Virus: Zoom sur la gestion de la pandémie dans les prisons marocaines
Avec un budget et personnel insuffisants, l'année 2021 s'annonce compliquée pour la DGAPR. Mohamed Salah Tamek a présenté, mardi 3 novembre, au Parlement, un bilan de la gestion de la pandémie au sein des prisons. Détails.
La commission de justice de la Chambre des représentants s'est réunie, mardi 3 novembre, en présence de Mohamed Salah Tamek, délégué général à l'administration pénitentiaire et à la réinsertion.
Ce dernier a présenté un bilan de l'activité de la DGAPR durant l'année en cours, en mettant l'accent sur les mesures mises en places depuis le début de la pandémie, avant de brièvement évoquer le budget de 2021 dont "la réduction va complexifier la situation de la DGAPR".
Avec 500 postes budgétaires prévus pour l'année à venir, qui ne répondent pas aux besoins réels de l'institution dirigée par M. Tamek, et une baisse de 37% du budget d'investissement (100 millions de DH pour 2021 contre 160 millions de DH en 2020), le délégué général déclare "qu'au vu de ces contraintes, il faut penser à des ressources financières supplémentaires, externes au budget de l'Etat". Il s'agit, à titre d'exemple, de la possibilité de faire des prisons des unités de production.
Par ailleurs, M. Tamek s'est longuement arrêté sur les moyens mis en place pour assurer la protection des détenus et du personnel pénitentiaire pendant la pandémie.
Dans ce sens, la DGAPR a procédé à l'acquisition de plus de 16 millions de masques à usage unique, 250.000 masques réutilisables (10 fois), 45.000 masques FFP2 au profit du staff médicale et administratif ainsi que 800.000 tenues de protection.
44% de la population carcérale bénéficie de téléphones fixes au sein des cellules
Avec un cumul de 586 cas confirmés et 4 décès parmi les détenus, enregistrés entre le 14 avril et le 2 novembre 2020 et 515 cas comptés parmi le personnel pénitentiaire, la gestion de la pandémie dans les prisons a nécessité l'instauration de mesures de précaution.
Il s'agit notamment de la suspension des visites familiales. Initialement partielle, elle a été généralisée à toutes les prisons du Maroc le 8 septembre 2020.
Pour permettre aux détenus de communiquer avec le monde extérieur, il a été décidé de doter chaque cellule d'un téléphone fixe, mis à la disposition des prisonniers 24H/24.
"18 établissements ont été couverts. Ce qui représente 44% de la population carcérale", précise M. Tamek.
Selon ce dernier, la généralisation de cette opération a été bloquée par les difficultés liées à la fibre optique. Bien qu'il s'agisse d'une initiative "très bénéfique durant le confinement", M. Tamek a annoncé avoir dores et déjà reçu des plaintes provenant des autorités et estime qu'il s'agit d'une opération à risque dont les conséquences sont attendues.
"Le ministère de la Santé n'a pas fourni assez d'efforts"
"J'ai demandé au CNDH de visiter les prisons qui ont été touchées par le Covid-19 pour établir un rapport contenant des recommandations. Il s'agit de la prison de Ouarzazat et de Tanger", déclare Mohamed Salah Tamek.
"La recommandation principale qui nous est parvenue et ce, oralement, car nous n'avons pas encore reçu de rapport écrit, c'est que les prisonniers ne mettent pas de masques au sein des cellules. Notre réponse à Mme Bouayach (présidente du CNDH, ndlr) a été de lui demander si ses enfants portent des masques à la maison", ajoute-t-il.
"Les recommandations que nous attendons dans ce rapport sont au nombre de trois. La première est de réclamer la fermeture de la prison (de Tanger, ndlr), la seconde est de demander au ministère public de suspendre les détentions provisoires et enfin, le troisième point concerne le ministère de la Santé qui n'a pas fourni assez d'efforts. Ce qui nous a sauvé, c'est l'intervention du Croissant rouge car les médecins de nos prisons ne sont pas formés dans ce sens", précise M. Tamek.
A noter qu'au niveau de la prison de Tanger une partie des détenus a déjà été évacuée. C'est une prison qui constitue un danger, selon la même source, qui insiste sur l'état critique de l'établissement pénitentiaire.
Le délégué général a également annoncé la fin des travaux d'élargissement de certaines prisons du Royaume. Il s'agit de celles de Taza, Azilal, Tiznit, Safi, la prison agricole "Rommani" et "Zayou".
Les travaux se poursuivent au sein de la prison d'Assilah et celle d'El Jadida alors qu'au niveau de Dakhla et Laâyoune les travaux ont à peine été lancés.
A noter qu'en 2020, 3 anciennes prisons ont fermé leurs portes (Berkane, Oujda, Ksar Kbir) tandis que trois nouvelles ouvertures ont été annoncées (Berkane, Larache et Oujda).
"Une moyenne de 6 consultations médicales par détenu"
De manière générale et en dehors du contexte de pandémie, l'accès aux soins est au cœur des préoccupations de la DGAPR dont le délégué général à fait l'éloge.
Avec 6 consultations médicales par détenu (chiffre arrêté à septembre 2020) et 74 cabinets dentaires dans les prisons, la DGAPR a renforcé son dispositif médical suite à l'ouverture d'une nouvelle unité d'hémodialyse à Nador. Elle s'ajoute à celle de la prison de Aïn Sbaa à Casablanca et celle de la prison locale de Beni Mellal.
"Il est prévu de procéder à la création de 3 autres unités dans la prison de l'Oudaya à Marrakech, celle de Ras El Ma à Fès ainsi que celle d'Aït Melloul à Agadir", annonce M. Tamek.
Enfin, deux nouveaux laboratoires dédiés au diagnostic de la tuberculose ont été créés. L'un au niveau de la prison locale d'El Arjat à Ifrane et l'autre au niveau de la prison locale d'Oujda. Les ouvertures de trois autres laboratoires sont prévues au niveau des prisons Rommani, Tifelt et Oudaya.
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