LafargeHolcim Maroc : une nouvelle usine moderne, dans un contexte compliqué

| Le 26/6/2022 à 7:53
La nouvelle usine Agadir-Souss est fortement équipée en technologie. Elle permettra une amélioration des contrôles et des coûts de production à terme. Le taux d’activité sur la partie clinker est de 60% et l’exportation a déjà commencé. Mais le contexte global est assez morose.

Vendredi 24 juin, le groupe cimentier LafargeHolcim Maroc a organisé en avant-première à la presse une visite de sa nouvelle cimenterie Agadir-Souss. Finalisée au cours de l’année 2021, la commercialisation a débuté en fin d’année dernière.

Cette cimenterie est la 7e du groupe. Elle dispose d’une capacité de production de 1,6 MT/an et a représenté un investissement de 3 MMDH. Elle a créé plus de 200 emplois directs dont 50% provenant de la région de Souss.

L’un des principaux objectifs de la nouvelle usine du groupe est, à moyen-long termes, d’accompagner le développement des régions du sud. Elle permettra également au leader du marché de gagner des parts de marché face à son concurrent et numéro deux, Ciments du Maroc, historiquement implanté dans les régions du sud, alors que Lafarge est principalement situé dans la moitié nord du pays. L’usine est également équipée de nombreuses infrastructures techniques à haut niveau de technologie qui permettent d’optimiser les processus de production notamment dans le processus de production de clinker.

Mais il faut noter que cette inauguration intervient dans un contexte sectoriel compliqué et tendu en proie à un gel de la demande nationale et à une inflation qui pèse sur les marges.

Une baisse de la demande attendue cette année

En effet, une croissance molle est attendue cette année chez les cimentiers en raison, notamment, de l’atonie sur le secteur immobilier. A rappeler qu’à fin mai, l’Association Professionnelle des Cimentiers (APC) a annoncé une baisse de 3% de la consommation de ciment par rapport à la même période en 2021 à 5,27 MT.

En effet, 70% des ventes de ciments sont destinées au secteur immobilier. Celui-ci étant dans le brouillard, un tassement de la demande des promoteurs est observé. Sur le sujet, un analyste de la place nous confiait au début du mois de juin : « nous ne savons pas dans quelles mesures ces reports seront importants ou pas et du coup, nous devrions observer une année stable par rapport à l’année dernière ou alors en légère hausse comprise entre 0% et 2% ». En 2021, la demande de ciments avait bondi de près de 15% par rapport à 2020.

LafargeHolcim Maroc a affiché un chiffre d’affaires de 2.077 MDH au premier trimestre 2022, en hausse de 8,1% par rapport à la même période en 2021. Cette hausse intervient « dans un contexte de forte d’inflation et d’augmentation des ventes de clinker » expliquait le groupe dans son communiqué des résultats trimestriels.

Mais il faudra attendre les résultats semestriels du groupe pour clairement observer l’impact de la conjoncture actuelle sur la rentabilité.

Une rentabilité qui sera érodée cette année par la flambée du petcoke

L’inauguration a été l’occasion de rencontrer une partie du top management du groupe qui a pu livrer ses perspectives et anticipations sur cette année 2022 particulière. Si le groupe grignotera des parts de marché à son concurrent direct dans la région, ses marges seront rognées cette année par différents éléments.

Premièrement, la forte hausse des cours du petcoke (coke de pétrole, ndlr) utilisée en tant que combustible. La hausse avait déjà commencé à se matérialiser durant le second semestre 2021, mais a été largement catalysée par la guerre en Ukraine et la flambée des cours du baril de Brent. Le groupe commencera à utiliser des combustibles alternatifs à partir de 2024 pour tendre à être moins dépendant de ces fluctuations.

Dans un second temps, cette construction de l’usine d’Agadir provoquera mécaniquement une baisse des économies d’échelle réalisée par le groupe du fait que l’usine ne tourne pas encore à pleine capacité. A ce sujet, durant la visite, Mohamed Kharraki, directeur de l’usine Agadir-Souss a expliqué que « sur l’activité clinker, l’usine tourne à hauteur de 60% de ses capacités, nous avons même commencé les exportations. Concernant le ciment, c’est beaucoup plus bas, mais nous le savions depuis le départ. L’évolution de ce taux d’utilisation dépendra du marché et de la demande ». Car il faut noter que l’industrie cimentière est déjà en surcapacité de production. In fine, l’offre ne fournit que ce dont la demande a besoin.

Durant la visite de la cimenterie, le directeur de projet, Abderrazak Gharib a expliqué que le groupe n’avait pas répercuté la totalité de la hausse des coûts de production sur le prix de vente. Ce qui résultera par une baisse des marges cette année. Cependant, « la décélération de l’économie observée depuis le début de l’année a été prise en compte dans les prévisions et les budgets internes, ce qui fait que nous savons très bien où nous allons. Nous nous adaptons à l’activité économique de manière générale » souligne Abderrazak Gharib.

L’exportation et l’amélioration des process industriels compenseront partiellement le retrait des marges

Le groupe a notamment pu améliorer ses exportations grâce à la nouvelle usine. Les exportations concernant uniquement le clinker, car le ciment n’est que très difficilement voire pas exportable.

Le groupe a déjà effectué un envoi par bateau de 4000 tonnes de clinker vers la Guinée en avril dernier. Un second sera normalement envoyé dans les semaines à venir. Abderrazak Gharib explique l’opportunité de l’export pour le groupe : « L’export est une opportunité d’atténuer cela. En Afrique de l’ouest, il n’y a pas de gisement de calcaire, cette roche blanche que l’on trouve partout au Maroc. Si l’on n’a pas de calcaire, on ne peut pas faire de clinker. C’est un grand marché et il y a une vraie demande sur ce segment ».

Pour limiter en partie la dégradation de ses marges, le groupe bénéficie dans cette nouvelle usine fortement équipée en technologie, d’un outil industriel de pointe qui permet de contrôler la production en temps réel. Cela permet in fine, de mieux gérer l’aspect de la sécurité sur le site, de la production et des ajustements nécessaires pour son optimisation. Un processus industriel qui portera ses fruits à moyen terme. Aujourd’hui, sachant que l’usine ne tourne pas à son rythme de croisière, l’efficacité en termes de gain de coûts de production n’est pas encore chiffrée.

Le centre de contrôle de l’usine LafargeHolcim Maroc présenté par Mohamed Kharraki (à droite), directeur de l’usine Agadir-Souss.

>>> Lire aussi : Cimentiers : croissance molle et baisse de la profitabilité attendue cette année

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