On raconte que (saison 2, VI): Les aventures d’Ibn Battouta
Qui est Ibn Battouta ? Quelles régions a-t-il visitées ? Quelle est la valeur des informations qu'il nous a transmises ? Enfin, quels enseignements peut-on tirer de son expérience ? Pour en savoir plus, veuillez attacher vos ceintures et préparez-vous à voyager dans le temps et dans l'espace.
120.000 kilomètres… C'est la distance parcourue par Ibn Battouta en moins d'un tiers de siècle pour réaliser son rêve : sillonner la plupart des contrées du monde connu. Ce n'est donc pas un hasard si le globetrotteur marocain s’impose comme l'un des explorateurs les plus importants de tous les temps.
L'appel d'Abraham
Mohammed ibn Abd Allah ibn Battouta Al-Lawati voit le jour le 24 février 1304 à Tanger. Du fait de son appartenance à une famille d’oulémas et de lettrés, il était presque naturel pour lui d'emprunter le même chemin malgré le manque d'informations concernant la première partie de sa vie.
Quoi qu'il en soit, il semble qu'Ibn Battouta aspire dès son plus jeune âge à se rendre en Orient dans l’espoir d’approfondir ses connaissances et d'acquérir une autorité morale conformément à une tradition bien ancrée au Maroc et Andalousie depuis le VIIIe siècle.
Changement de plans
Le rêve du jeune apprenti ouléma se concrétise lorsqu'il quitte sa ville natale le 14 juin 1325 à l'âge de 21 ans seulement. Après avoir traversé l'Algérie, la Tunisie et la Libye actuelles, la caravane de pèlerins que notre personnage accompagne arrive en Egypte le 5 avril 1326. Il visite alors de nombreuses régions et rencontre une multitude de personnalités religieuses avant d'atteindre le port d'Aydhab.
En raison d'une guerre locale, Ibn Battouta ne peut se rendre à Djeddah. Cela lui permet de découvrir une nouvelle passion qui allait bouleverser son destin : l'amour du voyage. Au lieu d'attendre comme la plupart de ses compagnons la reprise des navettes reliant les deux rives de la Mer Rouge, le jeune Marocain décide de retraverser l’Egypte pour visiter les différentes régions du Levant avant de se diriger vers le Pays des Deux Lieux Saints en septembre 1326.
Une fois la saison du Hajj achevée, le voyageur marocain pénètre au cœur de la Péninsule arabique, se dirige vers l'Irak et la Perse, avant de rebrousser chemin à nouveau vers La Mecque en octobre 1327, où il se consacre à la prière et la méditation pendant trois années.
L’élargissement des horizons
Ibn Battouta décide de se remettre sur selle en 1330. Il prend la route du sud cette fois. Après avoir traversé le Yémen, le Tangérois explore les principaux ports de l’Afrique de l’est avant de rejoindre La Mecque en 1332 via Oman, les côtes du Golfe arabo-persique et le Najd (l’Arabie centrale).
A peine le rituel du Hajj accompli à nouveau, le voyageur marocain se tourne vers le nord. Il retraverse l’Egypte et le Levant avec l'intention d'atteindre l'Anatolie, les terres de la Horde d'Or (l’Ukraine actuelle et ses dépendances) et Constantinople, le dernier bastion de l’Empire byzantin.
Ibn Battouta ne s’arrête pas en si bon chemin. Il continue son périple vers l’est pour découvrir les principales régions de l’Asie centrale, particulièrement le Khwarezm, Boukhara, Samarkand et Kaboul. Il arrive en Inde le 12 septembre 1333. Ce pays est tellement fascinant, qu’il décide non seulement d’y résider neuf années, mais d’y assumer la fonction très vénérable de juge (qadi).
En 1342, le natif de Tanger reprend son bâton de pèlerin. Il parcourt de nombreux pays et îles de l’Asie du Sud-Est, en particulier les Maldives, avant de gagner la Chine en 1346. Après avoir sillonné quelques provinces de l’Empire du milieu, notre voyageur décide de rentrer au bercail. Le chemin du retour est parsemé de péripéties et de dangers. Ibn Battouta arrive toutefois sain et sauf à Fès en novembre 1349.
La fin du périple
Le globetrotteur ne séjourne dans la capitale mérinide que pendant une courte période. Dès 1350, il décide de rejoindre l’Andalousie pour découvrir ses territoires et rencontrer ses personnages les plus éminents avant de retourner au Maroc. Deux années plus tard, le Tangérois part pour une dernière expédition qui le mène au Sahara et au Soudan.
Ibn Battouta réalise ainsi son rêve : visiter la plupart des régions de la Demeure de l’islam (Dar al-islam) étendues sur trois continents en environ vingt-huit ans.
La consécration
Le désormais célèbre voyageur s’installe définitivement au Maroc en 1353. Impressionné par cette expérience unique, le sultan Abou ‘Inan al-Marini le reçoit avec tous les honneurs dus à son rang. Grand protecteur des arts et des lettres, le monarque lui propose de mettre par écrit ses souvenirs pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Pour faire aboutir ce projet rapidement, le lettré Ibn Jouzzi est chargé d’assister Ibn Battouta.
Après trois mois de travail intense, la relation intitulée "Présent à ceux qui aiment à réfléchir sur les curiosités des villes et les merveilles des voyages" (Tuhfat al-nouzzar fi ghara'ib al-amsar wa ‘aja'ib al-asfar) est mise en circulation. Celle-ci s’impose très rapidement comme l’un des chefs-d'œuvre de la littérature mondiale du voyage, malgré les doutes que certains anciens et contemporains émettent quant à la crédibilité de quelques informations qui y figurent.
Une source d’inspiration
Nous ne savons que peu de choses sur la dernière partie de l’itinéraire d'Ibn Battouta si ce n’est qu’il a assumé la fonction de juge dans la région du Tamisna (la Chaouia actuelle) et a rendu l’âme entre 1375 et 1376… Cela donne l’impression que ce globetrotteur tenait à transmettre aux générations futures un message : porter plus d’intérêt à son œuvre qu’à son parcours personnel. Il a sans doute eu raison.
Rédigée dans un style élégant et accessible, cette relation de voyage est non seulement une mine d'informations géographiques inestimables, mais également un véritable réservoir de connaissances sur les conditions politiques, économiques, sociales et religieuses de nombreuses régions du monde durant la première moitié du XIVe siècle.
Par ailleurs, la dimension philosophique de cette œuvre peut transcender les âges et les civilisations. En effet, le voyageur marocain transmet à ses lecteurs à travers des expériences vivantes un ensemble de valeurs fondamentales, telles que la volonté, la détermination, la capacité d'adaptation et l'amour de la patrie !
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