Accident train Bouknadel: Des prestataires de l’ONCF auditionnés au tribunal

Au tribunal de première instance de Salé, reprise du procès de Larbi Rich. Des techniciens d'Ultranet, prestataire de l'ONCF, questionnés sur la suppression des données contenues dans le disque dur de la caméra avant du train n°9. Les raisons de cet incident demeurent méconnus. 

Accident train Bouknadel: Des prestataires de l’ONCF auditionnés au tribunal

Le 24 janvier 2019 à 0h00

Modifié 24 janvier 2019 à 0h00

Au tribunal de première instance de Salé, reprise du procès de Larbi Rich. Des techniciens d'Ultranet, prestataire de l'ONCF, questionnés sur la suppression des données contenues dans le disque dur de la caméra avant du train n°9. Les raisons de cet incident demeurent méconnus. 

7 morts, 125 blessés. C’est le bilan de l’accident du train n°9, survenu le 16 octobre 2018 à Bouknadel. Un drame qui a débouché sur une poursuite : celle du conducteur, jugé pour homicide et blessures involontaires.

Trois mois plus tard, le procès de Larbi Rich suit son court. Ce mardi 22 janvier, la salle 2 du tribunal de Salé parait plus grande. Les places assises sont plus nombreuses. L’apathie a remplacé l’émoi des premiers jours. Un constat qui ne s’applique pas aux proches du prévenu, ni aux quelques parties civiles groupées sur une rangée de bancs située à gauche.

Au milieu, les bancs dédiés aux avocats sont quasi-vides. Nous y prenons opportunément place. « Laissez-le s’asseoir », lance un policier à son collègue venu nous faire la remarque. Une petite poignée de robes noires se tient face au président El Malki Hizam. Ils étaient plusieurs dizaines à se présenter lors des premières phases du procès.

Si l’absentéisme est visible, ses motifs ne sont pas uniformes. Désavouée par une des blessés, partie civile au procès, cette avocate s’est retirée à son corps défendant. « Je ne l’ai pas engagée, elle s’est incrustée », a déclaré la « cliente » au juge. En pleine audience. Ces moments de solitude où on regrette le huis clos.

Le conducteur est poursuivi au pénal, mais la responsabilité civile de l’ONCF est également invoquée. Via Wafa Assurance, la compagnie ferroviaire est couverte à hauteur de 110 MDH pour les dommages corporels, matériels et immatériels. L’avocat touche un pourcentage du montant jugé au profit de son client. Quand la somme est importante. Les honoraires le sont en conséquence. 

Début décembre 2018, le tribunal avait surpris tout le monde en ordonnant la traduction, en arabe, des rapports établis en français lors de l’enquête préliminaire. Quelques semaines plus tard, le président attend toujours. Et ne manque de la rappeler au représetant du parquet, chargé de veiller à l’exécution de cette mesure.

En réalité, le traducteur ferait de la résistance, invoquant « le volume » des documents et la « complexité » de leur contenu. A en croire nos différentes sources, c’est aussi une affaire d’argent. L’auxiliaire de justice « n’est pas satisfait de ses honoraires, fixés par le juge à 5.000 DH. Il réclamerait 400 DH par pages. On en compte une centaine », précise cet avocat de la défense. De quoi oublier un fait : La traduction a fait l’objet d’une décision judiciaire.

Tête cachée sous une capuche bleue, Larbi Rich est assis sur une chaise placée derrière la barre des accusés. Le prévenu est seul et silencieux. A ce stade du procès, il n’a pas à s’exprimer. Ce n’est pas le cas d’une quinzaine de déclarants, cités par le tribunal après avoir été auditionnés une première fois par la Gendarmerie royale.

Avec un « e », « er » ou « t » à la fin ?

Ce mardi, cinq individus se succèdent devant le président. Tous ont un lien direct ou indirect avec l’ONCF. Le premier y dirige le service de maintenance. Il était sur les lieux quelques heures après l’accident. « Je devais vérifier l’état des installations et dresser un PV », dit K. M.

L’un de ses collègues, A.H., a extrait les données du chrono-tachygraphe. C’est de là qu’ils ont conclu à l’excès de vitesse, première et unique charge retenue contre le conducteur. Cet engin équivaut à la boîte noire d’un avion. Il archive toutes les activités du train (vitesse, méthode de freinage etc.). « Son contenu a été retiré par USB », précise l’ingénieur d’Etat.

 Ce n’est pas le cas du DVR des caméras du train, qui sera détaché du train et déplacé vers le bureau de Bouknadel. Là-bas, il sera démonté et séparé de son disque dur. Avec une première complication: « Le disque dur contenait 1.658 fichiers, nous n’avons pu extraire que 76 ». Tous antérieurs à l’accident. 

  • «Le juge : Avez-vous l’habitude d’effectuer ce genre de manœuvres ?
  • K. M. : oui, lorsqu’il y divergences autour des circonstances d’un accident.
  • Ce problème est-il déjà survenu ?
  • Non, c’est la première fois. »

Dans l’impasse, on décide de faire appel à deux techniciens d’Ultranet. Cette société a installé les caméras pour le compte de la compagnie ationale. Elle se charge aussi de la maintenance.

« On nous appelle en cas de soucis », résume l’un des techniciens, C.E. Lui et son collègue A.M. branchent le  disque dur à un lecteur externe, « un DVD ». « C’est l’équivalent d’un scanner. L’objectif était d’afficher et lire le contenu du disque dur, ni plus ni moins ».  Une minute après, l’écran affiche un message indiquant le formatage. L’un des techniciens décide alors de débrancher le matériel. « C’est le geste usuel », affirme A.M. Entre le message et son geste « usuel », cela a pris 4 secondes. Suffisant pour effacer un disque dur de 465 Go?

« Normalement, cela prend 20 minutes », précise le déclarant. Il s’étonne encore que « toutes les données aient été supprimées » dans un délai aussi bref. Un espoir de les récupérer ? « Le contenu peut être récupéré », affirme son collègue. Il ne s’attarde pas sur les moyens pour y parvenir.

Quid des raisons ? On en reste à des opinions : « Quand il existe un dysfonctionnement au niveau des partitions, le disque émet ce type de message », explique C.E.  Son collègue avance la thèse du choc subi lors de l’accident. « Le disque dur est un matériel sensible ».

Jeune magistrat aux gestes lents mais au regard vif, El Malki Hizam mène sa propre enquête, mais dans une salle d’audience. « Le faux témoignage est puni ici et dans l’au-delà », tonne-t-il devant chaque auditionné, avant d’enchaîner su des questions qui vont des plus évasives – que savez-vous de l’accident de Bouknadel – aux plus spécifiques. Comme lorsqu’il demande à chacun des trois déclarants de lui épeler le message affiché sur l’écran. Car si le résultat final est connu, c’est-à-dire le formatage, encore faut-il déterminer s’il a eu lieu au moment ou avant l’intervention des techniciens d’Ultra Net. 

 A question unique, trois réponses variables : Le chef de la maintenance affirmera qu’il a vu le verbe « Formater ». Le premier technicien parlera de « formate ». Dans un ton plus sûr, déclarera avoir vu le message T-X format, laissant entendre que « le formatage était en cours ».

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