Doukkala-Abda : légère baisse attendue de la production de betterave sucrière
La baisse du nombre d’agriculteurs, la hausse des prix des engrais azotés et la pénurie d’eau pourraient avoir un impact négatif sur la production de betterave sucrière dans la région Doukkala-Abda.
La campagne d’arrachage de la betterave sucrière à Doukkala-Abda, l’une des principales régions productrices de betterave du pays, a été lancée samedi 21 mai pour une durée de deux mois. La superficie cultivée est de 12.840 ha, répartis sur 3.444 parcelles.
La production prévisionnelle est de 960.000 tonnes, soit près de 75 T/ha. Mais plusieurs éléments pourraient conduire à une baisse de la production en comparaison aux prévisions, dont la diminution du nombre d’agriculteurs.
Considérée comme le grenier du Maroc, la région Doukkala-Abda a fait de la betterave sucrière une culture stratégique. "Mais par rapport à l’année dernière, 300 agriculteurs ont délaissé la betterave au profit du pois chiche et des fèves", nous explique un acteur de la culture de ce légume-racine essentiel dans la production de sucre.
Flambée du prix de l’urée 46
En plus d’une rentabilité en berne, la hausse du prix des engrais azotés explique en grande partie ce changement de cap opéré par certains agriculteurs de la région Doukkala-Abda. "Depuis le début de la pandémie et des restrictions sanitaires, le prix des engrais azotés a continuellement augmenté", explique notre source. "La guerre entre la Russie et l’Ukraine n’a fait qu’aggraver la situation", ajoute-t-elle.
Entre mars 2021 et mars 2022, le prix de l’urée 46 a en effet connu une hausse de 225% sur le marché mondial. Le Maroc n’a pas été épargné. "Le prix de l’urée 46 a quasiment atteint les 1.500 DH par quintal contre 450 DH avant la pandémie", selon notre interlocuteur.
"Les agriculteurs sous contrat avec la Cosumar, société spécialisée dans l’extraction, le raffinage et le conditionnement du sucre, ont pu l’obtenir à 900 DH", précise-t-il.
L’importance de l’urée 46, un engrais azoté sous forme organique, tient dans sa capacité à améliorer la qualité du sol, à fournir de l’azote aux plantes et à accroître leur rendement. "Idéalement, il faudrait 6 quintaux d’urée 46 à l’hectare pour que la betterave sucrière ait un bon rendement. Mais à cause de la hausse des prix, la majorité des agriculteurs n’ont utilisé que 2 quintaux par hectare, au risque d’avoir un faible tonnage."
Condensation des cultures
Pour faire face à la diminution du nombre d’agriculteurs, à la hausse du prix de l’azote et à sa sous-utilisation, ainsi qu’à la pénurie d’eau, la Cosumar a mis en place un système basé sur la technique de la condensation des cultures. "Elle consiste à augmenter le peuplement par hectare, diminuant ainsi l’espacement entre les plantes afin de réduire les pertes en tonnage à hauteur de 20%", assure notre source.
Enfin, l’un des rares motifs de satisfaction réside dans le taux de sucre, qui sera élevé lors de cette campagne, de l’ordre de 18% contre 17% et 16% respectivement en 2020 et 2021. "La pénurie d’eau a tout de même eu un effet positif sur la betterave sucrière. Le stress ressenti par la plante lui a permis de sécréter une plus grande quantité de sucre", conclut notre interlocuteur.
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