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Pédocriminalité : des militants dénoncent l’absence d’enquête après des soupçons d’abus sur Tiktok

Après avoir rassemblé une dizaine de témoignages de mineures, victimes d’un pédocriminel sur les réseaux sociaux, des militants ont tenté, en vain, de faire ouvrir une enquête. Or sans plainte des parents des victimes, aucune enquête n’a pu être ouverte. 

Pédocriminalité : des militants dénoncent l’absence d’enquête après des soupçons d’abus sur Tiktok

Le 28 septembre 2022 à 11h18

Modifié 28 septembre 2022 à 15h52

Après avoir rassemblé une dizaine de témoignages de mineures, victimes d’un pédocriminel sur les réseaux sociaux, des militants ont tenté, en vain, de faire ouvrir une enquête. Or sans plainte des parents des victimes, aucune enquête n’a pu être ouverte. 

Une dizaine de mineures victimes d’un pédocriminel sur les réseaux sociaux : c’est ce que dénonce Lamya Ben Malek, militante des droits des femmes, qui déplore l’absence de réactivité des autorités et de la société civile.

Contactée par Médias24, elle indique avoir constaté sur l’application Tiktok la publication, par une jeune fille de 12 ans, de captures d’écran d’une conversation avec un homme, majeur, dans laquelle il sollicite des photos d’elle, dénudée, en ayant pourtant connaissance de son jeune âge. Selon Lamya Ben Malek, l’homme en question cumule 136.000 abonnés sur Tiktok et 8.500 sur Instagram. De quoi constituer une réelle niche de potentielles victimes.

Alertés par cette première publication datée du 15 août 2022, Lamya Ben Malek et deux autres militants, Sarah Benmoussa et Hamza Bensouda, ainsi que la page “Kouni Mra”, décident de lancer un appel à témoins sur les réseaux sociaux. Il aboutit à la collecte d’une dizaine de témoignages qui dénoncent des faits similaires.

“Il entreprend à chaque fois la même démarche, réclame des nudes et des rapports sexuels. C’est toujours le même procédé”, explique Lamia Ben Malek, qui précise avoir “tenté de joindre la police, notamment une cellule à Casablanca spécialisée dans les violences faites aux femmes et aux filles. On nous a expliqué qu’on ne pouvait rien faire tant que les parents ne porteraient pas plainte puisque l’affaire concerne des mineures”. Or celles-ci sont “très affectées psychologiquement et ont peur de leurs parents. Elles se sentent honteuses ; il leur est donc très difficile de leur en parler”.

“Nous avons contacté des associations, poursuit Lamya Ben Malek. Nous n’avons reçu que quelques réponses qui rejoignent celles de la police. L’une d’entre elles nous a reçus, a collecté toutes les preuves et s’est engagée à les transmettre au procureur du Roi ; or nous n’avons plus de nouvelles et nos sollicitations sont restées sans réponse.”

Ces militants ont alors décidé de saisir directement le parquet à travers une lettre ouverte adressée au procureur du Roi près le tribunal de première instance de Casablanca. Mais selon Lamya Ben Malek, cette lettre n’a pas pu être déposée, ces militants étant sans cesse “renvoyés d’un tribunal à l’autre”. Après avoir essuyé un nouveau rejet ce lundi 26 septembre, Lamya Ben Malek a dénoncé l’absence de réactivité des autorités et des associations à travers une série de tweets.

“Le vide juridique ouvre la porte aux débordements”

La pédocriminalité sur internet fait partie des “actes de délinquance électronique les plus répandus”, indique Me Maha Jawhari, avocate au barreau de Casablanca.

“Les lois relatives à la cybercriminalité sont quasiment inexistantes au Maroc. Ce vide juridique laisse la porte ouverte à tous les débordements, ce qui ne facilite pas la tâche aux autorités judiciaires. Le Royaume est pourtant loin d’être épargné par ce type de cybercriminalité, d’autant qu’il peut s’agir d’une criminalité transnationale impliquant un système au Maroc et une ou plusieurs victimes dans un autre pays”, déplore l’avocate.

En termes de procédures, Me Jawhari confirme que seule une plainte déposée par le représentant légal du mineur auprès de la Direction générale de la sûreté nationale, peut constituer le point de départ d’une enquête.

En 2020, 35 personnes poursuivies pour “pornographie enfantine”

La vulnérabilité des mineurs sur les réseaux sociaux est incontestable mais le manque de sensibilisation, la facilité pour les auteurs de dissimuler leur identité et le vide juridique en la matière font de ces adolescents des victimes sans réelles protections.

Dans l’édition 2020 de son rapport annuel, la présidence du ministère public avait mis en lumière la gravité de la cybercriminalité, notamment sous la forme de “pornographie enfantine”. Un phénomène particulièrement inquiétant et dont les chiffres officiels ne constituent que la “partie apparente” d’un phénomène qui “sévit sur le dark web”.

Selon ce rapport, 35 personnes ont été poursuivies en 2020 dans le cadre d’affaires de pornographie enfantine. Parmi elles, 23 ont été jugées pour avoir provoqué, incité ou facilité “l’exploitation d’enfants de moins de dix-huit ans dans la pornographie”. Par ailleurs, douze ont été poursuivies pour “représentation d’un acte sexuel réel, simulé ou perçu ou toute représentation des organes sexuels d’un enfant à des fins de nature sexuelle”.

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