Relance. Voici ce que proposent les trois plus grands patronats d’Europe
Un plan massif de dépenses budgétaires allant jusqu’à 5% du PIB sur quatre ans, un soutien à la demande et aux revenus des ménages et une réorientation des investissements vers l’industrie, le numérique et le green.
Les présidents des patronats allemand, français et italien ont publié une tribune dans la presse pour proposer leur vision de la relance en Europe.
Les orientations et propositions que la tribune comporte sont intéressantes à lire côté marocain. L’Europe est notre premier partenaire économique et commercial. La relance en Europe et les décisions qui y seront prises en matière de politique industrielle peuvent impacter fortement le Maroc. Avoir le son de cloche des trois grands patronats de l’UE est en cela très instructif.
Voici donc la vision des présidents du BDI, de la Confindustria et du MEDEF sur la forme que doit prendre la relance en Europe.
Des plans d’urgence nécessaires, mas insuffisants
Pour eux, face à l’ampleur de la catastrophe qui s’annonce, les plans d’urgence lancés en Europe, à coup de centaines de milliards d’euros et d’indemnisation du chômage partiel et des non travailleurs, ont été nécessaires, mais pas suffisants.
« Malgré ces mesures sans précédent, nos économies et nos sociétés seront durement touchées cette année. Des incertitudes majeures continueront de peser sur nos entreprises quant à la production, les chaînes d'approvisionnement, les transports internationaux, le commerce et les perspectives du marché. Nos salariés et nos consommateurs seront confrontés au risque de pertes de revenus, de chômage dans un contexte imprévisible. Nous avons besoin d’un plan européen massif », annoncent-ils.
La voie à suivre selon ces trois puissants groupements d’affaires : une réponse majeure de politique publique à plusieurs niveaux, ce qui confirme la rupture profonde en matière de dogmes économiques qui s’enclenche dans le monde. Et que le Maroc devrait prendre en compte dans la conception de sa politique de relance.
Plus de dépenses publiques et moins d’impôts
« La situation actuelle nécessitera un degré de soutien public inédit en temps de paix. Il s’agit, pour nos gouvernements de passer des mesures de sauvetage, sur l’emploi, les revenus ou la liquidité, à un plan de sortie de crise avec un soutien budgétaire, dès ce trimestre. La bonne articulation des diverses phases de ce plan, dans les trois à cinq prochains trimestres, est capitale pour permettre aux entreprises et aux travailleurs de planifier le retour à des modes d'activité plus normaux », écrivent-ils.
Les mesures de relance substantielles, tant au niveau national qu'européen, ne doivent pas se limiter à cette période de déconfinement de l’économie, mais doivent s’étaler au moins jusqu'en 2023. Et doivent atteindre au moins 5% du PIB par an dans la plupart des pays.
Des mesures budgétaires contracycliques, générales et sectorielles, seront également nécessaires pour soutenir la demande intérieure, une fois que les perturbations de l'offre se seront estompées, estiment-ils. Des mesures qui doivent allier à la fois baisses d’impôts et dépenses publiques.
Ils proposent également la création d’un Fonds européen de relance de taille adéquate, capable de fournir un juste équilibre entre prêts et subventions en faveur des États membres.
La peur d’une escalade protectionniste et la nécessité d’une Europe souveraine
Appelant à plus de coopération sur le plan européen, les trois patronats laissent penser dans leur tribune qu’ils appréhendent « une escalade protectionniste » dans le monde, ce qui peut fragiliser les industries exportatrices, fer de lance de la puissance européenne. Ils appellent ainsi la commission européenne à initier un dialogue bilatéral avec les grands acteurs, du côté transatlantique que du côté Asie-Pacifique.
Pour anticiper les effets de cette démondialisation qui s’annonce, les présidents des trois patronats proposent un plan de réorientation générale des économies de leurs pays pour une Europe plus verte, plus inclusive, innovante et plus souveraine.
Les politiques et les financements européens doivent désormais cibler le green deal, la numérisation, la rénovation de l’industrie et le renforcement des compétences.
Cela demande une vague massive d’investissements dans les technologies clés et l’amélioration des chaînes de valeur. Mais cette vague ne doit surtout pas être accompagnée par une augmentation de la pression fiscale sur les entreprises. « Toute mesure qui risquerait d’alourdir la charge fiscale ou administrative des entreprises, au niveau national ou européen, doit être évitée », concluent-ils.
Un écho aux débats marocains
Des propositions qui font écho aux débats que nous avons autour de la relance au Maroc, où les acteurs économiques évoquent les mêmes craintes et inquiétudes. Et appellent également, pour la majorité d’entre eux, à une intervention plus musclée de l’Etat à travers la dépense budgétaire pour à la fois soutenir les entreprises et les ménages.
La crainte d’une vague protectionniste et souverainiste dans le monde est également un sujet d’inquiétude au Maroc. Les patrons européens y voient une opportunité pour que l’Europe recouvre sa souveraineté industrielle et investisse aussi dans de nouvelles niches, comme le numérique et l’économie verte.
Un débat qui nous concerne également au Maroc. Les plus optimistes y voient une opportunité, car le Maroc peut capter une partie des flux des relocalisations qui vont migrer de l’Asie vers le pourtour méditerranéen.
Quand d’autres, plus pessimistes, voient en ce mouvement une menace directe contre les IDE installés, appelant ainsi à une riposte par une politique souverainiste d’import-substitution qui nous permettrait, en misant sur nos propres moyens, de réindustrialiser le pays, créer de la croissance et des emplois moins volatils.
Le Maroc ne vit pas dans un îlot isolé. Ce qui sera décidé demain en Europe, que ce soit en matière de politique de relance ou de relocalisations industrielles, pourra impacter fortement notre économie.
>>Lire aussi : Plan de relance. Un premier round-up de propositions d'économistes
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