Guerre des sièges à l'UGTM
Depuis le 7 mai dernier, deux camps s’affrontent pour garder le contrôle de l’UGTM. Reconnue par le ministère de l’Intérieur, la nouvelle direction menée par Mayara Enâam a porté plainte pour récupérer le siège du syndicat occupé par l’ex-secrétaire général Kafi Cherrat qui conteste en justice l’élection de son rival et qui a programmé un congrès exceptionnel pour remplacer les "déserteurs".
Alors que les hostilités entre les pro et anti-Chabat s’étaient calmées, le conflit s’est déplacé vers le bras syndical du parti qui est le dernier bastion du secrétaire général sortant.
Soucieux de garder le soutien du syndicat pour assurer sa réélection au PI, Hamid Chabat a déposé une plainte contre les contestataires de l'Istiqlal menés par Hamdi Ould Rachid pour invalider l’élection du nouveau secrétaire général de l’UGTM qui remplace son fidèle allié Kafi Cherrat.
Interrogés à tour de rôle par Médias24, les deux antagonistes se rejettent la responsabilité sur la situation actuelle du syndicat qui est partagé en deux courants.

Pour Kafi Cherrat, son remplacement à la tête de l’UGTM par Mayara Enaâm est illégal car son mandat de secrétaire général ne se termine qu’en 2019.
"J’ai été élu en 2014 pour cinq ans mais ceux qui refusent que Chabat se représente au secrétariat général de l’Istiqlal ont voulu faire d’une pierre deux coups. Malgré la reconnaissance par le ministère de l’Intérieur de l’élection illégale d'Enâam, je compte bien obtenir satisfaction grâce à la justice. En attendant, je garde le contrôle total du syndicat et de son siège central et pour parer à toute dérive, j’ai gelé les comptes bancaires du syndicat. Afin de prouver notre bonne foi, nous allons convoquer 2.500 congressistes dimanche 20 mai qui désigneront les remplaçants des cadres syndicaux ayant choisi de rejoindre la pseudo-nouvelle direction", promet Cherrat.
Sûr d’une décision judiciaire qui "contredira" celle du ministère de l’Intérieur qui l’a désavoué, celui qui a succédé à Chabat à l’UGTM, oppose la légitimité numérique des 2.500 participants au futur congrès extraordinaire à la minorité des 150 ayant élu Enâam.
Ce dernier déclare que le conflit ne se situe pas entre sa personne et Cherrat mais plutôt avec l’ancien dirigeant syndicaliste Chabat qui refuse de voir le syndicat échapper à son contrôle.
"L’accès au siège historique de l’UGTM nous est interdit alors que j’ai été élu démocratiquement par les 2/3 des instances et que le ministère a validé ma désignation en ne donnant pas suite au courrier officiel de mon prédécesseur pour me désavouer.
"Au lendemain de mon élection, Chabat s’est installé en personne dans les locaux du siège central de Rabat et a chassé tous ceux qui m’ont soutenu (secrétaires, comptable…). Quand il n’est pas présent, il laisse ses ex-obligés de Fès sur place (nuit et jour) pour empêcher les nouvelles instances de s’y installer", accuse le nouveau secrétaire général.
Même s’il ne peut pas (encore) utiliser les locaux de l’UGTM, Enâam affirme travailler temporairement dans des bureaux loués pour l’occasion avec une équipe de 60 personnes:
"Je contrôle 90% des conseils syndicaux provinciaux et 80% des fédérations nationales alors que Cherrat qui a toujours été un pion de Chabat à l’UGTM ne dispose plus que du soutien de 5 conseils provinciaux et de 2 fédérations nationales.
"Il ment en prétendant avoir gelé nos comptes bancaires car je suis le seul à disposer de la signature ce qui m’a permis de payer les salaires en retard des permanents. C’est moi qui ai fermé le site internet de l’UGTM pour éviter une guerre fratricide publique", tient à rectifier le gendre de Hamdi Ould Rachid, chef de file des opposants à Chabat.
Tout aussi optimiste que son prédecesseur, Enaâm ajoute que sa plainte pour récupérer l’usage du siège de l’UGTM tranchera en sa faveur dans une quinzaine de jours. D’ici là, un juge des référés examinera sa demande pour interdire l’organisation du congrès exceptionnel qui est prévu pour ce dimanche 20 mai à Rabat.
"Ce congrès est illégitime car si l’UGTM avait 2.500 congressistes, il serait le 1er syndicat du Maroc, très loin devant l’UMT. Chabat va encore faire venir des gens de Fès et de Salé (fief de son fidèle lieutenant Abdelkader Kihel) et les payer pour faire de la figuration alors qu’ils n’ont aucun lien avec notre syndicat. Sentant sa fin proche à l’Istiqlal, il veut à tout prix garder l’UGTM comme ultime moyen de pression", conclut Enaâm.
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