img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Créances en souffrance, le Maroc prépare une réforme

Le chantier de création d’un marché secondaire des créances impayées semble suivre son petit bonhomme de chemin. C’est du moins ce que laisse entendre une source sûre contactée par Médias24.

Créances en souffrance, le Maroc prépare une réforme
Ghassan Waïl El Karmouni
Le 7 décembre 2022 à 18h38 | Modifié 22 février 2024 à 14h47
  • Commission créée pour élaborer la réforme.
  • Il n'est plus question d'une structure de défaisance.
  • Un marché de 88,5 milliards de DH.

Après la copie rendue par la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale, à la Banque centrale avec les recommandations d’ordre fiscal, prudentiel et légal, une commission inter-institutions a pris le relais sous le chapeau du Secrétariat général du gouvernement (SGG).

Le rôle de cette commission est de cibler les amendements à apporter aux lois concernées par ces réformes. "Tous les départements concernés sont réunis dans cette commission, comme le ministère du Commerce, la DGI, le ministère des Finances, etc.", affirme notre source. Et d’ajouter, optimiste : "Nous sommes en phase avec notre rétroplanning. Une communication sera sans doute faite très prochainement."

"Créer un écosystème"

Ce qu’il faut retenir, c’est que contrairement à ce qui a longtemps été repris dans la presse, il ne s’agit pas de structures de défaisance, dans le sens d’une bad bank, c’est-à-dire de banques poubelles en général publiques, chargées d’apurer les bilans des banques en difficultés. Il est plutôt question de mettre en place des mécanismes juridiques à même de garantir les conditions de la création d’un écosystème qui permette le transfert de créances impayées (Non Performant Loans - NPL) à des établissements privés spécialisés, en général étrangers.

"La bad bank est en général créée dans le cadre d’opérations de sauvetage de banques en faillite. Ce n’est pas le cas au Maroc, puisque toutes les banques arrivent à faire face à leurs engagements", nous précise notre source. L’objectif pour le cas marocain est de "faciliter la transférabilité directe de ces créances pour alléger les bilans des banques de ces créances dans des situations de ‘business as usual’".

In fine, il s’agit de pouvoir dégager plus de liquidité pour le marché bancaire tout en améliorant son profil risque. Il s’agit aussi de baisser le coût de cette opération, de la simplifier et de la fluidifier, contrairement à l’opération de titrisation des créances, déjà possible dans certains cas, mais avec des contraintes propres aux marchés des capitaux, notamment l’exigence d’un visa de l’AMMC, qui rend la cession de créance ni attractive ni rentable.

Pour ce faire, notre source insiste sur le fait qu’il y a "un marché à créer". Ainsi, en plus de la réforme du cadre légal, institutionnel et opérationnel, les banques nationales devraient adapter leur système d’information, permettant une plus grande granularité des créances. Un écosystème devra aussi voir le jour.

En plus des structures de défaisance à attirer, notamment internationales, le marché devra aussi se doter de structures de conseil juridique et d’évaluation des créances mises sur le marché sur la base de critères modélisés. Là où les structures de défaisance actives sur le marché national auraient ainsi des indications sur la valeur des créances, les possibilités de les recouvrer ou pas, les niveaux de rentabilité de telles opérations, etc.

Un marché de 88,5 milliards de dirhams

Une réforme importante pour un secteur fortement impacté par la crise Covid et qui a vu son profil de risque se détériorer. Ainsi, selon le dernier rapport de la Direction de la supervision bancaire (DSB) dépendant de Bank Al-Maghrib, le taux de créances en souffrance est passé de 7,5% en 2019 à 8,5% en 2021 pour le secteur. Il s’est stabilisé à 8,7% au 2e trimestre 2022, soit près de 88,5 milliards de dirhams. Ce taux moyen cache des situations plus ou moins préoccupantes.

Ainsi, au niveau des 11 groupes bancaires nationaux, ce taux est passé de 8,5% à 9,8% en 2021, alors que dans le secteur du micro-crédit, ce taux est passé de 3,1% à 10,3% pour la même période.

Les établissements de financements spécialisés, ou sociétés de crédits, ont aussi pâti de la pandémie du Covid puisque le taux de créance en souffrance est passé de 9,9% en 2019 à 12,5% en 2021, selon le dernier rapport de la DSB publié fin juillet 2022. Globalement, le coût du risque pour le secteur bancaire est monté de 7,2 milliards de dirhams en 2019 à 10,4 milliards en 2021, en passant par 12,5 milliards en 2020. Une situation qui a poussé le FMI, en décembre 2021, à inciter le Maroc à trouver des solutions, notamment via la création d’un marché secondaire.

Fiscalité problématique

Une réforme bien engagée, donc, mais qui risque de prendre encore du temps. Ainsi, une autre source travaillant sur le sujet au niveau gouvernemental affirme que bien que la Banque centrale mette les bouchées doubles pour faire aboutir la réforme, selon elle, les choses prendront du temps au vu de la multiplicité des chantiers concernés. Ainsi, en plus du Dahir des obligations et des contrats (DOC), d’autres lois sont concernées, comme le Code de commerce et surtout le Code général des impôts. Pour ce dernier, l’incidence fiscale de la réforme accepte plusieurs interprétations.

Ainsi nos différentes sources divergent, entre celle qui pense que la déductibilité de l’abandon des créances bancaires en faveur de tiers peut passer par voie réglementaire, tandis qu’une autre met en avant le principe général de la définition de la base imposable, qui nécessitera sans doute un passage obligé par la réforme légale du Code général des impôts, et donc par une mesure au sein de la loi de finances. Or aucune mesure spécifique n’a été introduite au sein du PLF 2023, ni dans les amendements adoptés à la chambre des conseillers.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Ghassan Waïl El Karmouni
Le 7 décembre 2022 à 18h38

à lire aussi

Prix des carburants : une transmission des cours mondiaux partielle pour le gasoil et supérieure pour l’essence (Conseil de la concurrence)
ECONOMIE

Article : Prix des carburants : une transmission des cours mondiaux partielle pour le gasoil et supérieure pour l’essence (Conseil de la concurrence)

Le Conseil de la concurrence a publié une nouvelle note analysant l'évolution des prix du gasoil et de l'essence au Maroc entre le 16 mars et le 1ᵉʳ avril 2026. Dans un contexte de forte volatilité des cours internationaux, l'institution examine le degré de corrélation entre les cotations de référence et les prix pratiqués à la pompe par les opérateurs nationaux. Voici ce qu'il en ressort.

Sahara. Six mois après la résolution 2797, bilan pour Mistura et revue stratégique de la Minurso
DIPLOMATIE

Article : Sahara. Six mois après la résolution 2797, bilan pour Mistura et revue stratégique de la Minurso

Au-delà du calendrier du Conseil de sécurité, la fin avril 2026 pourrait marquer un moment de vérité pour l'affaire du Sahara. Le bilan attendu de Staffan de Mistura doit permettre de mesurer dans quelle mesure les discussions relancées en janvier 2026 ont confirmé la centralité de l’initiative marocaine d’autonomie, aujourd’hui consacrée comme l’unique cadre réaliste de sortie. Quant à l’examen de la Minurso, il revient à interroger la pertinence persistante d’une mission créée pour un référendum devenu impraticable et désormais dépassé par la dynamique politique imprimée au dossier.

Supporters sénégalais. Sanctions confirmées, quelles suites ?
DROIT

Article : Supporters sénégalais. Sanctions confirmées, quelles suites ?

Sanctions confirmées en appel pour les supporters sénégalais : recours possibles, libérations, grâce ou transfèrement, quelles suites ?

OCP prépare une émission obligataire hybride en dollars, une première dans sa structure de dette
BUSINESS

Article : OCP prépare une émission obligataire hybride en dollars, une première dans sa structure de dette

Le groupe OCP se tourne vers les marchés internationaux des capitaux avec une émission structurée en hybride. En recourant à un instrument à mi-chemin entre dette et quasi-fonds propres, le groupe cherche à mobiliser des ressources sans dégrader son profil d’endettement, ni accentuer la pression sur la signature souveraine. Décryptage.

Guir-Ziz-Rheris. Pour faire face à la pénurie d'eau, un nouveau plan stratégique dans ce bassin du sud-est du Royaume
Eau

Article : Guir-Ziz-Rheris. Pour faire face à la pénurie d'eau, un nouveau plan stratégique dans ce bassin du sud-est du Royaume

C’est l’un des bassins les plus exposés à la pression hydrique dans le pays. Pour contenir l’aggravation de la pénurie d’eau dans le Guir-Ziz-Rheris, un programme de plusieurs projets est lancé, avec à la clé de nouveaux forages, des ouvrages de recharge des nappes et des investissements ciblés pour tenter d’enrayer la dégradation hydrique de la zone.

Le Roi nomme El Yazid Er-Radi secrétaire général du Conseil supérieur des Oulémas
NATION

Article : Le Roi nomme El Yazid Er-Radi secrétaire général du Conseil supérieur des Oulémas

Le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine, a reçu, le mardi 14 avril 2026 au palais royal de Rabat, Mohamed Yessef, décoré du Wissam Al Arch (Grand Officier), avant de nommer El Yazid Er-Radi au poste de secrétaire général du Conseil supérieur des Oulémas.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité