Assurance. Livre IV déposé, SBR attendue et IA en supervision : le secteur accélère sa transformation

Assurance Maroc, ACAPS, FMA, Mohamed Hassan Bensalah, Code des assurances, Livre IV, SBR, solvabilité, ORSA, intelligence artificielle, insurtech, réglementationMohamed Hassan Bensalah, président de la FMA, lors du 12ᵉ Rendez-vous de Casablanca de l’Assurance.
Par | Le 15/4/2026 à 16:56
À l’occasion du 12ᵉ Rendez-vous de Casablanca de l’assurance, le secteur a dévoilé plusieurs chantiers structurants : finalisation du Livre IV du Code des assurances, mise en place attendue du cadre de solvabilité basé sur les risques (SBR) d’ici la fin du trimestre et déploiement de solutions digitales. Un ensemble d’évolutions qui traduit l’entrée dans une nouvelle phase de transformation du marché.

Au Maroc, la réforme du Code des assurances franchit une étape décisive. Mohamed Hassan Bensalah, président de la Fédération marocaine de l'assurance (FMA), souligne que "la refonte très attendue du Livre IV du Code des assurances constitue une avancée majeure. Elle témoigne d’une volonté claire : adapter notre cadre aux nouvelles réalités, tout en ouvrant la voie à davantage d’innovation".

Dans le même temps, le chantier entre dans sa phase finale. "Le Livre IV du Code des assurances entre aujourd’hui dans une phase beaucoup plus avancée, puisque tout a été validé et déposé cette semaine chez le secrétariat général du gouvernement", annonce Abderrahim Chaffai, président de l'Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS).

Ce texte vient moderniser un cadre ancien, datant de près d’un quart de siècle. "Il était temps de le moderniser en tenant compte d’un certain nombre d’exigences".

Élaboré en concertation avec l’ensemble des acteurs, il repose sur un consensus. "Ce cadre a été partagé et validé avec l’ensemble des partenaires, que ce soit au niveau de la profession, de la distribution ou encore du ministère des Finances".

Une dynamique solide, mais encore incomplète

Cette réforme intervient dans un contexte de croissance du secteur. "Au cours de la dernière décennie, le secteur a enregistré une progression soutenue, en dépit d’un environnement marqué par des chocs successifs. En 2025, le marché a atteint plus de 66 milliards de dirhams (MMDH)", explique M. Chaffai.

Les prestations suivent la même tendance. "Elles ont atteint près de 76 MMDH". Le secteur joue aussi un rôle financier majeur. "Les placements affectés dépassent 240 MMDH en 2025", confirmant le poids des assureurs comme investisseurs institutionnels.

Mais cette dynamique reste incomplète, car "le taux de pénétration demeure perfectible, révélant des marges importantes en matière d’inclusion et d’élargissement de la couverture".

L’enjeu : élargir l’accès et diversifier les modèles

Le défi devient alors la capacité à traduire ce potentiel en développement effectif. Cela passe d’abord par l’élargissement de l’accès, à travers "la mise en place d’un cadre dédié à la micro-assurance" qui vise à développer "des produits simples et accessibles", avec un élargissement des canaux de distribution.

L’assurance participative s’inscrit dans cette dynamique. "En 2025, les contributions Takaful ont atteint près de 140 millions de dirhams (MDH), en progression de près de 50%, avec une prédominance de l’assurance vie".

En parallèle, des dispositifs structurants sont déjà en place, notamment la couverture des catastrophes, qui garantit "un droit minimal à indemnisation à toute personne présente sur le territoire national".

Une transformation portée par la technologie

Cette évolution s’accompagne d’une transformation des usages. "La digitalisation figure parmi les axes prioritaires, permettant d’améliorer la transparence, l’expérience client et de moderniser les pratiques de supervision".

Les attentes évoluent vers "plus de simplicité, de rapidité et de personnalisation", ajoute M. Chaffai. Dans ce contexte, "l’intelligence artificielle constitue un levier fondamental", avec des opportunités importantes mais nécessitant un encadrement.

Un dispositif est en préparation pour accompagner cette évolution. "La mise en place d’un système digital de contrôle des pratiques commerciales permettra de superviser en continu les ventes en ligne et de détecter automatiquement les pratiques non conformes".

Un renforcement du cadre prudentiel avec la SBR

"Le renforcement du cadre prudentiel constitue un levier essentiel pour accompagner ces évolutions. Le cadre de solvabilité basé sur les risques, qui sera établi d'ici la fin du trimestre, vise à adapter les exigences en capital au profil réel des risques".

"Il repose sur une architecture en trois lignes, couvrant les exigences quantitatives, les exigences qualitatives et les exigences de reporting, ce qui implique un renforcement des exigences en capital, ainsi qu’un pilotage financier plus fin de l’activité, en cohérence avec le profil de chaque entreprise d’assurance".

"Dans la perspective de son entrée en vigueur, ce dispositif fera l’objet d’une montée en maturité des pratiques de gestion des risques et de gouvernance au sein des entreprises d’assurance".

Dans ce prolongement, l’ACAPS accompagne les acteurs du secteur, notamment à travers "le déploiement du dispositif ORSA (Own Risk and Solvency Assessment) et la publication d’orientations en matière d’évaluation des risques et de la solvabilité".

Le cadre de solvabilité basé sur les risques, qui sera établi d'ici la fin du trimestre, vise à adapter les exigences en capital au profil réel des risques

Une nouvelle phase d’incertitude

"Avec le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, nous sommes entrés dans une nouvelle phase d’incertitude", alerte M. Bensalah. "La Banque mondiale a d’ailleurs alerté sur une dégradation sévère des perspectives économiques régionales, dont les effets se font déjà sentir bien au-delà de la zone touchée : hausse des prix de l’énergie, pression sur les coûts de transport, inflation sur les produits de base". Mais derrière ces effets visibles, il y a une réalité plus profonde, une transformation du risque lui-même.

Des risques de guerre difficilement assurables

Dans la plupart des contrats, "les dommages liés à la guerre sont exclus. Non pas par choix, mais parce que ces risques sont, par nature, massifs, simultanés et difficilement mutualisables".

Dans certains secteurs, des couvertures existent déjà. "Le transport maritime, l’aérien ou encore certaines grandes entreprises utilisent des mécanismes spécifiques pour couvrir ce que l’on appelle les “war risks”. Des couvertures complexes, souvent coûteuses et réservées à des acteurs bien identifiés".

"Ce qui nous amène à une question : sommes-nous à l’aube d’une assurance plus géopolitique ?", s'interroge le président de la FMA.

Une mutation profonde du risque

"Les entreprises, les investisseurs, mais aussi les citoyens, sont désormais exposés à des risques qui dépassent largement le cadre traditionnel de l’assurance : risques politiques, risques climatiques, risques cyber et désormais, risques géostratégiques", explique-t-il.

Face à ces évolutions, de nouveaux produits et approches émergent, sans pour autant permettre une couverture généralisée. Ces risques peuvent toucher tout le monde en même temps, remettant en cause le fondement même de notre métier.

"Dans ce contexte, le rôle des États, des réassureurs et des partenariats public-privé devient central. Dans le même temps, le rôle de l’assureur est appelé à évoluer. Nous ne sommes plus uniquement des gestionnaires de sinistres. Nous devenons des acteurs de la résilience économique et sociale".

La technologie comme levier d’inclusion

"Grâce au mobile, l’assurance peut devenir simple, accessible, immédiate. Les fintechs et les insurtechs ne relèvent plus de la tendance, mais d’une réalité tangible, en pleine expansion sur notre continent, comme l’a démontré le dernier GITEX Africa".

La digitalisation doit s’accompagner de pédagogie, de simplicité et surtout de confiance. L’assurance repose sur une promesse essentielle : protéger face à un avenir par nature incertain. Mais cette confiance ne se décrète pas. Elle se construit, notamment à travers un cadre clair, protecteur et propice à l’innovation.

La régulation est un levier clé pour accompagner et accélérer les transformations du secteur. Elle doit protéger les assurés, garantir la solidité des acteurs et permettre l’expérimentation des nouveaux modèles.

Vieillissement et transformation des systèmes de retraite

En Afrique comme ailleurs, une transformation silencieuse est à l’œuvre. "Le vieillissement progressif de la population. L’espérance de vie s’allonge, les équilibres démographiques évoluent et l’équilibre des systèmes de retraite est mis sous pression", alerte M. Bensalah.

À l’international, certains pays ont mis en place des modèles plus inclusifs, combinant solidarité, capitalisation et innovation digitale.

"Au Kenya, des dispositifs de micro-épargne retraite accessibles via le mobile ont permis d’intégrer progressivement des travailleurs informels jusque-là exclus de tout système de protection. En Inde, l’extension du National Pension System aux indépendants et aux travailleurs non organisés illustre la capacité des plateformes digitales à élargir la couverture".

"En Amérique latine, des mécanismes d’épargne automatique ou incitative ont contribué à renforcer durablement la couverture. Ces expériences montrent qu’un autre modèle est possible : plus inclusif, plus flexible, plus proche des réalités. Il s’agit d’un enjeu à la fois économique et social".

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