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Les météorites marocaines attirent les convoitises

Les météorites attirent chasseurs et courtiers à l’affût de ces objets célestes, au détriment de la science.

Les météorites marocaines attirent les convoitises
Hamza Mekouar
Le 7 janvier 2015 à 17h33 | Modifié 7 janvier 2015 à 17h33

Ces dernières années, les chutes de météorites dans le sud marocain ont été fréquentes, faisant du Maroc une sorte d’eldorado scientifique… et commercial.

En novembre 2004 à Benguerir, en décembre 2008 près de Ouarzazate, en octobre 2012 dans les régions d’Ighrem et Taghmout, en juillet 2014 dans la région de Tirhert ou encore à Tinejdad en septembre de la même année…

La plus remarquable reste incontestablement la météorite de Tissint. Cette météorite tombée dans le sud marocain en juillet 2011 a été identifiée comme provenant de la planète Mars par Hasnaa Chennaoui Aoudjehane, géologue marocaine reconnue, enseignante à l’université Hassan II Casablanca et membre du conseil de la «Meteoritical Society», l'association scientifique internationale de référence.

Des morceaux de cette météorite, dont les poids varient entre 1 et 987 grammes, ont été retrouvés par les populations locales qui les ont vendus à des courtiers. Ces derniers les ont revendus à leur tour à des collectionneurs privés et des musées du monde entier à des prix variant de 500 à 1.000 dollars le gramme, pour une masse totale d'environ 7 kg, selon Carl Agee, directeur de l'Institute of Meteoritics à l'Université du Nouveau Mexique, cité par l’AFP. Le prix total tiré de cette météorite se situe donc, entre 3,5 et 7 millions de dollars.

Les fragments attirent donc les convoitises des chasseurs de météorites, particulièrement actifs à Erfoud et à Rissani (Moulay Ali Chérif), anciennement Sijilmassa, capitale du Tafilalet.

Il suffit de chercher «météorite» dans un site de petites annonces marocain pour constater la vitalité du marché. Les prix, qui ne sont souvent pas fixés à l’avance, dépendent de la provenance des météorites, de leur rareté et de leur qualité.

Les meilleurs spécimens sont parfois vendus lors d'enchères très disputées organisés en dehors du Maroc, et peuvent s'envoler pour plusieurs centaines de milliers d'euros, voire dépasser le million d’euros. La majeure partie des ventes se fait dans les bourses aux météorites. En Chine, des aficionados sont prêts à payer des prix astronomiques pour acquérir des fragments de météorites, faisant bondir les prix et bousculant le marché mondial.

« Une véritable richesse pour la science »

Dans ce contexte où les considérations mercantiles semblent primer, la communauté scientifique s’intéresse avant tout aux informations scientifiques contenues dans ces pierres. Par exemple, les météorites fournissent un précieux témoignage sur les origines et la composition du système solaire.

Pour Hasnaa Chennaoui Aoudjehane, ces météorites constituent une véritable richesse pour la science: «Le Maroc est l’un des plus riches au monde en termes de trouvailles de météorites. Nous avons des milliers de météorites exceptionnelles, sachant que plus de la moitié des météorites martiennes ont été collectées au Maroc», explique-t-elle à Médias 24.

«Sur le plan scientifique, je pèse mes mots, plus de la moitié des publications à l’échelle mondiale ont été faites sur des météorites provenant du Maroc. Ces météorites ont une valeur scientifique incroyable et ont été à l’origine de publications exceptionnelles», ajoute-t-elle, avant de déplorer l’absence d’un musée dédié aux météorites au Maroc, en dépit de cette richesse: «hormis un musée privé à Marrakech fondé par un amateur passionné d'astronomie et de sciences, aucun musée public et aucun centre de recherche pour l’étude des météorites n’existent au Maroc (…), il y a une déperdition de cette richesse».

Malgré ces nombreuses difficultés, le dynamisme de la communauté scientifique marocaine est indéniable. Grâce aux travaux menés par le professeur Chennaoui et son équipe depuis une quinzaine d’années, le Maroc a décroché l’organisation du 77e congrès annuel de la Meteorical society, tenu du 8 au 13 septembre 2014 à Casablanca et auquel ont pris part plus de 400 chercheurs confirmés de grandes institutions, tels que les Muséums d’histoire naturelle de Paris, New York, Londres et Berlin ou encore la NASA.

Pour Hasnaa Chennaoui, présidente du Comité d'Organisation de la 77e édition, c’est la preuve que «malgré de nombreuses difficultés, la communauté scientifique marocaine arrive à se positionner sur le plan de la recherche scientifique». 

Un vide juridique total

La collecte de météorites est strictement interdite en Algérie. En Tunisie, les météorites appartiennent à l’Etat et non aux personnes qui les trouvent. Leur commercialisation relève même du pénal. Au Maroc toutefois, le vide juridique est entier et aucune loi ne protège le patrimoine géologique du Maroc.

Les météorites appartiennent à ceux qui les trouvent et non à l’Etat. Ces objets célestes peuvent donc être commercialisés librement sur le marché intérieur. « Par contre, pour exporter un fragment de météorite et pour l’exposer en dehors du Maroc, il faut nécessairement disposer d’une autorisation fournie par le ministère de l’Energie et des mines », nous confie Hassan, un chasseur de météorites établi à Laâyoune.

 Aujourd’hui, le ministère de l’Energie et des mines prépare un projet loi pour la préservation du patrimoine géologique marocain. En attendant, le département d’Abdelkader Amara peut toujours se référer à un rapport publié en 1965 par un groupe de travail de l’Unesco sur les météorites. Parmi les recommandations du groupe de travail : « attirer l’attention des Etats membres de l’Unesco sur l’utilité d’adopter une législation visant à assurer la conservation des météorites et à obtenir qu’elles soient utilisées au mieux des intérêts du public et de l’humanité toute entière ». Surtout, il a été unanimement reconnu par les experts de l’Unesco que « les météorites devraient à l’avenir être considérés comme appartenant à l’Etat sur le territoire duquel elles sont tombées plutôt qu’à la personne qui les aura découvertes ou au propriétaire du terrain où elles auront été trouvées ». Reste à savoir si le Maroc suivra les conseils de l’Unesco. 

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Hamza Mekouar
Le 7 janvier 2015 à 17h33

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