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Premières alertes au Maroc sur le “Spice”, une potentielle drogue de synthèse

Présenté comme une alternative au cannabis ou au tabac, ce produit est vendu sur internet sans aucune autorisation légale. Potentiellement dangereux, il fera l’objet d’analyses par le Centre antipoison et de pharmacologie du Maroc. Les explications de la société concernée.

Premières alertes au Maroc sur le “Spice”, une potentielle drogue de synthèse

Le 17 octobre 2022 à 18h56

Modifié 23 octobre 2022 à 9h10

Présenté comme une alternative au cannabis ou au tabac, ce produit est vendu sur internet sans aucune autorisation légale. Potentiellement dangereux, il fera l’objet d’analyses par le Centre antipoison et de pharmacologie du Maroc. Les explications de la société concernée.

MISE A JOUR: 

Suite à la publication de cet article, Médias24 a été contacté par la société Herbal Blend, la société commercialisant les produits Cleopatra, Spicy Inka entre autres références.

Herbal Blend a souhaité apporter les précisions suivantes, résumées par Médias24, en attendant que nous menions les vérifications qui s’imposent :

- "Nos produits ne sont ni un cannabis de synthèse ni une drogue de synthèse. Il s’agit d’un mélange d’herbes à fumée qui aide à relaxer et à décrocher des additions de tabacs".

- "Ces produits ne nécessitent aucune autorisation spécifique".

- "Nos produits n’ont rien à voir avec la drogue de synthèse le Spice, qui est un produit dangereux".

- "Les témoignages apportés ne permettent pas de confirmer le lien de cause à effet entre la consommation de nos produits et les problèmes de santé rencontrés par les personnes citées".

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Un produit présenté comme de “l’encens à base d’herbes naturelles à fumée relaxante” fait l’objet de retours négatifs par des consommateurs, qui le qualifient de “dangereux”. Vendu sur internet, il prétend “aider à l’arrêt du tabac”, “favoriser la détente”, “lutter contre l’addiction”, “calmer les douleurs” ou encore “lutter contre l’insomnie”.

“Spicy Inka Kinnikinnick”, “Cleopatra Kinnikinnick” : tels sont les noms affichés sur certains sachets de ce produit.

Ses effets ont été dénoncés par des consommateurs. Parmi eux, N.B. a d’abord alerté sur son compte Twitter. Présenté sous forme de “pot pourri”, tel qu’indiqué sur le sachet, le produit est livré à domicile. C’est ainsi qu’a procédé N.B. pour s’en procurer après en avoir entendu parler dans son entourage. Elle finit par opter pour cette solution dans l'espoir d'arrêter sa consommation de tabac, rassurée par la mention “approuvé par le ministère de l’Agriculture” inscrite au dos du sachet.

Cela dit, aucun numéro d’autorisation n’y est mentionné. Contactés par Médias24, le ministère de l’Agriculture et l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) indiquent n'avoir délivré aucun agrément à ce produit, puisqu'il n'est pas alimentaire. La question de leur légalité est donc soulevée.

De son côté, la société "Herbal Blend" affirme que "ces produits ne nécessitent aucune autorisation spécifique".

Un témoignage alarmant

Jointe par Médias24, N.B. indique avoir été séduite par le “packaging soigné”, la forme du produit composé de “petites fleurs” et de “pétales”, évoquant “un sachet de thé” qui “sent très bon”. Autant d'éléments qui la rassurent sur la qualité du produit. “Le livreur m’a également rassurée en me disant que ce n’était pas du cannabis, seulement des herbes naturelles avec bienfaits.”

Sans indication sur le mode d’utilisation, notre interlocutrice “roule” le produit comme une cigarette et le fume. Ses premières consommations ne provoquent pas d’effets hallucinogènes, mais plutôt “une sensation très relaxante, comme une verveine très forte. Tout le corps est relaxé, on se sent bien”.

Sans l’utiliser régulièrement, N.B. en consomme ponctuellement pendant un mois, jusqu’au week-end du 1er octobre. “Je me roule une petite cigarette avec le produit ‘Cleopatra’, puis je me réveille avec des douleurs au visage. Entre-temps, c’est le black out.”

“Je suis tombée sur le visage sans aucune sensation préalable d’évanouissement ou de perte de connaissance.” La chute est “brusque, comme une extinction des feux”, décrit-elle. “Quand on est sur le point de s’évanouir, on le sent ; or dans mon cas, la dernière chose dont je me souviens c’est d’être assise puis de me réveiller avec des douleurs au visage. Je ne sais ni comment j’ai fait pour appeler les secours, ni ce qui s’est passé à leur arrivée ou comment j’ai été transportée à la clinique. Je ne me rappelle pas non plus des examens que j’ai subis, ni des interventions sur mon nez et ma lèvre. Avec la force de ma chute, je suis tombée sur le visage. J’ai une fracture au nez, une dent cassée et la lèvre fendue.”

“Mon médecin m’a dit que j’avais répété en boucle la même question sans retenir la réponse que l’on me donnait. J’ai convulsé et j’étais agitée. Je ne me rappelle rien de tout cela. Pour l’instant, le corps médical ne comprend pas ce qui s’est passé. Le scanner, l’IRM, l’électrocardiogramme et même les analyses sanguines n’ont rien donné”, affirme-t-elle.

Une seconde personne nous a fait part de l’effet qu'elle a ressenti suite à sa consommation récente de ce même produit (Cleopatra). “J’ai cru que j’allais mourir. Je ne me souviens plus de la façon dont ma sœur m’a mise au lit. Elle m’a dit par la suite que je n'avais fait que parler”, nous dit-il.

Néanmoins, la société "Herbal Blend", estime que "les témoignages apportés ne permettent pas de confirmer le lien de cause à effet entre la consommation de nos produits et les problèmes de santé rencontrés par les personnes citées".

Aucune autorisation délivrée

Sur les pages Facebook destinées à la vente de cette substance, quelques témoignages, en commentaires, alertent également sur son effet néfaste. D’autres en font au contraire l’apologie, écrivant que ce produit est relaxant “après six taffes” - ce qui permet de déduire que le produit est à fumer.

Sur une autre page dédiée à la vente du “Kinnikinnik Smok”, une publication partage un article sur les bienfaits d’une “cigarette d’herbes naturelles”. Cela dit, aucun mode d’emploi n’est précisé sur le sachet dans lequel le produit est vendu, hormis la mention “par combustion”, ce qui n’oriente pas les consommateurs. En sus, le sachet indique la mention “approuvé par le ministère de l’Agriculture” alors que, là encore, aucun numéro d’autorisation n’y est apposé.

Le ministère de l’Agriculture et l’ONSSA maintiennent auprès de notre rédaction qu’ils “ne délivrent pas d’agrément pour ces produits, qui ne sont pas des produits alimentaires”, sans préciser si des alertes ont été lancées dans ce sens. La mention apposée sur le sachet est “une publicité mensongère”, nous affirme-t-on de source autorisée.

De son côté, après son incident, N.B. ne fait pas encore le lien entre le produit qu’elle a consommé et la chute qui a suivi. “Stressée par tous ces événements, je me suis roulé une cigarette avec le même produit (Cleopatra, ndlr) pour me détendre. Cette fois-ci, dès la première taffe, j’ai eu l’impression de mourir, comme si mon cœur et tous mes organes allaient lâcher. C’est là que j’ai compris et que j’ai fait quelques recherches sur internet.”

En quelques clics, N.B. découvre des expériences similaires à la sienne faisant référence à un produit connu sous le nom de “Spice”, qui fait l’objet de nombreuses alertes depuis plusieurs années. Certaines datent de 2014 et 2015, avec des témoignages alarmants. Dans ces articles, le produit "Spice" est décrit comme du “cannabis de synthèse”, une “drogue destructrice” qui “fait des ravages”, surtout chez les jeunes. Des consommateurs, en France, aux États-Unis et en Suède, rapportent des intoxications, des hallucinations, des convulsions et des psychoses, allant jusqu’à l’hospitalisation voire l’overdose.

Des analyses prévues au Centre antipoison et de pharmacologie

De son côté, le Centre antipoison et de pharmacologie du Maroc (CAPM) a pris connaissance de la commercialisation du produit vendu au Maroc.

L’information a donc bien été transmise au CAPM, mais “l’évaluation n’a pas abouti, pour l’heure, à des conclusions car le centre n’a pas encore contacté la patiente en question pour prendre connaissance du tableau clinique qu’elle a présenté, et ainsi pouvoir s’orienter sur la composition du produit”. C’est donc “l’analyse du produit” qui orientera le centre sur sa composition et permettra de confirmer ou d'infirmer s'il s'agit, ou non, d'une drogue de synthèse à l'instar du "Spice".

Pour la société "Herbal Blend", leurs produits "n’ont rien à voir avec la drogue de synthèse le 'Spice', qui est un produit dangereux".

Il convient de noter que le CAPM a publié, dans sa revue Toxicologie Maroc (n°48 du premier trimestre 2021), une note d’alerte sur les nouveaux produits de synthèse (NPS). Voici ce qu’il en dit : “Généralement achetés sur internet, les NPS sont connus soit par leurs noms chimiques, soit à travers des noms commerciaux (‘RC’ pour ‘research chemicals’, ‘sels de bain’, ‘engrais pour plantes’, ‘encens’…). Ces produits forment un groupe de substances hétérogène en termes de structure chimique et d’effets pharmacotoxicologiques (cannabinoïdes de synthèse, phénéthylamines, pipérazines, tryptamines, opioïdes de synthèse, benzodiazépines de synthèse, arylcyclohexylamines, arylakylamines). Le diagnostic est suspecté devant un syndrome adrénergique, un syndrome sérotoninergique, des convulsions, une agitation ou confusion, une défaillance viscérale. La confirmation se fait par les analyses toxicologiques qui ne sont disponibles que dans certains laboratoires.”

Des alertes en Europe

À l’étranger, une étude a été publiée en 2012 par l’éditeur britannique John Libbey Eurotext, spécialisé dans les revues et livres scientifiques. Intitulée L’épice en France : herbes mélangées contenant des cannabinoïdes synthétiques, elle indique que “les mélanges d’herbes à fumer sous la marque ‘Spice’ ont été vendus pour la première fois sur internet et dans divers magasins spécialisés en 2006 ou avant. Lorsqu’ils sont fumés, les produits ‘Spice’ ont des effets similaires à ceux du cannabis (...). En réponse à de potentiels problèmes de santé, l’Europe a engagé des actions en justice pour interdire ou contrôler les produits ‘Spice’ et les composés associés”.

L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies alerte également sur la consommation de cette substance. “Plusieurs cannabinoïdes ont été détectés dans des mélanges d’herbes à fumer également connus sous le nom d'encens/de désodorisants d’ambiance. Parmi ceux-ci figuraient le ‘Spice Gold’, le ‘Spice Silver’ et le ‘Yucatan Fire’, mais bien d’autres produits sont ensuite apparus. Bon nombre des cannabinoïdes détectés dans ces produits ont d’abord été développés par des scientifiques étudiant la manière dont les cannabinoïdes agissent sur le corps et leur potentiel en tant que médicaments permettant de traiter un certain nombre de maladies et leurs symptômes – notamment les maladies neurodégénératives, la dépendance aux drogues, les douleurs chroniques et le cancer. Cependant, il s’est jusqu’à présent avéré difficile d’isoler les propriétés thérapeutiques escomptées des effets psychoactifs non désirés.”

Le Centre antipoison belge, quant à lui, décrit les cannabinoïdes de synthèse comme étant des produits “vendus notamment sous les noms de ‘Spice’, ‘K2’, ‘herbal incense’, ‘pot-pourri’ ou ‘Black Mamba’. Ils sont parfois présentés comme une alternative légale et sans danger au cannabis naturel”. “On en est loin !”, alerte le Centre antipoison belge sur son site. “Ce sont de purs produits de laboratoire, de redoutables drogues de synthèse et, qui plus est, illégales.”

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