31% des emprunteurs ont recours à un second crédit pour rembourser le premier (étude FNAC)
La fédération nationale des associations du consommateur a mené une étude pour comprendre la perception du consommateur par rapport à l’endettement. Voici ses constats et recommandations.
A travers une enquête menée entre septembre 2020 et février 2021 auprès de 2.082 personnes, la fédération nationale des associations du consommateur vise à “comprendre le phénomène de l’endettement au Maroc”.
Elle définit l’endettement comme étant “le recours efficace pour l’acquisition rapide d’un bien ou d’un appareil de consommation”.
Les résultats de cette enquête ont permis à la FNAC de mettre en exergue le comportement des Marocains vis-à-vis de l’endettement et de proposer des recommandations “pour que le consommateur soit averti, informé et protégé”. Ils ont été présentés lors d’une conférence de presse, ce vendredi 28 mai, et rassemblés dans un rapport de 40 pages.
Selon l’étude de la FNAC, le rythme de l’endettement des ménages marocains est certes en ralentissement, mais en 2017, il représentait 30% du PIB du pays, ce qui “reste très élevé en comparaison avec d’autres pays à économies émergentes”.
Les principaux facteurs de l’endettement des ménages au Maroc sont les crédits à la consommation et les prêts à l’habitat, sachant que, selon cette étude, ce sont “les formules et facilités proposées par les acteurs du secteur financier” qui incitent les consommateurs “à prendre des crédits et micro-crédits”.
Selon l’enquête menée par la FNAC, un ménage sur 3 se trouve obligé de s’endetter ou de puiser dans son épargne pour boucler ses fins de mois. 25% des personnes interrogées déclarent avoir souscrit un crédit pour l’achat d’une voiture, tandis que 19% y ont eu recours afin d’équiper leur logement et 17% pour financer les frais des études de leurs enfants.
Les raisons les moins citées (7%) sont le financement de fêtes ou de soins médicaux.
Près de 30% des emprunteurs gardent moins de 25% de leur salaire mensuel
Les personnes interrogées sont salariées, retraitées ou exerçant des fonctions libérales. 67,7% d’entre elles ont un revenu mensuel supérieur à 5.000 DH et 2,4% disposent d’un revenu mensuel inférieur à 1.000 DH.
Plus de la moitié (62,5%) paient des mensualités qui dépassent les 30% de leurs salaires, sachant que le tiers (29,3%) déclarent garder moins de 25% du salaire mensuel, après remboursement des crédits. Et 12% seulement affirment garder plus de 40% du salaire.
A noter que selon la FNAC, une personne est “légalement” considérée comme surendettée, lorsqu’il ne lui reste, après le paiement de ses échéances, que 35% de son revenu mensuel net.
La tranche d’âge la plus concernée par le phénomène de l’endettement est celle des 35-45 ans qui représente plus de 79% selon les résultats de l’enquête menée par la FNAC.
Celle-ci indique, par ailleurs, que plus de la moitié (51,9%) sont titulaires d'au moins deux crédits à la consommation. Sachant que 34,70% déclarent avoir deux crédits et près du quart (23,4%) déclarent en avoir trois.
“L’enquête a révélé que plus le nombre de crédits souscrits par une personne est important, plus cette personne cherche à souscrire de nouveaux crédits quelles qu’en soient les conditions”, précise la FNAC dans son rapport.
En effet, 31% des personnes ayant souscrit des crédits affirment avoir eu recours à un autre crédit pour rembourser le premier.
Si 2 personnes sur 5 indiquent ne pas avoir de mal à rembourser leur premier crédit, il convient de noter que 4 personnes sur 5 affirment avoir des difficultés de remboursement. Pourtant, le recours au crédit à la consommation est la dernière option choisie par les consommateurs en cas d’imprévu. Ceux-ci préfèrent piocher dans leurs épargnes ou emprunter auprès de leurs proches avant de souscrire un crédit.
Les personnes interrogées indiquent que “le surendettement incombe d’abord aux gens qui vivent au-dessus de leurs moyens (32%), ensuite aux établissements de crédit qui incitent leurs clientèles à prendre des crédits de façon inconsidérée (12%) et d’une façon générale aux deux à la fois (58%)”.
Selon la FNAC “une grande partie des Marocains succombent aux offres alléchantes de sociétés spécialisées”.
“Les organismes de crédits proposent des formules adaptées à toutes les classes sociales, en profitant de chaque occasion (ramadan, vacances d’été, rentrée scolaire et fête du mouton). Ainsi, les opportunités ne manquent pas pour communiquer à propos des offres de financement auprès des ménages marocains”, indique la fédération.
Celle-ci estime que “le risque de surendettement des ménages” ne disparaîtra que le jour où ils comprendront “que le crédit n’est pas un complément de salaire mais une avance sur salaire. Une avance sur une épargne à constituer, dont le montant a servi à l’acquisition d’un bien utile”.
Elle met également en garde contre le risque “grave” du surendettement “pour l’industrie de la micro finance”, puisque ce phénomène “peut accentuer la pauvreté de ses clients et menacer leur position sociale”. Il peut même “conduire à des troubles psychologiques”, entre autres problèmes de santé.
Un emprunteur sur 4 ne connaît pas le montant de ses mensualités
Ainsi, pour lutter contre le phénomène, la fédération nationale des associations du consommateur a mis en place un simulateur de crédit (disponible sur son site: fnacmaroc.org) qui permet au consommateur, de mesurer sa capacité d'endettement.
Par ailleurs, elle propose de former et d’informer la population car, les plus touchés sont ceux dont le niveau de formation est faible.
“La majorité signent les contrats de crédits sans comprendre le type, les règles ni l’étendue de leurs dettes. Leur formation limitée les empêche de bien comprendre tout le contenu du contrat. Un emprunteur sur 4 ne connaît pas le montant de ses mensualités de remboursement, un sur 3 ignore sa durée et plus de 2 emprunteurs sur 3 n’ont pas la moindre idée du taux d’intérêt de leur crédit”, indique la FNAC qui estime que “le pire” est que “4 débiteurs sur 5 ne connaissent absolument pas le mode de calcul des intérêts”.
“Les supports et le contenu de l’information qui circulent sur le marché doivent être réglementés comme le stipule la loi 31.08, que ce soit au niveau de la publicité mensongère, de l’affichage des prix et tarifs de remboursement ou au niveau des clauses des contrats de crédits”, souligne la FNAC.
“La loi doit protéger le consommateur contre le déséquilibre entre lui et le prestataire des services de crédit. C’est-à-dire protéger le consentement du consommateur, en réglementant la concurrence déloyale et l’introduction du délai de réflexion, lutter contre les conditions contractuelles abusives, imposées au consommateur et lutter contre les prix excessifs à travers un contrôle”, poursuit la même source.
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