Maintenance Aero Maroc, l'histoire du premier né de l'industrie de la défense marocaine
ROUNDUP. En tant que partenaire important du Maroc, autant dans l'aviation civile que militaire, Sabca à travers son groupe mère Blueberry franchit une nouvelle étape, cette fois-ci en tant que premier investisseur privé dans l'industrie de la défense marocaine, aux côtés du géant américain Lockheed Martin.
La Joint-Venture (JV) entre le Maroc, le groupe belge Blueberry et le groupe américain Lockheed Martin vient de donner lieu à la première opération d’investissement privé dans le secteur de l’industrie militaire à l’ère du nouveau cadre législatif mis en place dans ce but.
La volonté de Sabca et Sabena Aerospace, réunis au sein du groupe Blueberry depuis 2020, d’investir dans la maintenance, la réparation et la mise à niveau (MRO&U) des avions militaires a été exprimée depuis l’année 2018, à travers un mémorandum d’entente.
A cette époque, les deux sociétés ciblaient, principalement, le célèbre avion de transport militaire C-130 Hercules qui fait l’objet d’une autorisation octroyée par Lockheed à Sabena pour en assurer les services de maintenance depuis 1977. Néanmoins, elles prévoyaient déjà dans une seconde phase de s’attaquer aux F-16, Alphajet, Mirage F1 et Agusta A-109.
Un an après, une société anonyme dénommée Sabena Aerospace a été créée par Sabena Aerospace Engineering. Juste après, elle a changé de dénomination pour devenir Maintenance Aero Maroc (MAM). Depuis, elle est restée inactive, sauf qu’en 2021 elle a changé de dirigeants. Aujourd’hui, son PDG et président du conseil d’administration est Vincent Francis Daniel Monborgne, et le directeur Gautier Hucorne.
Sabca, qui fait désormais partie du groupe Blueberry, est présente pour sa part au Maroc depuis 2012 à travers sa filiale Sabca Maroc qui produit des assemblages pour les avions Airbus et Dassault Aviation. C’est aussi elle qui s’est chargée de la modernisation des flottes du Mirage F1 et Alphajet des Forces Royales Air (FRA).
En août 2021, Sabca Maroc et Pilatus Aircraft ont signé un contrat pour que l’aérostructure de l’avion d'affaire Pilatus PC-12 soit montée à Casablanca par Sabca Maroc. Il s’agit d’un investissement de 180 millions de dirhams pour la construction d’une nouvelle usine de 16.000 m2 à Nouaceur, qui assurera l’assemblage du fuselage, ailes et commandes de vol y compris l’installation électrique du câblage de l’aéronef.
Après l’annonce cette semaine de cette joint-venture tripartite, il n’est pas encore clair dans quelle mesure l’Etat marocain et/ou Lockheed Martin feront leur entrée dans le capital de MAM. Dans tous les cas, la gestion de cette JV reste du ressort du groupe Blueberry.
Une première après l'entrée en vigueur du nouveau cadre législatif relatif à l'industrie de la défense
Contacté par Médias24, Abdelhamid Harifi, expert militaire, estime pour sa part que l’investissement sera porté par le Maroc et Lockheed Martin, alors que les Belges pourraient n’assurer que la gestion sans apparaître dans le capital pour des causes politiques.
Par ailleurs, il dénombre les multiples avantages de cet investissement qu’il considère comme étant le premier de son genre dans le cadre de la nouvelle loi qui régit l’industrie de la défense au Maroc.
Il est vrai que Sabca a déjà procédé en 2006 à la mise à niveau localement des Mirages F1 et Alphajet marocains, mais c’était une opération momentanée qui a eu lieu chez les FRA à Meknès. Par contre, cette JV marque une volonté d’avoir une structure permanente qui, d’autant plus, comporte des capitaux privés dans l’industrie militaire marocaine, explique-t-il.
Ainsi, ce centre de maintenance sera dédié aux avions F-16 et aux C-130, ainsi que d’autres hélicoptères d’origine américaine, affirme-t-il. Actuellement, leur maintenance se fait soit localement chez les FRA, soit chez les forces aériennes des pays amis.
D’autre part, cette JV confirme que le processus de modernisation des F-16 en service actuellement chez les FRA se fera localement, comme annoncé auparavant. Il s’agit de technologies sophistiquées, notamment l’installation de nouveaux systèmes d’armes, de nouveaux systèmes électroniques et la modernisation de la motorisation.
En effet, l’importance d’un tel partenariat réside aussi dans l’aspect relatif au transfert de technologie qui va permettre au Maroc de bâtir petit à petit les bases pour une industrie de défense locale. C’est également l’occasion de renforcer le capital humain en la matière à travers un transfert de compétences.
Un autre intérêt à cet investissement est de maintenir un niveau de disponibilité élevé de l’aviation militaire marocaine, car la bête noire de toute force aérienne est d’avoir des appareils cloués au sol ou en maintenance à l’étranger. Il est important pour une armée de l’air de pouvoir mobiliser aussi rapidement que possible ses avions.
Avoir ce genre d’installation au Maroc donnera certainement plus de maîtrise au Maroc sur la capacité de mobilisation de ses appareils. Aujourd’hui, le Maroc dispose d’une vingtaine de C-130, pour leur entretien, ils sont dispersés sur plusieurs pays entre le Maroc, la Jordanie, la France et la Roumanie.
Cette nouvelle unité servira également comme hub de maintenance dans la région, notamment pour les C-130 qui sont détenus par la Tunisie et par plusieurs autres pays africains.
Abdelhamid Harifi pense également que cette évolution fait partie des prérequis pour bâtir une plateforme industrielle militaire à plus long terme. Cette dernière va également bénéficier des écosystèmes de l’aéronautique civile et de l’automobile que le Maroc a développés durant les deux dernières décennies.
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