Après un début d’année marqué par des levées importantes du Trésor et une hausse des taux, le marché obligataire change de rythme. En avril 2026, les adjudications ralentissent nettement : les deux premières séances du mois se soldent sans aucune levée, alors même que la demande dépasse les 3 milliards de DH (MMDH). Lors de l’adjudication du 14 avril 2026, les soumissions atteignent 4,1 MMDH, pour un montant retenu limité à 600 millions de DH, concentré sur les maturités 52 semaines et 5 ans avec des niveaux de taux respectifs autour de 2,46% et 2,85%. Le reste des soumissions ne trouve pas preneur.
Les conditions de financement se détendent progressivement. Sur le marché secondaire, les taux reculent de quelques points de base, autour de -4 pbs selon les dernières observations, alors que le marché primaire reste peu alimenté. Le besoin annoncé pour le mois d’avril se situe entre 2,5 et 3 MMDH, ce qui correspond, à ce stade, à un taux de réalisation compris entre 20% et 24%.
Comment évolue la courbe des taux sur le marché primaire, quels facteurs expliquent cette phase actuelle et quelles implications pour les investisseurs ?
Une sélectivité assumée, portée par un confort de trésorerie élevé
"Le comportement observé sur le primaire traduit clairement un refus du Trésor de payer plus cher. Les montants levés restent très en deçà des volumes demandés, alors même que la liquidité est bien présente. Les niveaux proposés par le marché ne sont retenus qu’à la marge, sur des volumes limités et des maturités ciblées, ce qui confirme une sélection stricte des conditions de financement", explique une source professionnelle contactée par Médias24.
Cette sélectivité s’explique directement par la situation de trésorerie. Le Trésor dispose aujourd’hui d’un niveau de liquidité élevé, ce qui lui permet d’arbitrer ses levées sans contrainte immédiate.
En effet, "le Trésor évite de marquer les taux à la hausse. Celui-ci préfère s’abstenir compte tenu de l’effet des rentrées de la première tranche de l’IS sur sa trésorerie. Autrement dit, le Trésor refuse de valider des niveaux de taux jugés trop élevés et reporte ses levées dans l’attente de conditions plus favorables".
Le lien entre trésorerie et comportement sur le primaire devient central. L’encaissement des acomptes d’IS à fin mars, estimé à 43,5 MMDH, en hausse de 26% en glissement annuel, renforce cette marge de manœuvre. "Le Trésor devrait disposer d’une marge de manœuvre lui permettant de gérer son retour sur le marché primaire sans avoir à subir la pression du marché". Cette situation lui permet de réduire son recours aux adjudications et de privilégier une gestion opportuniste.
D’ailleurs, quant à l’intervention du Trésor sur le marché monétaire, le placement moyen de ses excédents de trésorerie avec prise en pension et à blanc s’est nettement accéléré cette semaine, atteignant un record d’environ une année. Celui-ci s’est établi à plus de 33 MMDH lors de la semaine du 3 au 9 avril 2026 contre 15,2 MMDH une semaine auparavant.
Dans ce contexte, la lecture des adjudications évolue. "Le volume levé ne traduit plus l’appétit des investisseurs, mais le positionnement du Trésor face aux conditions proposées. Les investisseurs continuent d’exiger une prime sur une large partie de la courbe, ce qui maintient un écart entre l’offre et la demande. En réponse, le Trésor ajuste son calendrier et ses volumes, afin de contenir la pression haussière sur les taux".
À court terme, cette situation devrait se maintenir. "Les investisseurs continuent d’exiger une prime plus élevée sur une large partie de la courbe, ce qui incite le Trésor à privilégier une gestion opportuniste et prudente". Dans le même temps, la perspective d’une sortie à l’international au cours du premier semestre 2026 renforce cette flexibilité, en offrant au Trésor une alternative de financement et en limitant la pression sur le marché domestique.
Une détente technique… mais qui reste fragile
La courbe secondaire montre un ajustement des rendements sur l’ensemble des maturités. Les niveaux se situent autour de 2,36% sur le 26 semaines, 2,47% sur le 52 semaines, 2,65% sur le 2 ans et 3,02% sur le 5 ans, avec des replis hebdomadaires pouvant atteindre 4 points de base. Le mouvement reste contenu, mais il concerne une large partie de la courbe.
"Ce que montre aujourd’hui le marché, c’est d’abord un ajustement. Les taux reculent légèrement parce que l’offre se raréfie. Les investisseurs restent présents, avec des besoins de placement réguliers, alors que le Trésor réduit fortement ses levées. Ce décalage suffit à faire baisser les rendements sur le secondaire", souligne notre source.
Mais cette détente ne traduit pas un changement de fond. Les niveaux actuels restent hérités du début d’année, marqué par des tensions géopolitiques et un risque de hausse des prix de l’énergie. Les investisseurs avaient intégré une prime plus élevée pour se couvrir contre ces incertitudes, et une partie de cette prime reste visible dans la courbe.
"Ce qui se joue actuellement, c’est une correction partielle de cette prime. Le contexte se stabilise, le Trésor n’exerce plus de pression sur le marché primaire, et les investisseurs ajustent progressivement leurs exigences. Cette dynamique se retrouve surtout sur les maturités intermédiaires, où la demande est la plus active".
Pour les prochaines séances, la lecture reste un peu claire. Selon notre interlocuteur, "le marché devrait évoluer sur un rythme calme, avec des adjudications limitées et une pression modérée sur les taux. Les investisseurs restent positionnés, mais sans tension particulière, dans un environnement où le Trésor garde la main sur le calendrier et les niveaux".
À court terme, le biais reste plutôt à la détente. "Les rendements peuvent encore s’ajuster légèrement à la baisse, en particulier sur le milieu de courbe, tant que l’offre reste contenue et que le contexte international ne se détériore pas".
"Mais l’équilibre reste sensible. Une variation rapide du pétrole ou un regain de tensions géopolitiques se traduirait immédiatement par un ajustement à la hausse des taux. À l’inverse, un environnement stable prolongerait cette phase plus calme sur les prochaines semaines", conclut-il.
Marché obligataire : les taux repartent à la hausse, le Trésor lève 2,5 MMDH


