Flexibilisation du dirham : 4 ans après, le bilan est positif

M.Ett | Le 4/1/2022 à 18:41
Sollicité par LeBouriser, un directeur d’une salle des marchés de la place trouve que le bilan de la flexibilisation du dirham est positif. Voici ses principales observations.

Quatre années après son entrée en vigueur, le bilan de la flexibilisation du dirham ressort positif.

A rappeler que le premier élargissement de la bande de fluctuation du dirham de 5% (+/- 2,5% de part et d’autre du cours central) a été opéré le 15 janvier 2018. Le deuxième élargissement a eu lieu en mars 2020 pour faire face au choc externe qui se profilait à l’horizon à cause de la crise du Covid. A l’issue de cet élargissement, la bande de fluctuation du dirham est à (+ou-) 5%.

Sollicité par LeBoursier, un directeur d’une salle des marchés de la place nous livre ses principales observations.

> Le dirham s’est très bien comporté depuis la flexibilisation, malgré la crise du Covid. « Pour l’instant, on trouve que le bilan de la flexibilisation est réussi. Contrairement aux anticipations et des craintes des opérateurs, le dirham ne s’est pas déprécié sur le marché, bien au contraire. Il y avait une stabilité sur la place depuis le début quant à l’évolution du marché et au traitement des opérations.

«Le marché a connu une période d’instabilité en 2020 à cause du déclenchement de la pandémie. Tous les opérateurs du marché avaient des craintes. Mais heureusement, tout s’est bien passé. Il n’y a pas eu de complications. Cela s’est ressenti sur les avoirs de change, sur les transferts des MDM (Marocains du monde) qui ont enregistré une très forte hausse malgré la crise alors que tout le monde tablait sur leur baisse. C’est pour dire que la monnaie nationale s’est montrée résiliente. On dit maintenant que le ‘dirham a été testé négatif au Covid’ »

« Au milieu de 2020, le dirham s’est apprécié face au dollar pour toucher la partie inférieure de la bande de fluctuation de -5% en raison des anticipations des transferts des MDM vers le Maroc », poursuit notre interlocuteur.

Au cours de cette période, l’évolution du dirham s’est expliquée aussi par « la balance commerciale qui est déficitaire à cause, entres autres, de la facture énergétique et de l’import de voitures et des pièces de rechanges et autres, automatiquement le marché se régule avec la couverture des opérateurs de ces importations. La bonne tenue des exportations à travers la hausse de l’export des voitures et du phosphate ont été bénéfiques tout au long de cette période », ajoute-t-il.

> Pas de grand changement concernant le comportement des opérateurs face aux couvertures. « Les grandes entreprises ont l’habitude d’avoir recours à ces opérations à travers les banques, les conseillers, les trésoriers et les directeurs financiers. Ces entreprises ont un processus de couverture bien ficelé qui est soumis à une validation hiérarchique. Ce n’est pas le cas pour les petites entités qui n’ont pas les mêmes capacités ».

« Pour celles qui ont l’habitude d’opter pour ces opérations, elles cherchent des fois au maximum à optimiser les opérations, voire à gagner. C’est comme si elles laissent de côté leur métier et elles se mettent à essayer de profiter des évolutions du marché. Dans ce cadre, l’association marocaine des salles des marchés a entamé une campagne de sensibilisation par rapport à ces couvertures pour les TPE et les PME afin de les sensibiliser et de les accompagner », continue-t-il.

> Ce n’est toujours pas le bon moment pour faire un nouvel élargissement de la bande de fluctuation du dirham. « Historiquement, les pays qui sont passés par la flexibilisation de leur régime de change l’ont fait sur plusieurs étapes et sur plusieurs années. C’est un travail conjoint, qui a été entamé par la banque centrale avec les opérateurs du marché. Il est dans la continuité. On y va donc étape par étape. La banque centrale a un programme bien définis qu’elle est en train de suivre. Comme l’a souligné dernièrement le Wali de BAM, un nouvel élargissement ne va pas se faire sur le court terme, surtout pas dans le contexte actuel ».

A rappeler que le Fonds monétaire a appelé le Maroc récemment a entamé une nouvelle étape dans la flexibilisation. Mais, Abdellatif Jouahri, le wali de Bank Al-Maghrib, a déclaré lors du point de presse organisé, le 21 décembre, à l’issue du dernier conseil de la banque de l’année 2021, qu’« il vaut mieux attendre ».

« Nous ne nous sentons pas prêts, bien que techniquement tout soit en place. Il y a les opérateurs et il y a la conjoncture. Est-ce le bon timing, ou bien est-ce un timing qui compliquera les choses pour les opérateurs ? Ce sont des choses difficiles avec des conséquences importantes. Les conséquences seraient plus dommageables encore si on devait s’engager puis revenir en arrière », a-t-il souligné.

Et d’ajouter : « Si nous passons à la deuxième étape, ce n’est pas un élargissement de la bande que nous allons opérer ; nous allons commencer à abandonner l’ancrage au panier de devises et irons vers le ciblage de l’inflation. Le nouvel ancrage sera le taux directeur et la politique monétaire (…) Il y a également un problème au niveau des opérateurs. Nous avons fait une tournée régionale pour sensibiliser les TMPE, mais nous sentons le besoin d’une politique de formation pour les opérateurs, afin qu’ils soient plus armés ».

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