img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Football

Équipementier : pourquoi le Maroc peut réclamer beaucoup plus à Puma

Signé en 2019, le partenariat entre la FRMF et Puma ne correspond plus au nouveau poids des Lions de l’Atlas dans le football continental et mondial. Entre le parcours historique au Mondial 2022, la place du Maroc dans le Top 10 mondial, le sacre continental et la perspective de 2030, la sélection nationale a changé de dimension. Puma paie-t-il encore le Maroc à sa juste valeur ?

Équipementier : pourquoi le Maroc peut réclamer beaucoup plus à Puma
Par
Le 8 juillet 2026 à 18h38 | Modifié 8 juillet 2026 à 18h48

Sur le terrain, les joueurs défendent les couleurs de leurs pays. En dehors, les équipementiers défendent leurs parts de marché. La Coupe du monde constitue la plus grande vitrine commerciale du football mondial. Des milliards de téléspectateurs, des millions de maillots vendus et une exposition médiatique inégalée permettent aux marques de transformer chaque rencontre en campagne publicitaire planétaire.

Pour le Maroc, cette équation a changé d’échelle. Le contrat signé en 2019 avec Puma correspondait à une sélection encore installée dans le ventre mou du classement FIFA et à une valeur marketing relativement limitée. Depuis le Mondial 2022, la donne n’est plus la même. Demi-finaliste au Qatar, quart-de-finaliste en 2026, champion d’Afrique et futur coorganisateur de la Coupe du monde 2030, le Maroc dispose désormais d’un statut sportif, médiatique et commercial qui rend les anciens équilibres contractuels difficilement tenables. Dans ce nouveau contexte, la question n’est plus seulement celle du choix de l’équipementier, mais celle d’une nécessaire revalorisation du partenariat.

Une domination qui se joue par les sélections nationales

Les trois principaux acteurs ont adopté des stratégies différentes. Adidas reste le partenaire historique de la Fédération internationale de football (FIFA) et équipe certaines des nations les plus prestigieuses, comme l’Allemagne, l’Argentine ou encore l’Espagne. La marque allemande mise sur son héritage dans le football et son statut de fournisseur officiel du ballon de la compétition.

Nike, de son côté, possède le plus vaste portefeuille de sélections nationales. L'entreprise américaine mise sur des équipes très médiatiques, comme la France, le Portugal, le Brésil ou encore l’Angleterre, ainsi que sur des vedettes mondiales capables de vendre des millions de maillots.

Puma, troisième acteur du marché, concentre davantage sa stratégie sur des sélections africaines, latino-américaines et européennes émergentes. Le Maroc, l’Égypte, le Paraguay, la Suisse ou encore la République tchèque figurent parmi ses principales vitrines lors du tournoi. Mais le cas marocain a désormais changé de catégorie. Longtemps perçu comme un pari de croissance, il s’apparente aujourd’hui à un actif footballistique de premier plan.

La technologie comme argument commercial

Chaque édition de la Coupe du monde devient un laboratoire d’innovation. Les fabricants cherchent à produire des maillots toujours plus légers, respirants et fabriqués à partir de matériaux recyclés. Pour l’édition 2026, Adidas met en avant sa technologie HEAT.RDY, destinée à améliorer la régulation thermique des joueurs.

Nike développe la technologie Dri-FIT ADV, censée optimiser l’évacuation de la transpiration tout en réduisant le poids des équipements.

Puma, de son côté, mise sur la technologie ULTRAWEAVE Thermoadapt, conçue pour proposer l’un des maillots les plus légers jamais produits par la marque.

Mais cette recherche d’allègement comporte aussi des risques. Depuis le début de la Coupe du monde 2026, plusieurs rencontres ont été marquées par des déchirures spectaculaires des maillots Puma. Les incidents ont notamment concerné des joueurs du Maroc, suscitant de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux et dans les médias spécialisés, et portant atteinte à la réputation de l’équipementier.

Équipementier : pourquoi le Maroc peut réclamer beaucoup plus à Puma

Cette fragilité pourrait être liée à l’extrême finesse du tissu utilisé. À ce jour, Puma n’a toutefois publié aucun communiqué reconnaissant un défaut de fabrication ou annonçant une enquête officielle sur ces incidents.

La situation rappelle un précédent datant de l’Euro 2016, lorsque plusieurs maillots de la Suisse, déjà fournis par Puma, s’étaient déchirés pendant un match face à la France. À l’époque, la marque avait attribué le problème à un lot de tissu défectueux fourni par un sous-traitant.

Un contrat signé dans un autre contexte

Pour illustrer la lutte d’influence entre équipementiers, le cas de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) et de son partenariat avec Puma constitue un exemple significatif de la manière dont les performances sportives d’une sélection nationale redéfinissent sa valeur marchande.

Bien que les détails financiers du contrat entre la FRMF et Puma n’aient jamais été officiellement publiés, la fédération avait indiqué à l’époque que ce nouvel accord représentait plus du double de l’engagement précédent avec Adidas. Sur la base d’informations relayées par les médias marocains, les estimations du contrat signé en 2019 s’établissaient ainsi :

- Montant fixe annuel : environ 1,5 million d’euros, soit 16 à 17 millions de dirhams selon le cours de l’époque.

Primes à la performance :

- 1 million d’euros en cas de qualification pour la Coupe du monde 2022.

- 1 million d’euros en cas de victoire à la Coupe d’Afrique des nations (CAN).

- Dotation en équipements : prise en charge complète des besoins de toutes les sélections nationales (A, équipes de jeunes, sélections féminines), du staff technique et des arbitres affiliés.

En intégrant la valeur de ces équipements fournis gratuitement, la valeur économique globale du partenariat sur une durée de quatre à six ans était alors estimée dans une fourchette de 12 à 18 millions d’euros.

En 2019, la sélection marocaine occupait la 40e place du classement FIFA, sortait d’une phase finale de CAN en deçà des attentes et disposait d’une notoriété commerciale encore modérée à l’échelle internationale.

C’est précisément ce décalage qui fonde aujourd’hui la nécessité d’une renégociation. Le contexte actuel s’est profondément transformé. Le Maroc présente désormais un profil nettement plus attractif pour les marques :

- Une présence dans le Top 10 mondial, avec une 6e place au classement FIFA ;

- Un parcours historique de demi-finaliste lors du Mondial 2022 et de quart-de-finaliste lors du Mondial 2026 ;

- Le statut de pays organisateur et champion de la CAN 2025, ainsi que de coorganisateur de la Coupe du monde 2030 ;

- Une dynamique importante en termes de ventes de maillots et d’engagement sur les plateformes numériques.

Pourquoi le nouveau contexte impose une revalorisation

Au vu des récents standards du marché, les différentes composantes d’un éventuel nouveau contrat pourraient connaître les évolutions suivantes par rapport aux estimations de 2019 :

- Le montant fixe annuel : estimé à 1,5 million d’euros en 2019, il devrait désormais se situer dans une fourchette allant de 6 à 10 millions d’euros au minimum. Un montant de 20 millions d’euros ne serait pas ridicule.

- La prime de qualification pour la Coupe du monde : fixée auparavant à 1 million d’euros, elle pourrait atteindre 2 à 3 millions d’euros.

- Les primes de performance au Mondial : inexistantes dans le contrat initial, des clauses pour un accès en quart de finale, estimées entre 2 et 4 millions d’euros, et en demi-finale, estimées entre 4 et 6 millions d’euros, deviendraient cohérentes avec le statut actuel de l’équipe.

- Le bonus pour un titre à la CAN : initialement de 1 million d’euros, il pourrait être réévalué entre 2 et 3 millions d’euros.

- Les royalties sur les ventes de produits dérivés : initialement limitées, elles pourraient être remplacées par un pourcentage garanti sur l’ensemble des ventes mondiales.

Ainsi, la valeur annuelle totale potentielle du contrat hors dotations d’équipements, qui avoisinait les 2 millions d’euros en 2019, pourrait s’établir dans une fourchette comprise entre 8 et 15 millions d’euros selon les performances sportives réalisées. Selon les comparaisons avec d’autres pays, il pourrait même atteindre ou dépasser 20 millions d’euros par an.

Avec ce nouveau statut, la fédération marocaine dispose d’arguments solides pour introduire des clauses plus exigeantes lors des prochaines négociations contractuelles :

- Revalorisation du fixe : augmentation significative du socle financier garanti, indépendamment des résultats sportifs immédiats.

- Intéressement sur les ventes : obtention d’un pourcentage garanti sur la distribution internationale des produits dérivés des Lions de l’Atlas.

- Sécurisation de la chaîne logistique : clauses de garantie d’approvisionnement afin de prévenir les ruptures de stocks mondiales constatées lors de l’engouement du Mondial 2022.

- Contrôle créatif et qualité : droit de validation renforcé sur le design des collections et exigences accrues sur la qualité technique des textiles, notamment après les retours d’expérience sur la résistance des maillots en 2026.

- Engagement en matière de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et développement : soutien financier ciblé pour le football féminin, les équipes de jeunes et les structures amateurs.

- Soutien marketing global : campagnes promotionnelles d’envergure internationale pilotées par l’équipementier.

L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir si la FRMF restera avec Puma ou ouvrira la porte à Adidas, Nike ou à un autre équipementier. Il est de savoir si le prochain contrat traduira réellement le changement de dimension des Lions de l’Atlas. Cette projection demeure toutefois analytique, aucune démarche officielle de renégociation n’ayant été communiquée à ce jour.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 8 juillet 2026 à 18h38

à lire aussi

Réforme des prix des médicaments : les principales mesures de la version finale du décret
ECONOMIE

Article : Réforme des prix des médicaments : les principales mesures de la version finale du décret

Près d'un an après son annonce au Parlement par le ministre de la Santé, le décret réformant les prix des médicaments est enfin inscrit à l'ordre du jour du Conseil de gouvernement prévu ce jeudi 9 juillet. Voici les principales dispositions de sa version finale.

Mines : les projets de cuivre ouverts à l'investissement par l'ONHYM
Mines

Article : Mines : les projets de cuivre ouverts à l'investissement par l'ONHYM

Le cuivre n'a jamais valu aussi cher, et le Maroc entend en profiter. Autour du modèle de partenariat de l'ONHYM, projets d'exploration et unités industrielles dessinent une chaîne de valeur intégrée, de la mine à la cathode.

École privée, logement, viande rouge : pourquoi les aides publiques peuvent nourrir la hausse des prix
ECONOMIE

Article : École privée, logement, viande rouge : pourquoi les aides publiques peuvent nourrir la hausse des prix

Le crédit d’impôt pour les frais de scolarité proposé par le RNI relance une vieille question de politique économique. Une aide à la consommation améliore-t-elle réellement le pouvoir d’achat ou finit-elle par être absorbée par les prix ? Dans des marchés peu régulés, où l’offre est limitée et où la formation des prix reste opaque, la réponse n’est jamais automatique. L’argent public, censé soutenir les ménages, n’atteint pas toujours pleinement sa cible.

Bourse de Casablanca : le MASI recule de 0,93% le 8 juillet 2026
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI recule de 0,93% le 8 juillet 2026

La Bourse de Casablanca a clôturé la séance du 8 juillet 2026 en baisse. Le MASI a cédé 0,93% à 18.055,63 points, dans un volume global de 2,67 MMDH.

Fonds des justiciables : la Cour des comptes contrôlera enfin les caisses des avocats
DROIT

Article : Fonds des justiciables : la Cour des comptes contrôlera enfin les caisses des avocats

Les caisses des avocats, qui gèrent les fonds déposés par les justiciables auprès des avocats, seront désormais soumis au contrôle de la Cour des comptes, une mesure adoptée après de longs débats au Parlement.

Comptes sur carnet : le taux remonte à 1,82%, quel gain réel pour les épargnants ?
Actus

Article : Comptes sur carnet : le taux remonte à 1,82%, quel gain réel pour les épargnants ?

Après plusieurs semestres de repli, le compte sur carnet redevient un peu plus rémunérateur au second semestre 2026. Mais son mode de calcul, indexé sur les bons du Trésor à 52 semaines, soulève une question : ce relèvement changera-t-il vraiment quelque chose pour les épargnants, une fois l’inflation et la fiscalité prises en compte ?

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité