Entretien. Hit Radio projette de lancer un bouquet de 5 chaînes de télévision
La 3ème radio marocaine en termes d’audience se lance dans un ambitieux projet de création de cinq chaînes de télévision. Le président de Hit Radio Younes Boumehdi détaille pour les lecteurs de Médias24 l’objectif de son groupe qui veut développer une offre médiatique pour "enrichir la qualité du paysage audiovisuel marocain". Avec ses nouveaux programmes, Younes Boumehdi espère aussi contrebalancer l’influence négative des chaines satellitaires du Moyen-Orient qui véhiculent des clichés machistes et rétrogrades.
Médias24: Votre groupe a déposé une nouvelle demande de licences télévisées à la HACA...
Younes Boumehdi: Après avoir déposé plusieurs demandes en 2014 sans résultat, nous avons en effet déposé en octobre 2017 plusieurs dossiers pour obtenir des autorisations de diffusion télévisée.
-Combien de licences avez-vous soumis à l’autorité qui délivre les fameuses licences?
-Comme Hit Radio compte lancer un bouquet de 5 chaînes satellitaires, nous avons déposé 5 dossiers portant sur 5 thématiques différentes.
-Qui sont?
-Une chaîne de dessins animés réservée aux enfants comme Gulli. Une, de documentaire du style National Géographic. Une, musicale avec une déclinaison proche de Hit Radio (tubes commerciaux …). La quatrième sera consacrée à la cuisine et la dernière sera mi-généraliste avec des séries et des jeux.
-A combien se chiffre l’investissement pour l’ensemble du bouquet?
-Le budget n’est pas encore définitivement fixé mais il sera inférieur à 50 MDH avec un actionnariat limité au début à Hit Radio.
-Quel sera votre modèle économique?
-Afin d’atteindre une masse critique, nous avons décidé de miser sur la multiplicité des chaînes et la mutualisation de leurs moyens techniques et humains.
Ce modèle sera basé sur la publicité. Comme la radio et la télé sont des métiers proches, nous utiliserons notre régie publicitaire radiophonique pour développer les ressources des 5 chaînes TV.
-Vos programmes sont-ils prêts?
-Cela fait un moment que nous les avons identifiés. Ils ne sont pas encore totalement prêts mais si nous recevons les licences, nous pourrons commencer à diffuser pendant l’été 2019. Il y aura une période de tests avant d’être complètement opérationnels dans les foyers en octobre 2019.
Ils seront diffusés 24 heures sur 24 et disponibles en trois langues: l’arabe, l’amazigh et le français que le téléspectateur pourra sélectionner sur sa télécommande.
-Quel sera l’effectif de votre bouquet satellitaire?
-Hit Radio dispose déjà de 65 employés sans compter ceux de la régie publicitaire. Nous comptons recruter dans un premier temps 35 personnes avec une montée en puissance pendant l’année 2 et 3.
-Vous avez prévu des locaux dédiés?
-Le groupe a pris un local à Rabat qui accueillera les 100 personnes. Comme nos locaux actuels sont devenus trop exigus, nous allons déménager dans une grande villa près de l’hôtel Sofitel (ex-Hilton).
Nous avons entrepris de grands travaux et devrions emménager en septembre prochain.
-A quand le seuil de rentabilité pour le bouquet?
-On ne l’imagine pas avant 5 ans soit 2024. Pendant cette période, on va se serrer la ceinture pour résister au marché tout en offrant des contenus attractifs.
-Y aura-t-il des plateaux de tournage ?
-Nous n’avons pas prévu de produire des contenus à part quelques plateaux de lancement comme 1 ou 2 émissions de talk (débat sur musique …). Pour les contenus, on compte surtout s’appuyer sur le réseau des producteurs marocains et louer, quand il le faudra, des plateaux spécialisés.
-Combien de programmes achetés et combien produits en interne?
-En gros, on va dire 80%-20% pour l’ensemble du bouquet mais cela dépendra des chaînes.
Pour celle consacrée aux enfants, on atteindra 95% de contenus achetés car il n’y a pas de vraie industrie de dessins animés au Maroc.
-Avez-vous défini les noms de chaque chaîne?
-Hormis la chaîne musicale qui s’appellera Hit Tv, nous n’avons pas encore tranché.
-Le pari semble risqué au regard des grandes difficultés traversées par des chaînes comme 2M.
-Notre modèle économique repose sur la mutualisation de nos chaînes pour limiter les frais. Nous allons profiter du saut technologique actuel qui nous évitera de procéder à de lourds investissements.
Nous pouvons disposer de solutions informatiques beaucoup moins chères comme le cloud que nous pourrons même louer.
De plus, il y a de nouveaux systèmes d’envoi de signal télévisé à partir d’internet qui évite de devoir s’équiper avec des cars-régie satellitaires.
Pour faire court, nous sommes très optimistes pour la rentabilité, car notre structure sera low-cost et nos effectifs ne seront pas pléthoriques comme 2M qui emploie, par exemple, plus de 900 personnes.
-Vous avez attendu 13 ans pour avoir la licence de Hit radio ...
-Nous ne sommes plus dans le même cas de figure, car depuis 2017, une loi adoptée et publiée au B.O. oblige la HACA à donner une réponse négative ou positive dans un délai maximal de neuf mois.
Ayant déposé nos demandes en novembre dernier, nous serons bientôt fixés.
-Et en cas de refus?
-Nous n’y croyons pas car notre dossier est en béton.
-Quelle valeur ajoutée pensez-vous amener au paysage audiovisuel?
-Sans verser dans l’autosatisfaction, notre groupe a une expérience qui lui permet de répondre aux attentes du public marocain. Hormis la variété des programmes qui va enrichir l’offre, il y a une vraie urgence en termes d’éducation surtout chez les plus jeunes.
Au Maroc où il n’y a pas de système éducatif préscolaire (pour les enfants défavorisés de moins de 5 ans) et où la seule réponse est l’école coranique ou les crèches sauvages, nous pouvons jouer un rôle.
Ces enfants passent tout leur temps libre à ingurgiter des programmes satellitaires, en provenance du Moyen-Orient, que l’on ne peut pas qualifier de pédagogiques ou de tolérants. A l’image, on leur montre des jeunes filles habillées en manches longues et qui sont cantonnées à des tâches ménagères.
Sachant que ces clichés vont à l’encontre de l’ouverture prônée par le Maroc, Hit Radio proposera une alternative à ces visions machistes et rétrogrades car l’éducation des masses fait aussi partie de notre mission.
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