celle de seulement les banques centrales, elle doit aller au-delà et elle doit comprendre l’action des gouvernements ».
Il est possible pour lui d’établir une coordination, notamment en politique de change. « Le problème c’est que nous avons un éléphant dans la salle, qui est la Chine. Et la coopération sans la Chine n’a plus de sens. Peut-être que ce n’était pas le cas 14 ans auparavant. Mais maintenant elle n’a pas de sens », ajoute-t-il.
Or le problème est politique, étant donné qu’il est difficile de concevoir une coopération entre les Etats-Unis et la Chine dans l’état actuel des choses.
Priorité aux pays émergents et en développement
Dominique Strauss-Khan tient aussi à mettre en garde contre « la révolte des plus pauvres » dans les pays émergents et en voie de développement, « qui vivent actuellement une situation dure à accepter, en payant les frais de guerres et de décisions qui ont été faites à leurs dépens ».
« Je pense que le FMI doit revenir à son métier principal et renouveler le processus de prêt. Vous vous rappelez que les droits de tirage spéciaux ont été lancés il y a deux ans maintenant avec beaucoup de promesses de les donner aux pays émergents et en développement. Mais très peu a été fait. Nous devons assurer une sécurité pour ces pays, et c’est une partie de la solution mondiale », conclue-t-il.
À découvrir
à lire aussi
Article : Sénégal : Managem prend 60% du projet aurifère Senala et prépare une nouvelle campagne de forage
Un programme de 2 millions de dollars doit démarrer en août, avec 3.000 mètres de forage au diamant à Faré et 10.000 mètres supplémentaires sur les cibles de Baytilaye et Konkonou. Oriole Resources conservera, dans un premier temps, une participation effective de 34%.
Article : Pour gagner en autonomie financière, la Direction générale de la météorologie se transforme en agence publique
Actuellement rattachée au ministère de l'Equipement et de l'eau, la Direction générale de la météorologie (DGM) sera transformée en un établissement public dénommé Agence marocaine de la météorologie et du climat. Cette réforme, motivée par l'évolution des besoins en services météorologiques, les limites du modèle actuel de financement, les difficultés de diversification des prestations, vise à doter l'établissement d'une plus grande autonomie de gestion et à renforcer ses capacités opérationnelles.
Article : Mondial 2026 : Ouahbi refuse l’alibi des blessures et assume un Maroc “poussé à défendre”
Éliminés 0-2 par la France en quart de finale, les Lions de l’Atlas ont souffert dans les transitions et manqué de fraîcheur face à la maîtrise des Bleus. Le sélectionneur appelle désormais à une autocritique avant les éliminatoires de la CAN, dès septembre.
Article : Transport : la DGI publie son guide 2026 des incitations fiscales
Impôt sur les sociétés, impôt sur le revenu, TVA, droits de timbre, taxe sur les véhicules ou encore fiscalité locale : le document récapitule les principaux avantages applicables aux opérateurs du secteur, tout en rappelant que seuls les textes en vigueur font foi.
Article : Vendredi 10 juillet : le dirham s'apprécie face au dollar
Ce vendredi 10 juillet 2026 vers 8h30, la première cotation centrale USD/MAD de la journée, telle que publiée par Bank Al-Maghrib (BAM), fait ressortir la […]
Article : Coupe du monde 2026. Diminué par les blessures, le Maroc éliminé en quart (0-2)
Malgré un état d’esprit irréprochable, l’équipe nationale s’est inclinée en quart de finale du Mondial 2026 face à la France (0-2), ce jeudi 9 juillet à Boston. Les absences de Chadi Riad et Ismaïl Saibari ont été rédhibitoires dans le parcours des Lions de l’Atlas. Tout comme le plan de jeu restrictif du sélectionneur Mohamed Ouahbi.