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ECONOMIE

Carburants. Les volumes assurés au Maroc au moins jusqu'à juin

La crise actuelle pose des contraintes d'approvisionnement. Selon des sources sondées par Médias24, les volumes dont a besoin le marché sont sécurisés jusqu'au mois de juin au moins, grâce aux contrats. Mais l'approvisionnement, lui, se fait à flux tendu. Le marché reste sous pression avec un stock de sécurité de trente jours à peine.

Carburants. Les volumes assurés au Maroc au moins jusqu'à juin
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Le 9 mars 2022 à 12h01 | Modifié 9 mars 2022 à 12h01

A la suite de la flambée des cours internationaux, une question est sur toutes les lèvres : jusqu'où ira le prix du litre de diesel ? Une question légitime au regard des impacts direct et indirect que cette hausse a sur le pouvoir d'achat des Marocains.

Mais qu'en est-il de la disponibilité du produit ? Le Maroc consomme en moyenne 7 millions de tonnes de carburants. "A ce stade, le plus important est la sécurité en termes d'approvisionnement. Au-delà des considérations de prix, pour lesquelles on peut toujours trouver des solutions, il faut avoir un stock de sécurité suffisant qui puisse couvrir cette période d'incertitude", alerte un expert et fin connaisseur du marché des hydrocarbures.

Le produit se fait rare et cher sur le marché international

"Le marché est très stressé, le produit se fait rare. L'un des plus grands opérateurs mondiaux ne livre plus, à savoir la Russie (Gazprom, Rosneft) à cause de l'embargo économique. Les banques européennes n'autorisent plus de lignes de transfert et de financement. De grands pétroliers comme BP et Shell se sont retirés de certaines transactions avec les géants russes", énumère notre expert.

L'aspect géopolitique ne se limite pas aux restrictions imposées à la Russie. "En période de guerre, le risque est que les pays signataires de l'OTAN soient prioritaires dans les prélèvements. Il ne faut pas s'attendre à ce que ces pays exportent, ni qu'ils puisent dans leurs stocks stratégiques. Ils vont plutôt essayer de maximiser leur stock stratégique. Même les grands acteurs pétroliers, notamment les producteurs, changent leurs alliances et leur stratégie politique. Ils vont plutôt approvisionner leurs alliés au détriment du marché international", poursuit notre interlocuteur.

Il y a beaucoup de facteurs d'incertitude : la guerre en Ukraine, un repositionnement de certains producteurs, la rareté du produit... Conséquence : le produit se fera de plus en plus rare. D'où l'importance d'assurer la sécurité de l'approvisionnement du pays.

Selon la réglementation en vigueur, un stock de sécurité de soixante jours pour les hydrocarbures doit être assuré. En temps normal, ce stock oscille entre trente et quarante jours dans le meilleur des cas. Aujourd'hui, la moyenne avoisine plutôt trente jours, nous confient des sources du marché.

Faut-il s'en inquiéter ? Oui et non, si l'on se fie aux explications livrées par nos sources.

Une grande partie des opérateurs disposent de contrats à terme

"Dans ce genre de circonstances, nous sommes tous à la merci du marché. Mais à ce stade, les volumes nécessaires pour l'approvisionnement du marché sont sécurisés jusqu'à juin au moins", nous assurent des sources du marché.

Selon elles, "la majorité des opérateurs ont des contrats à terme, dont la durée varie de trois mois à un an. Cela nous garantit la disponibilité du produit au prix du marché (Platts plus un Premium commission du trader)".

"Malheureusement, certains opérateurs n'ont pas conclut de contrats et ont préféré se contenter d'achats en spot sur le marché international. Ces opérateurs sont aujourd'hui plus exposés. Soit ils ne vont pas trouver de produit, soit ils vont faire des sorties avec des premiums élevés en sachant que de gros opérateurs, des géants, peinent à trouver des cargaisons spot en ce moment", nous explique-t-on. La commission des traders, qui était d'un dollar la tonne en décembre 2021, a été multipliée par cinq ou six avec le risque de ne pas trouver de cargaisons disponibles.

En scellant des contrats, les opérateurs marocains sont couverts par le contrat, aussi bien pour le volume et sa disponibilité que par la marge du trader fixée à l'avance. La seule variable, c'est le prix.

"Nous avons de la visibilité jusqu'au mois de juin au moins. Ce qui nous permet d'approvisionner le marché en attendant d'y voir plus clair. Même les opérateurs vont être vigilants par rapport à leurs ventes. Les gens essaient plutôt de stoker que de vendre", avance l'une de nos sources.

Cela dit, les contrats passées ne couvrent pas la totalité des besoins des opérateurs. "La règle en général, c'est du 80/20 ou 70/30 (contrat/spot)", nous explique-t-on.

L'approvisionnement se fait à flux tendu

Si les volumes sont assurés grâce aux contrats, cela ne veut pas dire qu'ils sont disponibles immédiatement. "Avant cette crise, les trente jours de stocks de sécurité étaient difficilement respectés pour différentes raisons. La situation aujourd'hui est donc tendue. Les opérations spot nous aidaient dans ce sens. Désormais, seules les cargaisons des contrats arrivent sur le marché marocain", nous confie-t-on. Les opérations spot effectuées en saisissant les opportunités qui se présentent sur le marché international sont désormais très rares et plus chères, ce qui impacte nécessairement le stock de sécurité.

"Nous sommes approvisionnés à flux tendu. Il faut compter les retards éventuels ou possibles. Ce dernier mois, par exemple, il y avait du mauvais temps, les ports de Mohammédia et Jorf Lasfar étaient consignés", poursuit notre interlocuteur.

En d'autres termes, la sécurité d'approvisionnement assurée est relative, car contractuelle. Que se passera-t-il si les contrats arrivent à terme, et que la crise persiste ? Peut-on signer de nouveaux contrats ? "Il n'y a pas d'interlocuteurs sur le marché international pour discuter de contrats. Des géants ont fait des sorties avec des offres de prix attrayantes et n'ont pas eu de réponse. Tout le monde essaie de garder son stock car il n'y a pas de visibilité", révèle l'une de nos sources, en espérant que la crise sera de courte durée...

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