« Oued Awlitis 001 », la météorite marocaine qui livre ses secrets sur la Lune

Les minéraux récemment découverts dans une météorite lunaire collectée dans le Sahara marocain, devraient livrer de précieuses informations scientifiques sur la Lune, explique la géologue et chercheuse Hasna Chennaoui.

« Oued Awlitis 001 », la météorite marocaine qui livre ses secrets sur la Lune

Le 23 novembre 2020 à 16h22

Modifié 11 avril 2021 à 2h49

Les minéraux récemment découverts dans une météorite lunaire collectée dans le Sahara marocain, devraient livrer de précieuses informations scientifiques sur la Lune, explique la géologue et chercheuse Hasna Chennaoui.

C’est une découverte qui confirme le statut d’eldorado scientifique du Maroc : une météorite lunaire collectée dans le Sahara marocain en 2014 renferme un nouveau minéral composé d’oxygène, de calcium, de silicium et d’aluminium. C’est ce qu’a annoncé, début novembre, le magazine mensuel français de vulgarisation scientifique Sciences et Avenir.

Cette météorite, baptisée « Oued Awlitis 001 » par la géologue marocaine Hasna Chennaoui, en référence au lieu où elle a été trouvée – Oued Awlitis, dans le Sud marocain –, « contient un minéral jusqu’ici inconnu et encore jamais identifié sur Terre, mais qui serait présent en abondance dans les profondeurs inaccessibles de notre planète », indique la publication. Et c’est justement tout ce qui en fait l’attrait, confirme Hasna Chennaoui, chercheuse à l’université Hassan II de Casablanca et membre du Comité de nomenclature (NomCom) de la Meteoritical Society, une société savante américaine, contactée par Médias24. La chercheuse s’explique : « Dans la nature, les roches sont composées de minéraux. Les minéraux sont tous identifiés par une formule chimique, c’est-à-dire par des composants chimiques et par une forme cristalline particulière. Or ce minéral n’était pas connu jusqu’à présent ; sa forme, son arrangement chimique et cristallographique, n’étaient pas connus jusqu’alors, ni sur Terre, ni dans les roches extraterrestres. »

Qui dit nouveau minéral, dit nouvelles informations scientifiques. « Trouver un nouveau minéral dans une roche lunaire apporte des informations sur leurs corps dorigine dans le système solaire », se réjouit Hasna Chennaoui. Et d’ajouter : « Comme toutes les météorites, celle-ci vient de la Lune. Elle nous donne donc des informations supplémentaires sur la Lune, même si on la connaît déjà suffisamment bien grâce aux missions Appolo, qui ont permis de ramener des dizaines de kilogrammes de roches. »

Des informations sur la Lune

C’est notamment grâce à la fraîcheur de cette météorite que celle-ci a permis de livrer ses premiers secrets. Elle est effectivement « fraîche », souligne la géologue, c’est-à-dire suffisamment bien préservée. Cela signifie également que sa chute est plutôt récente, même si sa date exacte n’est pas connue. « Vu qu’elle est restée dans le désert, elle n’a pas subi d’altérations liées à l’eau. Une roche qui se maintient très longtemps dans un milieu sec est préservée, comparativement à une roche collectée dans une forêt, dans des milieux humides ou dans une zone agricole. »

Quels sont donc les secrets qu’elle renferme ? Difficile pour l’heure de le dire avec exactitude, mais Hasna Chennaoui a déjà quelques pistes : « Il s’agit principalement d’informations sur la Lune, sur la manière dont elle s’est formée et, d’une certaine manière, sur l’histoire de la formation de la Terre et du système solaire. Les météorites participent indéniablement à la connaissance fondamentale de la formation du système solaire et des planètes et, plus largement, de l’histoire de l’univers. Elles donnent également des informations sur l’origine de l’eau et de la vie sur Terre, et sur les extinctions massives d’espèces dont la plus connue est celle des dinosaures il y 65 millions d’années. »

En revanche, la géologue se souvient d’une météorite lunaire, baptisée NW4734 et collectée au Maroc, au sein de laquelle elle a découvert un minéral de haute pression qui lui a permis de comprendre comment cette météorite avait été arrachée à la Lune. « Pour qu’une roche soit extirpée de son corps parent, il faut qu’il y ait un impact très important. Dans cette météorite lunaire là, j’avais trouvé un minéral qui n’était pas inconnu, mais qui indiquait que cette roche avait subi une très forte intensité de choc. A partir de là, j’ai pu soutenir que l’impact qui a arraché cette roche de son corps parent avait un degré compris entre 20 et 40 gigapascal », explique-t-elle.

Des pièces marocaines dans des musées étrangers, faute d’acquéreurs marocains

Une autre question demeure également : comment se fait-il que cette météorite trouvée au Maroc soit désormais dans un musée étranger, en l’occurrence au Musée d’histoire naturelle de Vienne, en Autriche ? « Il n’y a quasiment pas d’acquéreurs au Maroc. Ces roches sont donc commercialisées à l’étranger, là où il y a des acquéreurs. Beaucoup de roches sont aussi achetées par des collectionneurs privés, des particuliers, et dans ce cas la traçabilité n’est pas du tout garantie. Dans ce cas, elles sont perdues pour la science. Ce morceau, qui est désormais à Vienne, est exposé et fait l’objet de recherches scientifiques. Il contribue donc à la science, au développement scientifique. »

Ne serait-il pourtant pas préférable que les météorites collectées au Maroc restent au Maroc ? « Complètement, répond Hasna Chennaoui. Il serait bon, en effet, que ces météorites servent la recherche scientifique marocaine et participent à la valorisation du patrimoine géologique marocain afin de le faire connaître au grand public, mais encore faut-il que la structure qui l’acquiert, c’est-à-dire un musée, en ait les moyens financiers. Certaines sont très chères en raison de leur rareté. »

En attendant, les météorites marocaines servent la recherche scientifique internationale, souligne la géologue, à défaut, pour l’instant, de servir la recherche scientifique marocaine : « Nous avons une quantité formidable de météorites mises à la disposition de la science à l’échelle mondiale et qui contribuent à plus de 50% de la production scientifique dans le domaine des météorites et de la planétologie. »

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