Dromadaire déchiqueté vivant: ce que dit la loi, comment réagir
Une vidéo publiée en milieu de la semaine, fait le tour de la toile au Maroc et au-delà des frontières. Elle montre un dromadaire déchiqueté vivant lors du Moussem Moulay Brahim. La scène interroge sur notre rapport à l'animal, sur le mutisme de la loi et l'insuffisance de l'action associative.
Nous ne publierons pas la vidéo, mais nous vous décrirons sommairement la scène:
Un dromadaire est encerclé par une vingtaine de personnes. Elles l'assiègent de coups. Chacune y met du sien, sabres, bâtons, eau. Certaines se contentent de neutraliser l'animal qui blatère de douleur. Il sera déchiqueté vivant, sa tête emportée et disputée tel un prix. Le tout sous le "contrôle" des gendarmes qui essaient de contenir une foule dense, fascinée, qui suit la scène derrière des grillages.
Macabre. Ce spectacle a eu lieu au "Moussem" de Moulay Brahim, un village situé dans la région de Marrakech. Cette "fête" est organisée chaque année- avec son lot de déchiquetage - le septième jour après la nativité du prophète de l'Islam. Et l'on se demande de quel "islam" relèvent ces pratiques. En tous les cas, la vidéo a fait le tour de la toile et a effaré l'opinion, y compris à l'étranger.
Massacrer une bête, est-ce légal? Le Code pénal dessine une réponse négative. Il énonce: "Quiconque, sans nécessité, tue ou mutile" des animaux de trait, de monture ou de charge, des bêtes à cornes, des moutons, chèvres ou autre bétail, des chiens de garde ou des poissons dans des étangs, viviers ou réservoirs, est puni de l'emprisonnement de quinze jours à trois mois et d'une amende de 200 à 300 dirhams.
Ces sanctions, peu dissuasives en somme, sont rarement voire jamais appliquées. "Nous continuons à considérer l'animal comme un objet susceptible de subir tous les sévices. C'est absolument scandaleux", déplore Hamid Faridi, réalisateur et fervent défenseur de la cause animale. En visonnant cette vidéo, il a eu "le cœur déchiré". Comme nous tous.
"On continue à promouvoir et à subventionner les Moussem durant lesquels on tue des animaux. Ce dromadaire n'est pas tombé du ciel. Il a été acheté grâce à une subvention publique. Sa tête a été mangée crue, sous les yeux des autorités", pointe notre interlocuteur, fustigeant "des rites païens qui n'ont rien à voir avec l'Islam" .
"Nous voulons vendre l'image du Maroc à l'international, mais cela passe aussi par la protection des êtres les plus faibles, dont les animaux", soutient-il. Le législateur marocain doit prendre en compte la souffrance de l'animal. Il faut qu'il y ait des textes qui le protègent de la brutalité des hommes. En clair, des textes dissuasifs "pour que l'humain réfléchisse à deux reprises" avant de passer à l'acte, comme il l'explique.
Le quasi-vide juridique se conjugue à l'activisme timoré des associations de protection des animaux. "Le travail des "passionnés" des animaux est utile, mais totalement insuffisant", estime M. Faridi, ajoutant que ces "activistes sont très souvent limités sur le plan géographique. A part une poignée de villes comme Rabat, Casablanca et Marrakech, les actions sont peu nombreuses et surtout "menées par des étrangers".
De même, "le travail de ces associations de défense des animaux relève surtout du sauvetage animalier". Autrement dit, ils opèrent en aval et ne jouent pas de "rôle institutionnel". "En réalité, l'action politique de lobbying en faveur de la production de textes de loi n'existe pas au Maroc", assure-t-il. Les associations n'ont pas encore assimilé leur rôle, qui "ne se résume pas à sauver le petit chien au coin de la rue, mais à lui donner un statut."
À découvrir
à lire aussi
Article : Avenue Royale. Ce que les documents officiels révèlent sur le chantier le plus sensible de Casablanca
À Casablanca, le projet de l’avenue Royale franchit une nouvelle étape, marquée par l’accélération des démolitions dans l’ancienne médina. Si les opérations avancent sur le terrain, le projet reste entouré d’un flou persistant, notamment sur sa configuration finale et son calendrier. Consultés par Médias24, les marchés publics permettent toutefois d’en éclairer plusieurs volets. Le point sur l’avancement du projet.
Article : Bourse. Le pourquoi de la décision de Sothema de diviser ses actions par cinq, l'intérêt pour les investisseurs
À compter du 5 mai 2026, le titre Sothema changera de format à la Bourse de Casablanca. Derrière cette opération technique, des enjeux de liquidité, d’accessibilité du titre et d’attractivité auprès des investisseurs particuliers. Décryptage.
Article : Bonnes feuilles. Et si on faisait renaître le Conseil national du commerce extérieur ?
Ancienne conseillère auprès de plusieurs Premiers ministres, Nezha Lahrichi revient, dans "Le Pouvoir entre réalisme et illusion", sur une trajectoire passée au plus près de la décision publique. Le livre tient à la fois du témoignage, du portrait politique et de l’essai sur les dérives contemporaines du pouvoir. Médias24 en publie ici des bonnes feuilles consacrées au Conseil national du commerce extérieur, institution dont l’histoire contrariée résonne avec une question très actuelle : comment penser, organiser et anticiper le commerce extérieur marocain ?
Article : African Lion 2026 : à Cap Drâa, les drones FPV s'invitent sur le théâtre d’exercice
Une précision chirurgicale pour quelques centaines de dollars : le drone FPV a brisé les codes de la guerre conventionnelle. Face à ce prédateur qui impose un stress permanent aux troupes au sol, les Forces armées royales ripostent.
Article : Du jamais vu. Flambée de la viande ovine qui frôle les 200 DH/kg
À l’approche de Aïd al-Adha, la viande ovine atteint jusqu’à 170 DH le kilo chez le boucher. Pour les morceaux les plus demandés, les prix grimpent à 190, voire 200 DH le kilo. Ces niveaux sont inédits au Maroc par leur ampleur, mais aussi par la rapidité avec laquelle ils se sont imposés.
Article : “Rabat ne sera pas une ville-musée”. La transformation de l'offre culturelle de la capitale expliquée par Mehdi Bensaïd
ENTRETIEN. Dans un contexte de transformation accélérée des infrastructures de la capitale, le ministre de la Culture évoque pour Médias24 les leviers qui doivent faire de Rabat un pôle culturel majeur à l’international. Entre modernisation, développement de la formation et démocratisation de l’accès à la culture, Mehdi Bensaid défend une vision globale à long terme.