Sanlam sous le feu des critiques de la diplomatie marocaine, que risque-t-elle ?
Les relations entre le Maroc et l’Afrique du Sud connaissent un nouveau froid après la réception accordée au chef du polisario à Pretoria, digne d’un chef d’État. Les relations économiques entre les deux pays, notamment la présence de Sanlam au Maroc, sont plus que jamais questionnées.
Les relations économiques entre le Maroc et l’Afrique du Sud peuvent-elles être impactées par la détérioration des relations diplomatiques entre les deux pays ? Les propos du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, commentant l’accueil accordé au chef du polisario par le président sud-africain, laissent penser que oui.
“Une entreprise sud-africaine ne peut gagner de l’argent au Maroc et rester spectatrice de ce que fait son gouvernement”, a déclaré le chef de la diplomatie marocaine en réponse à une question sur la position marocaine à ce sujet.
Tous les regards se tournent vers Sanlam, le groupe d’assurance sud-africain qui a acquis en 2018, pour plus d’un milliard de dollars, plus de 60% des parts du marocain Saham Finances. L’entreprise, qui s’appelle désormais Sanlam Pan Africa, semble bien se porter : sa filiale marocaine a réalisé un résultat net de 360 millions de dirhams en 2021.
Pourtant, la vente de Saham Assurance et de ses filiales africaines à Sanlam n’avait pas été du goût de tous. Il n’a pas été facile pour les autorités marocaines d’accepter de céder l’un des fleurons nationaux de l’assurance, présent dans une vingtaine de pays en Afrique et au Moyen-Orient, d’autant plus à un pays hostile à l’intégrité territoriale.
On se souvient que Othmane Benjelloun avait taclé Moulay Hafid Elalamy sur cette question. Si cette position ne représentait pas officiellement l’État marocain, elle exprimait néanmoins les interrogations qui avaient entouré cette transaction.
Finalement, l’opération s’est conclue sans difficulté. Elle a même été considérée par les observateurs comme le signe d'un futur dégel entre Rabat et Pretoria, étant donné la proximité du richissime Patrice Motsepe, actionnaire dans Sanlam et actuel président de la Confédération africaine de football (CAF), avec Cyril Ramaphosa, président sud-africain depuis février 2018.
Que risque Sanlam ?
Anticipant la réaction marocaine, Sanlam avait réagi le jour même de l’accueil de Brahim Ghali, chef du polisario, par le président sud-africain Cyril Ramaphosa, par un communiqué. Sanlam y exprimait “son engagement pour le long terme au Maroc et sa confiance dans le pays et son économie”.
“Le Maroc est la plaque tournante de nos opérations panafricaines d’assurance générale, et notre filiale marocaine reste l’une des sociétés phares de notre portefeuille d’activités panafricain, avec une présence inégalée à travers le Royaume”, poursuit le communiqué.
Les propos de Bourita expriment-ils une réelle intention du Royaume de pousser Sanlam vers la sortie ? Difficile de l’imaginer compte tenu de l’engagement et de la crédibilité du Maroc vis-à-vis des investisseurs étrangers. Néanmoins, l’on peut considérer qu’il s’agit là d’un message fort adressé aux responsables sud-africains pour les confronter à leur aventurisme et à leur manque de pragmatisme. Une sorte d'avertissement.
La fusion des opérations africaines d’Allianz et de Sanlam vient par ailleurs d’atterrir au Conseil de la concurrence. En effet, une joint-venture a été actée entre les deux groupes, visant à réunir leurs filiales africaines, à l’exception des activités de Sanlam en Afrique du Sud. L’arrivée des Allemands, qui ont actuellement la faveur de Rabat, pourra également atténuer ce risque.
Les relations commerciales largement en faveur des Sud-Africains
Toutefois, l’hostilité croissante de la position sud-africaine contre les intérêts marocains peut constituer un frein au développement des relations commerciales entre les deux pays, à l’aube de l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange africaine (Zlecaf).
Les importations marocaines de produits sud-africains ont sensiblement augmenté lors des deux dernières années. Habituellement en-dessous d’un milliard de dirhams, elles ont atteint 1,3 milliard de dirhams en 2021. Au premier semestre de 2022, elles ont explosé pour atteindre 4 milliards de dirhams. Ce bond a été réalisé grâce à la sensible augmentation des exportations dans la rubrique “Combustibles minéraux, Huiles minérales, Matières bitumineuses”.
Quant aux exportations marocaines, elles avoisinent les 450 millions de dirhams et concernent principalement le poisson et les produits de la mer. Même si elles sont médiocres, les relations commerciales entre les deux pays sont clairement à l’avantage de l’Afrique du Sud.
Les politiques sud-africains vivent sur la rente de l’idéologie révolutionnaire
L’Afrique du Sud avait officiellement reconnu l’entité fantoche le 15 septembre 2004, quelques mois après l’attribution de l’organisation de la Coupe du monde 2010 à la nation arc-en-ciel. Des soupçons de corruption, révélés par la presse britannique en 2015, avaient entaché ce succès sud-africain.
Le président sud-africain de l’époque, Thabo Mbeki, passé par les écoles communistes de Moscou lors de sa jeunesse et acquis aux idéologies révolutionnaires, avait décidé de porter son soutien aux indépendantistes, malgré l’aide marocaine à Nelson Mandela pendant sa lutte contre le régime de l’Apartheid.
Aujourd’hui, les leaders politiques de l’ANC, le parti au pouvoir, constamment confrontés à des scandales de corruption, recourent toujours à l’idéologie révolutionnaire et à l’ethnopopulisme plutôt qu’au pragmatisme, autant dans leur politique intérieure qu’extérieure. La classe politique préfère maintenir la population dans l’utopie au lieu de réellement s'attaquer aux maux du pays.
L’Afrique du Sud, toujours classée à la tête des pays les plus inégalitaires dans le monde, a un taux de chômage qui dépasse les 30% - l’un des plus élevés de la planète. Le pays figure également parmi ceux qui souffrent le plus d’insécurité, le nombre d’homicides volontaires étant l'un des plus importants à l’échelle mondiale.
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