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Fonds souverains africains : le point avec Obaïd Amrane (Ithmar Capital)

Le Forum des investisseurs africains souverains vise l'amélioration de l'attractivité de l'investissement sur le continent, et la mobilisation de capitaux internationaux au profit de projets structurants. Retour sur cette initiative de Ithmar Capital, avec son directeur général, Obaïd Amrane. ENTRETIEN.

Fonds souverains africains : le point avec Obaïd Amrane (Ithmar Capital)

Le 24 juin 2022 à 14h45

Modifié 25 juin 2022 à 9h15

Le Forum des investisseurs africains souverains vise l'amélioration de l'attractivité de l'investissement sur le continent, et la mobilisation de capitaux internationaux au profit de projets structurants. Retour sur cette initiative de Ithmar Capital, avec son directeur général, Obaïd Amrane. ENTRETIEN.

Sous l’impulsion de Ithmar Capital, un réseau de fonds souverains africains a vu le jour ce 20 juin. L’Africa Sovereign Investors Forum (ASIF) regroupe les fonds souverains de dix pays africains, dont le PIB cumulé représente 55% du PIB du continent. L’Egypte, le Gabon, le Ghana, l’Afrique du sud, le Maroc, le Nigeria, le Rwanda, le Sénégal, l’Angola, Djibouti se sont réunis pour agir de concert au profit du développement et de la croissance du continent.

Le contexte de crise et les besoins de développement de l’Afrique sont à la fois des défis et des opportunités qu’il est nécessaire de saisir. Pour ce faire, il faut mobiliser les moyens nécessaire. Attirer les capitaux, individuellement, peut s’avérer difficile. Agir collectivement rend l’investissement sur le continent plus attractif, et accélère de fait la mobilisation de capitaux internationaux au profit de projets structurants. C’est pourquoi Obaïd Amrane, directeur général de Ithmar Capital, estime que « la collaboration entre fonds souverains africains est cruciale ».

L’initiative est soutenue par la BAD et Africa50, qui ont signé une lettre d’intention, à travers laquelle ils expriment leur volonté de développer conjointement des projets d’infrastructures vertes et résilientes au changement climatique dans toute l’Afrique.

Fédérer autant d’entités et d’institutions autour d’un objectif de développement continental est « historique » pour reprendre les termes de l’ex-Premier ministre du Mali, Moussa Mara. Intervenant au cours de l’évènement à Rabat, il qualifie cette initiative de « première ».

« Pour la première fois, à ma connaissance, sur le continent, on essaye de mettre ensemble des capacités de financement, à la confluence entre le public et les méthodes de management privé que sont les fonds souverains pour soutenir les infrastructures, pour soutenir le développement du continent. Donc, c’est vraiment historique, et c’est à mettre au même niveau que les initiatives comme le NEPAD, ou même encore plus loin, que l’initiative de Lagos au début des années 1980 », souligne Moussa Mara.

Dans cet entretien accordé à Médias24, le directeur général de Ithmar Capital revient en détail sur les objectifs, les ambitions et les priorités d’ASIF.

Le PIB combiné des pays membres d’ASIF s’élève à près de 1.400 milliards de dollars, soit environ 55% du PIB total du continent.

– Médias24 : Nous assistons à la naissance d’un réseau regroupant d’importants fonds souverains africains. Pourquoi une telle initiative et en quoi est-il important de fédérer les fonds souverains africains ?

– Obaïd Amrane : Il faut commencer par préciser que les fonds souverains en Afrique ont un mandat spécifique. À la différence des fonds souverains qui cherchent à déployer du capital provenant de surplus commerciaux ou de revenus de vente des matières premières ou des hydrocarbures, le plus souvent les fonds africains prennent la forme de fonds stratégiques de développement qui cherchent à mobiliser les capitaux internationaux, en essayant de maximiser l’effet de levier sur le capital public qu’ils investissent dans des projets stratégiques répondant à leurs intérêts nationaux.

À ce titre, la collaboration entre fonds souverains africains est cruciale. En effet, les investisseurs internationaux ne considèrent les opportunités que si celles-ci dépassent une certaine taille et répondent à des logiques de portefeuilles et de diversification des risques géographiques, souvent difficiles à atteindre par un projet unique et/ou national.

De plus, ces investisseurs ont des critères d’investissement qui imposent de plus en plus que les projets soient préparés selon les meilleurs standards internationaux, notamment en termes de structuration juridique et financière et de normes ESG. C’est avec l’ambition d’adresser ces enjeux et en application des hautes directives royales relatives à l’Afrique que Ithmar Capital a initié ASIF avec ses pairs sur le reste du continent.

Cette initiative permet également de bénéficier des expériences des uns et des autres et de devenir plus audible auprès des investisseurs internationaux, notamment via des projets transformationnels et régionaux.

Les fonds souverains viennent compléter les dispositifs publics de développement en mobilisant les capitaux, et surtout les fonds propres si rares.

– Combien pèsent les fonds qui se sont réunis à Rabat ? En fonds propres ? En investissements en cours ?

– En termes de chiffres, la taille des économies des pays membres est un bon indicateur. Le PIB combiné des pays membres d’ASIF s’élève à près de 1.400 milliards de dollars (soit environ 55% du PIB total du continent).

Toutefois, il faudrait approcher cette question en tenant compte du fait que les membres d’ASIF sont tous des investisseurs souverains, dont le mandat est d’investir pour les générations futures en agissant en tiers de confiance et comme investisseur patient.

Ce n’est pas tant les actifs sous gestion, mais plutôt la capacité de ces fonds à mobiliser du capital en injectant un ticket, souvent minoritaire. Qu’entendons-nous par là ?

De manière synthétique, pour chaque unité investie par un de ces fonds en fonds propres, deux, trois, parfois quatre unités sont mobilisées auprès des investisseurs privés, premier effet de levier auquel s’ajoute le levier financier de l’endettement pour boucler le financement des projets, deuxième effet de levier.

Avec de telles démarches empruntées à la sphère privée et aux marchés financiers en particulier, les fonds souverains viennent compléter les dispositifs publics de développement en mobilisant les capitaux, et surtout les fonds propres si rares dans les économies en développement, en particulier pendant les périodes de crise ou de perturbation de l’économie. Assurant ainsi une fonction contre-cyclique des plus élaborée.

Les fonds souverains contribuent ainsi, de par leurs missions, à l’émergence et au développement de l’industrie de l’investissement prônée par Sa Majesté le Roi dans son message, afin de garantir une mobilisation massive et pérenne de capitaux et d’assurer une intégration effective aux marchés financiers.

– La logique voudrait que les fonds africains regroupés au sein d’ASIF investissent aussi les uns chez les autres sur le continent, et échangent les savoir-faire pour les montages, l’attractivité, la vision stratégique. Vous inscrivez-vous dans cette logique ?  

– Tout à fait, nous nous inscrivons clairement dans cette logique. Elle est même parmi les raisons derrière la structuration d’ASIF. L’initiative vise à encourager les projets transnationaux, mais aussi les projets à l’échelle d’un pays uniquement et qui peuvent être répliqués dans d’autres pour capitaliser sur les expériences des uns et des autres.

– Quelles sont les priorités de l’Afrique dans le domaine de l’investissement ?

– En termes de secteurs, l’accord signé entre les membres identifie des secteurs prioritaires dans lesquels les besoins sur le continent sont importants, à savoir la connectivité à travers les corridors et les hubs physiques et numériques, ainsi que les souverainetés alimentaires, sanitaires et énergétiques.

D’autres thématiques cruciales pour le continent ont également été identifiées telles que le changement climatique, l’urbanisation ou encore l’intégration régionale.

Autant de sujets prioritaires s’agissant des opportunités sans équivalent qu’offrent les secteurs de l’économie verte, de l’économie bleue et du numérique dans notre continent, comme souligné par Sa Majesté le Roi dans son message.

– Le lancement d’ASIF a également été marqué par une signature avec la Banque africaine de développement et Africa50. De plus, des fonds des pays du Golfe étaient présents à l’événement. En quoi ces signatures sont-elles importantes ? Et qu’apporte ce soutien à une initiative telle qu’ASIF ?

– Ce sont des soutiens de taille, et une marque de confiance envers ASIF et ses membres. La lettre d’intention qui a été signée avec la BAD et Africa50 est une étape importante pour mettre en place une coopération multilatérale répondant aux besoins de financement des projets en Afrique.

Ce partenariat tripartite couvre les dimensions qui font le plus souvent défaut à l’afflux des investissements, à savoir l’identification et la préparation de projets, la mobilisation de capitaux, mais aussi la coopération pour le développement des compétences et expertises.

L’engagement de trois fonds souverains majeurs du Koweït et des Émirats arabes unis à travers la Déclaration de Rabat est l’illustration, s’il en fallait, de l’intérêt que portent les fonds souverains des pays du Golfe aux opportunités d’investissement du continent africain, et de la capacité d’une démarche comme celle d’ASIF à les faire émerger.

On peut dire qu’ASIF a été considéré comme un catalyseur d’opportunités et un accélérateur de projets d’infrastructure répondant aux normes des investisseurs et des marchés des capitaux internationaux. C’est une belle concrétisation pour une plateforme nouvellement lancée.

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