“Oued Awlitis 001”, la météorite marocaine qui livre ses secrets sur la Lune
Les minéraux récemment découverts dans une météorite lunaire collectée dans le Sahara marocain, devraient livrer de précieuses informations scientifiques sur la Lune, explique la géologue et chercheuse Hasna Chennaoui.
C’est une découverte qui confirme le statut d’eldorado scientifique du Maroc : une météorite lunaire collectée dans le Sahara marocain en 2014 renferme un nouveau minéral composé d’oxygène, de calcium, de silicium et d’aluminium. C’est ce qu’a annoncé, début novembre, le magazine mensuel français de vulgarisation scientifique Sciences et Avenir.
Cette météorite, baptisée "Oued Awlitis 001" par la géologue marocaine Hasna Chennaoui, en référence au lieu où elle a été trouvée – Oued Awlitis, dans le Sud marocain –, "contient un minéral jusqu’ici inconnu et encore jamais identifié sur Terre, mais qui serait présent en abondance dans les profondeurs inaccessibles de notre planète", indique la publication. Et c’est justement tout ce qui en fait l’attrait, confirme Hasna Chennaoui, chercheuse à l’université Hassan II de Casablanca et membre du Comité de nomenclature (NomCom) de la Meteoritical Society, une société savante américaine, contactée par Médias24. La chercheuse s’explique : "Dans la nature, les roches sont composées de minéraux. Les minéraux sont tous identifiés par une formule chimique, c’est-à-dire par des composants chimiques et par une forme cristalline particulière. Or ce minéral n’était pas connu jusqu’à présent ; sa forme, son arrangement chimique et cristallographique, n’étaient pas connus jusqu’alors, ni sur Terre, ni dans les roches extraterrestres."
Qui dit nouveau minéral, dit nouvelles informations scientifiques. "Trouver un nouveau minéral dans une roche lunaire apporte des informations sur leurs corps d’origine dans le système solaire", se réjouit Hasna Chennaoui. Et d’ajouter : "Comme toutes les météorites, celle-ci vient de la Lune. Elle nous donne donc des informations supplémentaires sur la Lune, même si on la connaît déjà suffisamment bien grâce aux missions Appolo, qui ont permis de ramener des dizaines de kilogrammes de roches."
Des informations sur la Lune
C’est notamment grâce à la fraîcheur de cette météorite que celle-ci a permis de livrer ses premiers secrets. Elle est effectivement "fraîche", souligne la géologue, c’est-à-dire suffisamment bien préservée. Cela signifie également que sa chute est plutôt récente, même si sa date exacte n’est pas connue. "Vu qu’elle est restée dans le désert, elle n’a pas subi d’altérations liées à l’eau. Une roche qui se maintient très longtemps dans un milieu sec est préservée, comparativement à une roche collectée dans une forêt, dans des milieux humides ou dans une zone agricole."
Quels sont donc les secrets qu’elle renferme ? Difficile pour l’heure de le dire avec exactitude, mais Hasna Chennaoui a déjà quelques pistes : "Il s’agit principalement d’informations sur la Lune, sur la manière dont elle s’est formée et, d’une certaine manière, sur l’histoire de la formation de la Terre et du système solaire. Les météorites participent indéniablement à la connaissance fondamentale de la formation du système solaire et des planètes et, plus largement, de l’histoire de l’univers. Elles donnent également des informations sur l’origine de l’eau et de la vie sur Terre, et sur les extinctions massives d’espèces dont la plus connue est celle des dinosaures il y 65 millions d’années."
En revanche, la géologue se souvient d’une météorite lunaire, baptisée NW4734 et collectée au Maroc, au sein de laquelle elle a découvert un minéral de haute pression qui lui a permis de comprendre comment cette météorite avait été arrachée à la Lune. "Pour qu’une roche soit extirpée de son corps parent, il faut qu’il y ait un impact très important. Dans cette météorite lunaire là, j’avais trouvé un minéral qui n’était pas inconnu, mais qui indiquait que cette roche avait subi une très forte intensité de choc. A partir de là, j’ai pu soutenir que l’impact qui a arraché cette roche de son corps parent avait un degré compris entre 20 et 40 gigapascal", explique-t-elle.
Des pièces marocaines dans des musées étrangers, faute d’acquéreurs marocains
Une autre question demeure également : comment se fait-il que cette météorite trouvée au Maroc soit désormais dans un musée étranger, en l’occurrence au Musée d’histoire naturelle de Vienne, en Autriche ? "Il n’y a quasiment pas d’acquéreurs au Maroc. Ces roches sont donc commercialisées à l’étranger, là où il y a des acquéreurs. Beaucoup de roches sont aussi achetées par des collectionneurs privés, des particuliers, et dans ce cas la traçabilité n’est pas du tout garantie. Dans ce cas, elles sont perdues pour la science. Ce morceau, qui est désormais à Vienne, est exposé et fait l’objet de recherches scientifiques. Il contribue donc à la science, au développement scientifique."
Ne serait-il pourtant pas préférable que les météorites collectées au Maroc restent au Maroc ? "Complètement, répond Hasna Chennaoui. Il serait bon, en effet, que ces météorites servent la recherche scientifique marocaine et participent à la valorisation du patrimoine géologique marocain afin de le faire connaître au grand public, mais encore faut-il que la structure qui l’acquiert, c’est-à-dire un musée, en ait les moyens financiers. Certaines sont très chères en raison de leur rareté."
En attendant, les météorites marocaines servent la recherche scientifique internationale, souligne la géologue, à défaut, pour l’instant, de servir la recherche scientifique marocaine : "Nous avons une quantité formidable de météorites mises à la disposition de la science à l’échelle mondiale et qui contribuent à plus de 50% de la production scientifique dans le domaine des météorites et de la planétologie."
à lire aussi
Article : Maroc-Espagne. Sebta, Mélilia et la fiction d’un front maroco-américain pour la récupération des présides
Sur fond de tensions inédites entre Madrid et Washington autour de l’usage des bases militaires espagnoles dans la guerre contre l’Iran, une partie du débat public espagnol voit ressurgir le spectre d’une récupération de Sebta et Mélilia par le Maroc avec un appui américain. Une hypothèse nourrie par certaines prises de position et amplifiée médiatiquement, mais qui, à ce stade, relève davantage du fantasme que d’une dynamique diplomatique réelle.
Article : FZ Mansouri veut poursuivre Barlamane en justice
Mise en cause par barlamane.com pour une affaire foncière, la maire de Marrakech annonce qu'elle va poursuivre ce journal en ligne ainsi que tout journaliste qui relaierait ces "allégations non fondées".
Article : Météo: les prévisions du dimanche 25 avril 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le dimanche 26 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie : - Formations brumeuses matinales et nocturnes […]
Article : Sahara: De Mistura évoque un “véritable élan” qui relance l’espoir d’une issue au conflit
Comme prévu par la résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025, le conseil de sécurité de l'ONY s'est réuni à huis clos pour faire le point avec l'envoyé personnel et l'envoyé spécial de l'ONU pour le Sahara, au sujet de l'avancement des efforts de paix.
Article : Immobilier. Les nouveaux choix d'investissement en 2026 à Casablanca
À Casablanca, le marché immobilier change de configuration. La raréfaction des petites surfaces et la hausse des prix pèsent sur le résidentiel, tandis que des segments comme la logistique et l'industriel offrent aujourd'hui des rendements plus élevés. Dans ce contexte, les arbitrages des investisseurs évoluent selon les budgets et les opportunités. Décryptage avec Asaad Sadqi, président de l'Association régionale des agences immobilières Casablanca-Settat.
Article : Un milliard sans garantie de l'État : comment la région Casablanca-Settat a réussi son pari obligataire
La région Casablanca-Settat vient de clôturer sa première levée obligataire, une opération inédite pour une région. La levée est d'un montant d'un milliard de dirhams sur le marché des capitaux, dont 400 millions apportés par la Banque européenne (BERD). Le président de la région, Abdellatif Maazouz, revient sur les coulisses de cette opération, ses fondements financiers et les projets qu'elle est appelée à financer.