Omar Bakkou, économiste et spécialiste en politique de change, nous livre son analyse de l’évolution du dirham face à l’euro et au dollar durant ces derniers mois : « A travers l’analyse basée sur les cours bilatéraux, en distinguant entre le cours du dollar/dirham et celui de l'euro/dirham, on trouve que le dirham s’est renforcé face au dollar et s’est affaibli par rapport à l’euro ».
Le cours du référence du dollar évolue depuis ces derniers mois à un niveau proche de la limite inférieur de la bande de fluctuation du dirham, d’après les indicateurs hebdomadaires de Bank Al-Maghrib, arrêtés au 25 novembre 2020 (Voir graphique ci-dessous).
Cours de change
Source : BAM.
La parité USD/MAD est passée de 9,2381 au 2 novembre à 8,9751 dirhams pour un dollar ce vendredi 4 décembre, baissant ainsi de 2,85%.
Evolution de la parité USD/MAD
Source: Bloomberg.
En face, la parité EUR/MAD a augmenté de 1,52% en passant de 10,7556 au 2 novembre à 10,9193 dirhams pour un euro au 4 décembre.
Evolution de la parité EUR/MAD
D’après notre interlocuteur, « ces évolutions s’expliquent par l’effet panier. Autrement dit, l’évolution du dirham face aux deux devises est liée à la variation de la parité euro/dollar sur le marché international ».
Sur le marché international, l’euro s’est renforcé de 4,31%% face au dollar. La parité EUR/USD est passée de 1,1641 au 2 novembre à 1,2143 dollars pour un euro ce vendredi.
Evolution de la parité EUR/USD
« Mais, si on fait une moyenne des cours, on trouve que le dirham s’est globalement déprécié face à l’euro et au dollar au cours de ces derniers mois. Cette dépréciation s’explique par un effet balance des paiement.s Il y a eu plus de dépenses par rapport aux recettes en raison des recettes du tourisme qui ont baissé, en plus de celles des IDE et des exportations. Du côté des dépenses, il y a eu une baisse des importations mais elle n’est pas aussi importante pour combler la baisse des recettes ».
« La preuve : la position de change des banques a légèrement baissé au cours de ces derniers mois », soulève-t-il tout en estimant qu’elle « reste confortable ».
Selon les données de Bank Al-Maghrib, la position de change des banques de la place s’est fixée 7,94 milliards de DH au 27 novembre.
En cette période de crise, « les banques ont dû puiser sur leur position de change pour alimenter le marché, alors que les avoirs en réserves n’ont pas bougé », continue-t-il.
Bank Al-Maghrib n’intervient plus sur le marché de changes, et cela va dans le sens du développement du marché interbancaire des devises. Pour le moment, les banques de la place arrivent à assurer amplement la liquidité de ce marché. Les avoirs de réserves de Bank Al-Maghrib servent à alimenter les banques quand leur position de change devient déficitaire.
La légère dépréciation du dirham est saine
Toutes les évolutions précitées « ne sont pas alarmantes », d’après notre source qui trouve que « tant que les avoirs de réserves restent très importantes. Elles sont en mesure de financer le déficit du compte courant ».
Les avoirs officiels de réserve (AOR) de Bank Al-Maghrib se sont situés à 292,8 milliards de DH au 20 novembre 2020, en hausse de 24,2% en comparaison avec la même période de l’année précédente. A fin septembre, ils couvraient 7 mois et 16 jours d'importation de biens et services contre 5 mois et 4 jours l’an dernier, d’après les données de la banque centrale. A rappeler que les avoirs officiels ont pu être renforcés au cours de cette année suite au tirage sur la LPL, opéré le 7 avril dernier.
« De plus, ces évolutions étaient prévisibles avec la baisse des recettes en devises. Quand on a libéralisé partiellement le marché des changes, on s’attendait à ça. Une dépréciation globale n’est pas mauvaise. Au contraire, on peut considérer que c’est sain de constater cette dépréciation. Cela montre qu’aujourd’hui, le marché fonctionne, l’effet offre/demande joue son jeu », ajoute notre interlocuteur.
A rappeler que Bank Al-Maghrib a prévu, à l'issue de son dernier conseil trimestriel de politique monétaire, tenu le mardi 22 septembre, que le taux de change effectif réel, après une appréciation de 1,1% en 2019, devrait se déprécier de 0,8% en 2020 et de 2% en 2021, résultat d’une dépréciation en termes nominaux ainsi que d’un niveau d’inflation domestique inférieur à celui des pays partenaires et concurrents commerciaux.



