Agriculture : le projet de sauvegarde de Fès-Saïss accuse un grand retard
La pièce maîtresse de ce projet, le barrage M’Dez, qui doit assurer un prélèvement de 125 millions de mètres cubes d’eau, tarde à être construit.
En ces temps de stress hydrique et de risque de pénurie, il n’est pas utile de rappeler le cas de la plaine de Fès-Saïss. Celle-ci devait bénéficier de l’apport d’un nouveau barrage... et elle attend toujours.
Selon les prévisions les plus optimistes, le barrage M’Dez qui devait être opérationnel en 2019 ne sera pas achevé avant fin 2023. Ceci sans oublier que plusieurs mois devraient s’écouler avant que s’achève le remplissage d’un si grand ouvrage.
Une nouvelle entreprise a pris ce projet de barrage en main depuis le 24 février dernier, à la suite d’un nouvel avis d’appel d’offres lancé par le ministère de l’Equipement.
Le chantier, dont le montant d’investissement s’élève à 1,5 milliard de dirhams, était à l’arrêt depuis juillet 2021 en raison d’une défaillance de l’entreprise en charge de sa construction.
Conçu pour donner une nouvelle impulsion à l’agriculture via la grande irrigation, ce projet s’articule autour de deux composantes : le barrage sur l’Oued M’Dez (piloté par le ministère de l’Equipement) et les infrastructures d’adduction d’eau (60 km) relevant du département de l’Agriculture.
"Or si la dernière composante ne souffre d’aucun retard, assure Nabil Alloussi, chef du projet, il faudra attendre encore deux années, voire davantage, pour que le prélèvement des eaux à partir du barrage soit assuré."
Des nappes susceptibles d’être épuisées d’ici vingt ans
Un constat qui inquiète les agriculteurs concernés. "Le retard du barrage est porteur de risque pour l’agriculture régionale et au-delà, notamment pour le déploiement de la nouvelle stratégie Génération Green 2020-2030", s’alarme Rachid Bénali, premier vice-président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (COMADER). A ses yeux, il y a un décalage entre les investissements prévus dans l’agriculture et la pression croissante sur la nappe phréatique, qui accuse déjà un niveau de dégradation alarmant.
D’un investissement de 7 milliards de dirhams, le projet agricole de la plaine du Saïss porte sur l’irrigation de 30.000 ha au profit de 7.330 exploitations. Celles-ci relèvent des provinces de Fès, Moulay Yacoub, Sefrou, Meknès, El Hajeb. Au total, 350.000 habitants sont concernés.
La problématique de la plaine de Fès-Saïss tient au prélèvement excessif des eaux souterraines pour les besoins de l’irrigation. Cette exploitation de la nappe se traduit par un déficit annuel de 100 millions de m3, correspondant à la différence entre les apports (241,5 Mm3/an) et les prélèvements (341,5 Mm3/an). Ce déficit explique la baisse continue, depuis plusieurs années, du niveau de la nappe, avec un rabattement annuel de deux mètres. "A ce rythme, l’épuisement définitif est attendu d’ici vingt ans", prévient le chef du projet.
Dans sa configuration, l’objectif du projet consiste à remplacer le prélèvement d’eaux souterraines par l’utilisation de ressources de surface plus durables et plus résilientes. Ceci permettra le renflouement de la nappe phréatique et partant, la résilience de la plaine aux effets du changement climatique.
Cette opération doit être réalisée à travers l’adoption d’un système d’irrigation économe en eau, d’une meilleure valorisation du mètre cube d’eau consommée, de l’augmentation des superficies des cultures à haute valeur ajoutée et de l’amélioration de la productivité. "Au final, ce qui est ciblé, c’est l’amélioration des revenus et des conditions de vie des agriculteurs de la zone d’action du projet", résume Nabil Alloussi.
A cet effet, l’infrastructure de distribution - qui est en avance - comprend le transfert d’eau depuis le barrage de M’Dez vers le périmètre irrigué (prise d’eau sur le barrage, conduite d’adductions gravitaires passant par trois galeries sur 5 km), et le périmètre irrigué proprement dit (adductions principales, stations de pompage et réseaux de distribution sur 50 secteurs couvrant 30.000 ha). Au total, pas moins de 60 km d’adducteurs en acier galvanisé, importés de Turquie, sont en phase d’installation.
De fait, la composante du projet, qui incombe au ministère de l’Agriculture, sera totalement opérationnelle en 2023. "A cette date, 10.000 ha sur les 30.000 seront fin prêts à l’irrigation", annonce Nabil Alloussi. Car l’idéal est d’être en phase avec la mise en eau du barrage, histoire d’éviter des frais de maintenance des infrastructures d’adduction des eaux.
Un impact socio-économique de taille
Quoi qu’il en soit, l’impact socio-économique présente un enjeu considérable, à commencer par la valorisation du mètre cube consommé et l’augmentation de la superficie des cultures à haute valeur ajoutée.
A cet effet, les estimations du ministère de l’Agriculture ciblent une valeur ajoutée agricole de l’ordre de 52.000 DH/ha, au lieu de 38.000 DH actuellement. S’ajoutent la création et la pérennisation de 10 millions de journées de travail pendant la durée de réalisation du projet, et de 10.000 autres journées de travail par an après la réalisation du projet. Il est aussi question, enfin, de la préservation de 4 milliards de dirhams d’investissement privé.
Le projet est mené à 100% par des entreprises et des effectifs marocains. Son financement est assuré par des prêts et dons de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), du Fonds vert pour le climat, de l’Union européenne et du budget général de l’Etat.
La BERD a assuré 270 millions d’euros, dont 3,45 millions sous forme d’aides. Les dons du Fonds vert pour le climat et de l’Union européenne ont quant à eux totalisé plus de 60 millions d’euros.
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