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Neila Tazi : « Mener une bataille culturelle, c’est gagner une bataille politique (Gramsci) »

Quelques jours avant le coup d’envoi du Gnaoua Festival Tour, prévu du 3 au 24 juin, sa présidente Neila Tazi revient sur les raisons de ce format différent, les difficultés de son financement et la question de la pérennité des prochains festivals Gnaoua et Musiques du monde, vingt-quatre ans après leur création.

Neila Tazi : « Mener une bataille culturelle, c’est gagner une bataille politique (Gramsci) »

Le 30 mai 2022 à 16h56

Modifié 30 mai 2022 à 20h07

Quelques jours avant le coup d’envoi du Gnaoua Festival Tour, prévu du 3 au 24 juin, sa présidente Neila Tazi revient sur les raisons de ce format différent, les difficultés de son financement et la question de la pérennité des prochains festivals Gnaoua et Musiques du monde, vingt-quatre ans après leur création.

Après deux années d’interruption liée à la crise sanitaire, le festival annuel Gnaoua et Musiques du monde, qui se tenait traditionnellement à Essaouira depuis 1998, prendra la forme d’une fête itinérante qui aura lieu à Essaouira, Marrakech, Casablanca puis Rabat, pendant trois semaines à partir du 3 juin prochain.

« Un format intermédiaire en attendant 2023 »

Sollicitée par Médias24, Neila Tazi explique que le contexte post-crise a temporairement imposé aux organisateurs un format différent de celui organisé depuis la naissance du festival.

« Sachant que la vie culturelle commence à peine à retrouver une forme de normalité, nous n’avions ni le temps d’organiser le format habituel, ni la possibilité de réunir les moyens suffisants et nécessaires pour le financer, et encore moins les mêmes délais qu’auparavant pour la programmation musicale, et le volet relatif au forum des Droits de l’Homme que nous avons lancé en 2012 et auquel ont participé plus de 160 intervenants nationaux et internationaux », ajoute-t-elle.

« Un festival itinérant organisé en seulement trois mois »

« Si les restrictions sanitaires et les délais trop courts n’ont pas permis d’organiser un festival selon la formule habituelle, l’inscription des Gnaoua au patrimoine immatériel de l’Unesco en 2019, soit trois mois avant le début de la pandémie, nous a poussés à refuser l’idée d’une troisième année blanche après 2020 et 2021. »

« Ainsi, alors que nous aurions pu faire l’impasse pour la troisième année consécutive, nous avons opté pour un format intermédiaire en attendant le retour à une édition normale prévue pour 2023. »

« Partant de là, nous avons décidé d’aller dans les villes des Gnaoua afin de sensibiliser le public marocain sur le fait que leur culture se trouve aussi dans d’autres grandes villes du Maroc, et que ce patrimoine est le nôtre à tous », poursuit Neila Tazi, précisant qu’il a fallu « moins de trois mois pour organiser l’édition actuelle du festival ».

« Un délai extrêmement court pour trouver des artistes internationaux disponibles et, surtout, qui répondent aux exigences artistiques de ce festival, à savoir la fusion ! »

« Ce n’est qu’après la réouverture des frontières aériennes, soit le 7 février, que nous avons enfin pu approcher des artistes internationaux, dont l’agenda de réservation requiert habituellement de s’y prendre tôt, voire plus d’un an à l’avance. »

« De plus, nous avons dû gérer le fait qu’ils étaient très sollicités après deux années de crise et qu’il était difficile, voire impossible, de les booker en même temps que des pays qui ont rouvert leurs frontières et repris leurs activités culturelles bien avant nous. »

Sur une éventuelle hausse du cachet des artistes, Neila Tazi rappelle que le choix de la gratuité de ce « festival pionnier et pas comme les autres » les pousse à fournir des efforts sur le plan financier.

« Après deux ans de crise, les sponsors ne se sont pas bousculés au portillon »

Questionnée sur les difficultés rencontrées, Neila Tazi explique qu’il a été très compliqué d’organiser cette tournée – qui réunit 150 artistes et 30 concerts sur quatre villes – dans un délai aussi court, alors que cela nécessite habituellement une année de travail.

« Il a été beaucoup plus difficile, par rapport aux années précédentes, de trouver des sponsors. Je tiens à remercier ceux qui sont restés fidèles et sans qui rien n’aurait été possible (CIH, Les Eaux minérales d’Oulmès, Groupe Accor, les Collectivités territoriales, le ministère de la Culture, l’Office national marocain du tourisme, Richbond, la province d’Essaouria et Orange, entre autres). »

« Un budget de 11 millions de dirhams à peine suffisant »

« Si nous serons finalement en mesure de réunir 11 millions de dirhams pour financer cette édition itinérante, il a cependant fallu faire beaucoup de sacrifices pour équilibrer notre budget, qui dépasse évidemment ce montant », précise Neila Tazi.

« Pour vous donner une idée de la différence, un festival normal nécessite 15 millions de dirhams minimum, alors qu’en réalité, un événement de cette envergure en requiert 20 millions pour être en cohérence avec ses ambitions internationales dans un contexte de plus en plus compétitif », avance Neila Tazi. Les événements culturels comme le festival Gnaoua « doivent être institutionnalisés à l’avenir pour ne plus reposer sur le choix d’une personne de prendre tous les risques ».

Citant le philosophe italien Antonio Gramsci, Neila Tazi ajoute : « Mener une bataille culturelle, c’est gagner une bataille politique. Pourtant, vingt-quatre ans après, la bataille continue. »

Optimiste sur l’engagement financier des acteurs publics et privés pour la 23e édition, la présidente conclut en annonçant que le festival reviendra sous sa forme habituelle dès l’année prochaine.

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